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Sophie de Closets, Olivier Nora : qui sera la prochaine “victime” de Sarkozy chez Hachette ?

Le limogeage d’Olivier Nora s’inscrit comme la résolution d’échanges houleux qu’avait déjà endurés l’éditeur. Dès sa prise de fonction, un certain Nicolas Sarkozy, soucieux de la maîtrise de son image, avait pris en grippe le patron nouvellement arrivé, préférant quitter Grasset, en tant qu’auteur, en 2001.

Plus confortable pour la maison qui publia durant le quinquennat sarkozien, une série satirique signée Patrick Rambaud — Chronique du règne de Nicolas Ier. Entre 2008 et 2012, cinq romans relatant les hauts faits et petits gestes présidentiels, qui se conclurent avec Tombeau de Nicolas Ier, avènement de François IV, en janvier 2013. De quoi envenimer les relations durablement entre les deux hommes.

“Je suis administrateur d’Hachette”

Déjà durant leurs premières passes d’armes, Olivier Nora défendait une ligne éditoriale autonome, refusant que la maison d’édition devienne un simple relais politique. Par la suite, l’ancien président de la République intégra le conseil d’administration du groupe Lagardère – avant que Vincent Bolloré — un proche n’engloutisse la structure au sein de Vivendi. 

Fort de ce nouveau poste, Nicolas Sarkozy revint à la charge pour dispenser bien volontiers ses bons conseils à Nora. Ou assénait-il des menaces à peine voilées ? Un échange entre les deux hommes rapporté par Le Monde glace, tant la confrontation est révélatrice d’un différend dépassant le simple cadre éditorial :

– Écoutez, si vous voulez me shooter, dites-le moi. J’ai plus de vingt ans d’ancienneté dans la maison, on fera les comptes.

– Si je le voulais, ce serait fait depuis longtemps. Je suis administrateur d’Hachette.

– Non, de Lagardère, l’interrompt Nora.

– Maintenant, c’est la même chose. Il va falloir vous y faire, vous allez avoir désormais un actionnaire puissant ! Et voilà que vous rééditez Mein Kampf, par-dessus le marché…

Erreur de débutant, l’ouvrage était prévu chez Fayard. Mais là encore, l’ancien locataire de l’Élysée avait son petit plan pour s’occuper de celle qui dirigeait la maison, Sophie de Closets.

« Si Sophie de Closets devait partir, ce serait une perte considérable », prévenait charitablement Olivier Nora lors de ce même échange. Riposte de son interlocuteur : « On disait déjà ça pour M. Nourry, et la maison continue de très bien tourner. »

“Madame de Closette”

Là encore, pour avoir défendu une ligne claire et l’autonomie éditoriale de sa maison contre Nicolas Sarkozy, elle fit également les frais de l’expertise improvisée du second en matière d’édition. Le différend entre eux s’inscrit tout aussi bien dans le contexte des recompositions du groupe Hachette Livre, marqué par l’influence croissante de Vincent Bolloré et les tensions autour de l’indépendance éditoriale.

À LIRE – “Il y a trop de livres” : Sarkozy joue l’expert (douteux) en édition

Le conflit ne relevait pas d’un désaccord personnel isolé : il mettait en lumière l’opposition entre logique politique et logique éditoriale, mais également l’indépendance des maisons d’édition dans les grands groupes. Et bien entendu, plus proprement à Hachette, les tensions internes liées à la transformation du groupe sous l’influence prêtée à Vincent Bolloré.

Sarko reprochait à la présidente la publication d’ouvrages d’enquête critiques, notamment ceux de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, y voyant même un complot et en attendait des excuses de la part de l’éditrice. En effet, ces livres documentaient des affaires judiciaires et politiques sensibles. Leur accumulation dans un même catalogue éditorial nourrit, du point de vue de l’ancien président, l’idée d’une hostilité structurée.

On se souviendra de cette saillie, désormais célèbre, adressée à celle qui était alors présidente de Fayard : « Comment osez-vous, Mme de Closette ? Vous savez que c’est Arnaud Lagardère, votre patron ? », démonstration de l’interventionnisme sarkoziste. Dans ce contexte tendu, Sophie de Closets quitta la direction de Fayard en 2024. Exit, donc.

Le suivant, Olivier Nora, est pour l’heure remplacé par l’intérim de Jean-Christophe Thiery, déjà clairement identifié par les professionnels : « Ils ont pris le seul qui ne connaît rien à l’édition, mais il va lui appliquer les recettes Canal sans l’esprit des origines… », nous glisse un observateur.

Mais le premier d’entre tous fut évidemment Arnaud Nourry, entré en conflit avec son actionnaire lors des négociations pour la cession à Vivendi et débarqué en mars 2021. « En créant le mythe que, sans lui, le groupe allait disparaître, le PDG véhiculait un message inquiétant », analysait alors une spécialiste de la communication. « Le problème est qu’il n’avait pas les commandes du groupe Lagardère : juste de Hachette. » 

ENQUÊTE – “En conflit avec son actionnaire” : Arnaud Nourry, la chute d’Icare

Et que ce fameux actionnaire n’était autre qu’Arnaud Lagardère qu’un certain Nicolas Sarkozy appelait « mon frère ». Alors oui, ce nouvel épisode ravive la question…

Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0

 

DOSSIER – Olivier Nora évincé : ce que cache vraiment son départ de Grasset

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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