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« Fils de Manassé » : quand une tribu indienne retrouve Israël après 2 700 ans d’exil

Une arche de ballons bleus et blancs, des dizaines de voix qui entonnent « Evenou shalom alechem » (« Nous vous apportons la paix »)… Plus de 250 Indiens ont foulé pour la première fois le sol israélien, jeudi 23 avril. Ils viennent du Manipur, un État du nord-est de l’Inde, frontalier de la Birmanie, et se disent descendants d’une tribu biblique disparue il y a près de trois millénaires.

Les retrouvailles sont intenses. Dans la foule venue accueillir les arrivants se trouvent des Bnei Menashe (« Fils de Manassé »), d’autres descendants de la tribu de Manassé, installés en Israël depuis des années, qui retrouvent des proches, des voisins, des amis perdus de vue depuis parfois une décennie.

Ces nouveaux arrivants sont les premiers d’une opération d’envergure : en novembre 2025, le gouvernement israélien a décidé de financer l’immigration d’environ 4 600 à 6 000 membres de cette communauté. « C’est un moment historique », a déclaré Ofir Sofer, ministre de l’intégration, saluant « le début d’une opération qui va permettre à toute la communauté d’immigrer ».

Qui sont les Bnei Menashe ?

Selon le récit biblique, Manassé était le fils de Joseph, lui-même fils de Jacob, et le père de l’une des douze tribus d’Israël. Cette tribu, comme neuf autres, disparaît des annales après la conquête assyrienne du royaume d’Israël, que les historiens datent de 720-721 avant J.-C. Les envahisseurs déportent une partie de la population : c’est la naissance du mythe des dix tribus perdues d’Israël.

Selon la tradition orale des Bnei Menashe, leurs ancêtres ont entamé un exode de plusieurs siècles à travers la Perse, l’Afghanistan, le Tibet et la Chine, avant de s’établir dans les États de Mizoram et de Manipur, dans le nord-est de l’Inde. Une trajectoire difficile à vérifier historiquement, mais transmise de génération en génération avec une constance remarquable, et qui constitue le cœur de leur identité collective.

Convertis au christianisme au XIXe siècle par des missionnaires britanniques, les Bnei Menashe ont pourtant conservé certaines pratiques associées au judaïsme, comme la circoncision. Mais cette filiation revendiquée ne suffit pas aux yeux des autorités religieuses israéliennes, le rabbinat officiel ne les reconnaît pas comme juifs. Les arrivants de cette tribu indienne, comme leurs prédécesseurs, devront donc entamer un processus de conversion pour pouvoir bénéficier de la « loi du retour », qui confère automatiquement la nationalité israélienne à tout juif qui en fait la demande.

Une immigration aussi motivée par la peur

Le contexte de leur départ n’est pas uniquement spirituel. L’État du Manipur en Inde est depuis plusieurs années le théâtre d’un conflit meurtrier entre la communauté hindoue des Meitei, majoritaire, et la minorité kuki, principalement chrétienne, de laquelle les Bnei Menashe sont proches. Ce conflit a déjà fait plus de 250 morts, entraîné la destruction de villages entiers mais aussi de plusieurs synagogues.

Cette arrivée n’est pas une première. Selon l’association Shavei Israël (« Ceux qui retournent en Israël »), environ 4 000 Bnei Menashe ont déjà immigré en Israël depuis les années 1990. Quelque 7 000 autres sont toujours en Inde, dans l’attente.

Depuis avril 2025, plus de 18 000 juifs ont immigré en Israël, dont 6 000 de Russie, 3 500 des États-Unis et 3 277 de France. Les Bnei Menashe représentent une composante modeste de cette immigration mais portent une charge symbolique importante. Ce retour, s’il s’accomplit pleinement, sera celui d’une communauté qui aura traversé, selon sa propre mémoire, 2 700 ans et plusieurs continents pour rejoindre la Terre promise.


Source:

www.la-croix.com

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