Les plateformes proposent effectivement une couverture médicale minimale, mais le statut d’indépendants des livreurs et surtout leur précarité sociale ne leur permet pas toujours de l’utiliser.
Publié le 23/04/2026 17:35
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C’est une procédure judiciaire inédite : quatre associations d’entraide aux livreurs, dont les Maisons des coursiers de Paris et de Bordeaux, portent plainte auprès du parquet de Paris contre Deliveroo et Uber pour traite d’êtres humains. Les associations dénoncent le modèle économique de ces plateformes qui repose, selon elles, sur l’exploitation d’une main d’œuvre précaire avec des conditions de travail et des revenus indignes. Il est aussi question du manque de protection sociale de ces livreurs et coursiers.
Derrière cette plainte plane une question centrale : ces livreurs ont-ils vraiment une protection sociale en France ?Oui, théoriquement, mais elle reste très limitée. Les livreurs Uber Eats ou Deliveroo sont indépendants, le plus souvent auto-entrepreneurs, ils cotisent donc à une protection de base (incluant l’assurance maladie et la retraite, notamment) mais sans les droits des salariés : ils n’ont pas d’indemnités en cas de chômage, pas de congés payés, pas de salaire minimum.
Les plateformes mettent aussi en avant des assurances privées. Chez Uber, une couverture gratuite avec AXA prévoit des indemnités en cas d’accident ou d’arrêt de travail pendant les courses et sous conditions d’activité. Chez Deliveroo, une participation à une assurance accident du travail existe également, mais uniquement pour les livreurs qui dépassent un certain niveau de revenus. Ces dispositifs sont donc bien réels, mais partiels et conditionnés.
Une étude inédite publiée fin mars par l’IRD (Institut de recherche pour le développement) et l’Ined (Institut national d’études démographiques) avec Médecins du Monde. Elle montre une réalité très précaire : les livreurs travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour moins de 900 euros net. Et surtout près des deux tiers sont sans titre de séjour. Dans ces conditions, l’accès aux droits devient très théorique.
Pour travailler, beaucoup de ces livreurs sans titre de séjour passent par des systèmes parallèles. Toujours selon cette enquête, plus de trois sur quatre louent un compte pour pouvoir exercer. Ils ne sont donc pas déclarés à leur nom, cotisent peu ou pas du tout, et sortent de fait du système de protection sociale, mais aussi des assurances mises en avant par les plateformes.
Cette invisibilité a des conséquences directes. Près de six livreurs sur dix ont déjà eu un accident, plus de trois sur quatre ont été blessés. Beaucoup renoncent aux soins faute de moyens, de temps ou de papiers, malgré un état de santé dégradé. 22% des livreurs disposant d’une couverture médicale ne se font pas soigner, et cette proportion dépasse 50% chez ceux qui n’ont pas de couverture médicale.
Source:
www.franceinfo.fr





