Ayant claqué la porte du ministère de l’Intérieur, Bruno Retailleau multiplie les propositions choc pour s’imposer dans la course à l’Élysée. Une stratégie de surenchère dans un espace politique déjà saturé à droite.
Publié le 24/04/2026 11:48
Mis à jour le 24/04/2026 11:49
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Déjà entré en campagne présidentielle, Bruno Retailleau a proposé, jeudi 23 avril, d’instaurer ce qu’il appelle un « état d’urgence anti-trafics », avec une mesure-choc : il veut « boucler 24 heures sur 24 » les quartiers « gangrénés par le trafic de drogue » avec des véhicules blindés et contrôler les entrées et les sorties pendant une durée indéterminée. On imagine le bonheur de ceux qui vivent dans ces quartiers difficiles d’être, en plus, mis en quarantaine, en quelque sorte.
Lundi, c’est carrément l’Espagne que Bruno Retailleau voulait mettre en quarantaine, ou plutôt « au ban des nations européennes », à cause de la décision du Premier ministre Pedro Sánchez de régulariser 500 000 sans-papiers. Il promet de rétablir des contrôles à la frontière espagnole pour empêcher ces travailleurs légaux en Espagne, pour l’écrasante majorité hispanophones puisqu’ils viennent d’Amérique du Sud, de franchir les Pyrénées pour mener une vie de clandestins en France. On ne voit pas bien quel serait leur intérêt, mais celui de Bruno Retailleau est très clair : il brandit des épouvantails, les sans-papiers venus d’ailleurs, les narcotrafiquants qui mettent nos villes en coupe réglée, et dégaine des mesures toujours plus spectaculaires pour essayer de se faire entendre. L’ancien ministre de l’Intérieur est condamné à faire de la surenchère.
D’abord, parce qu’il n’est plus ministre de l’Intérieur. Il a claqué la porte du gouvernement sur un coup de tête et il a perdu d’un coup l’écho et la crédibilité que lui assurait sa présence place Beauvau. Résultat, Bruno Retailleau a été plébiscité dimanche, sans rival face à lui, par 34 000 adhérents de LR, son modeste fan-club. Il a été officiellement investi candidat de LR à la présidentielle dans une indifférence assez générale. Les ténors de son parti, Laurent Wauquiez, Michel Barnier ou encore Xavier Bertrand, ne le soutiennent pas. Coincé entre, d’un côté, la domination du Rassemblement national et, de l’autre, la remontée d’Édouard Philippe dans les sondages depuis sa victoire municipale au Havre, Bruno Retailleau se radicalise chaque semaine un peu plus.
Il cherche un espace politique. À droite toute, et il va même plus loin que l’extrême droite sur l’immigration, la sécurité ou lorsqu’il s’en prend à la justice ou à l’État de droit. En fait, la dérive de Bruno Retailleau est peut-être en train d’achever la jivarisation de LR : c’était un grand parti de gouvernement, c’est en train de devenir un groupe de pression, une sorte de lobby qui veut faire du bruit pour attirer l’attention. Bruno Retailleau a un objectif qu’il clamait jeudi 23 avril dans une interview au Parisien : « Je veux renverser la table ! », dit-il. Quitte à se la prendre sur les pieds et à casser la vaisselle.
Source:
www.franceinfo.fr





