2026, annus horribilis pour les librairies indépendantes ? Les données de l’Observatoire du Syndicat de la Librairie française (SLF), constitué d’un panel de près de 500 librairies dont le chiffre d’affaires global représente la moitié de l’activité du circuit de la librairie indépendante, dessinent un début d’année peu enthousiasmant.
Sur la période du 1er janvier au 28 avril 2026, les ventes totales de livres reculent ainsi de 2,9 % en valeur et de 3,3 % en volume, par rapport aux mêmes semaines, en 2025.
Ce repli du marché est assez exceptionnel, même si un tassement des ventes avait déjà été observé l’année dernière. À titre de comparaison, rappelons que les ventes, en valeur, avaient gagné 0,5 % et reculé de 0,7 %, en volume, en 2025, par rapport à 2024. La hausse des prix des livres avait alors permis de compenser, en quelque sorte, la baisse du nombre d’achats.
Le bilan des quatre premiers mois de 2026 révèle que, cette fois, la tendance à la baisse est générale. Par ailleurs, tous les rayons des librairies indépendantes sont concernés, avec un recul, en valeur comme en volume, partagé par l’ensemble des domaines. Il est particulièrement sensible pour les ouvrages pratiques, les beaux livres, les sciences humaines et sociales, la BD, les comics et les mangas ou encore les titres scientifiques et techniques, médicaux et paramédicaux.
« L’analyse par rayon montre que là où la littérature a permis, en 2025, de compenser la baisse des autres grands rayons (BD/Manga, jeunesse, sciences humaines et pratique), ce n’est plus le cas sur ces quatre premiers mois », relève le SLF au sujet de ces données. « Parmi ces cinq “grands rayons”, c’est la jeunesse qui se porte le moins mal (malgré une baisse à près de -2 % en volume). À noter, sur les autres rayons, que le polar est en baisse avec l’essoufflement de l’effet Freida McFadden (qui avait porté le rayon en 2025). »
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L’effet de comparaison, à l’instar de celui observé dans le cas du rayon polar, peut parfois expliquer d’importants reculs d’une année à l’autre, et ainsi en atténuer la portée. Ainsi, les fortes ventes en librairie qui ont accompagné les périodes de confinement lors de la pandémie de Covid-19 ont quelque peu perturbé les analyses du marché, les années suivantes.
Mais cet effet de comparaison défavorable, avec le temps, devient de moins en moins important, d’autant plus que les coûts fixes des commerces, eux, ont connu une hausse conséquente.
Une « prise de conscience » attendue
La situation économique des librairies indépendantes sera largement évoquée lors des Rencontres nationales de la librairie, organisées les 7 et 8 juin à Rennes par le SLF. Une étude, commandée à l’institut Xerfi, reviendra sur le sujet en détaillant des données précises sur l’évolution des charges au sein des commerces du livre.
En attendant ces résultats, « [i]l est toutefois certain que les charges, à commencer par les salaires, avec la période d’inflation qui a provoqué une augmentation du SMIC et des autres salaires, du transport, avec la crise actuelle au Moyen-Orient, ou encore des loyers ont continué de fortement s’alourdir », souligne le SLF, interrogé.
Alors que la situation de l’enseigne Gibert, placée en redressement judiciaire, préoccupe, les difficultés qu’elle rencontre sont « malheureusement partagées par l’ensemble des librairies », précise l’organisation patronale.
Ces dernières semaines, la fragilité des librairies s’est frayé un chemin jusqu’au Parlement, via des propositions de loi visant à encadrer les loyers des commerces de proximité, portées par le député Laurent Lhardit (Bouches-du-Rhône, Socialistes et apparentés) et la sénatrice Audrey Linkenheld (Hauts-de-France, groupe Socialiste, Écologiste et Républicain). Le texte de la seconde, examiné par la chambre haute, a toutefois été rejeté.
« L’encadrement des loyers des librairies pourrait effectivement être une piste de travail pour alléger le poids des charges en librairie », commente le SLF à ce sujet. « Il faut néanmoins se méfier des possibles “effets de bord” en la matière car une telle mesure pourrait décourager les bailleurs à louer des locaux aux librairies. »
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Parallèlement aux interventions extérieures, le SLF espère compte surtout sur une solidarité au sein de la filière, et particulièrement de la part des éditeurs, qui peuvent accorder aux libraires des remises commerciales plus ou importante sur leurs ouvrages, lesquelles participent à améliorer la marge des commerces. Depuis plusieurs années, le SLF demande de meilleures conditions aux éditeurs, sans succès.
« Les discussions avec les éditeurs – diffuseurs sont au point mort malgré nos alertes répétées », nous confirme aujourd’hui le SLF. Mi-avril, devant la Commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport du Sénat, Guillaume Husson, délégué général du SLF, rappelait que la loi sur le prix unique du livre, par son article 2, dispose « que la qualité des services rendus par les détaillants doit primer dans le calcul des remises commerciales accordées ».
« Or, c’est l’inverse qui se produit aujourd’hui : les acteurs les moins qualitatifs, Amazon, les grandes surfaces alimentaires, ou les grandes surfaces culturelles sont beaucoup mieux rémunérés que les libraires. Aujourd’hui, ce pan de la loi de 81 n’est pas appliqué », expliquait-il à cette occasion. « Si cette discrimination positive était appliquée, les librairies ne seraient pas dans cette situation. »
L’organisation patronale n’exclut pas, à présent, une action qui s’appuierait sur cette disposition de la loi sur le prix unique du livre. « Nous espérons que la crise actuelle provoquera enfin une prise de conscience qui évitera d’en arriver un jour à des contentieux que personne ne souhaite pour faire respecter la lettre et l’esprit du prix unique du livre », conclut le SLF.
Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Antoine OuryContact : ao@actualitte.com
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