Le Centre national du livre s’est une nouvelle fois penché sur les pratiques de lecture des jeunes Français, via une étude commandée à l’institut de sondages Ipsos/BVA. Détaillés ce mardi 14 avril, les résultats de l’enquête menée auprès de 1500 jeunes Français âgés de 7 à 19 ans confirment le déclin des pratiques de lecture, à mesure que les catégories observées avancent en âge.
Le nombre de jeunes âgés de 7 à 19 ans déclarant lire pour l’école, les études ou le travail (84 %) comme pour leurs loisirs (81 %) reste stable par rapport à la dernière enquête de 2024, mais les taux chutent considérablement selon les tranches d’âge, en particulier chez les garçons. 91 % des 7-9 ans déclarent ainsi lire pour leurs loisirs, contre 56 % seulement des 16-19 ans.
Par ailleurs, 1/3 des 16-19 ans, filles et garçons confondus, ont totalement abandonné l’activité. Le temps réservé aux écrans pour les loisirs, au quotidien, reste considérable, à 3h01 (en baisse de 10 minutes par rapport à 2024, cependant), surtout lorsqu’on le compare à celui passé à lire : 18 minutes seulement, en légère baisse ici aussi.
Un autre phénomène émerge, celui de la cannibalisation de ce temps de lecture par les écrans. « [Q]uand on lit, on a donc tendance à utiliser les écrans en même temps, pour envoyer des messages ou regarder des vidéos », détaillait ainsi Étienne Mercier, directeur du département Public Affairs Santé d’Ipsos/BVA. À l’arrivée, les compétences en lecture auraient même tendance, paradoxalement, à se fragiliser au fil du cursus scolaire.
Promouvoir « toutes les formes de lecture »
Au lendemain de la présentation de ces résultats, l’Élysée annonce un déplacement d’Emmanuel Macron à la Cité internationale de la langue française, à Villers-Cotterêts (Aisne), ce jeudi 16 avril. Une visite qui marquera également le lancement d’une « journée hors ligne », un « rendez-vous de déconnexion [qui] vise à promouvoir la lecture et la sociabilité ».
À LIRE – Outre-mer : un plan interministériel pour lutter contre l’illettrisme et l’illectronisme
Le chef de l’État rencontrera 350 élèves franciliens et des classes de la réussite d’Amiens, et « rappellera la place centrale de la lecture, comme facteur d’ouverture, d’émancipation et d’égalité des chances ». L’objectif de la journée sera aussi de promouvoir « toutes les formes de lecture, notamment à voix haute », précise l’Élysée.
Cette dernière a déjà été valorisée par Régine Hatchondo, présidente du Centre national du livre (CNL), à l’occasion de la présentation des résultats de l’étude Ipsos/BVA. Elle y voyait « un moment de partage que les jeunes de tous les âges adorent » et assurait qu’elle constituerait un « enjeu fondamental » pour les prochaines années.
Plus de réseaux sociaux…
Le déplacement du chef de l’État s’inscrit aussi dans le contexte d’un débat parlementaire sur l’encadrement des réseaux sociaux, avec l’examen d’une proposition de loi, soutenue par le gouvernement, visant à interdire certaines plateformes aux usagers de moins de 15 ans.
Lors de ses vœux du 31 décembre 2025, Emmanuel Macron avait fait de cette mesure un de ses engagements pour sa dernière année à la tête de l’État. Il avait d’abord suggéré un projet de loi, avant de se ranger derrière la PPL déposée en novembre 2025 par la députée Laure Miller (Marne, Ensemble pour la République).
Fin mars, le Sénat a adopté le texte, après que l’Assemblée nationale ait fait de même, mais en modifiant ses modalités d’application. Ainsi, l’interdiction ne serait plus générale, mais circonscrite à certaines catégories de plateformes, jugées nocives pour « l’épanouissement physique, mental ou moral » des mineurs, tandis que les autres resteraient accessibles, à la condition d’un accord parental préalable.
Sénateurs et gouvernement se sont affrontés sur ce point : les premiers ont défendu une approche prudente, à l’encontre de l’agenda présidentiel, le second a pointé un risque d’inconventionnalité des listes ainsi constituées. À l’inverse, les sénateurs assurent que l’interdiction générale serait contraire à la Constitution. Reste également la question de la validation de la mesure par les instances européennes…
Du côté du CNL, Régine Hatchondo a largement soutenu l’initiative du gouvernement, estimant que « [c]eux qui considèrent que ce sont là des mesures liberticides passent à côté des dangers des projets des GAFAM [les multinationales de la tech, NdR] », notamment vis-à-vis des plus jeunes.
L’analyse du chef de l’État et du gouvernement Lecornu a en effet été critiquée, tout comme le positionnement d’Emmanuel Macron sur les jeux vidéo et la violence. Dans un entretien à Brut, en février dernier, il avait estimé que jouer à certains titres « conditionne des jeunes [à la violence], […] ça va les désinhiber complètement et parfois leur faire commettre le pire ».
Ni de budget ?
L’intervention d’Emmanuel Macron à Villers-Cotterêts suit aussi la séquence budgétaire pour 2026, qui a été marquée par un recul sensible du budget du ministère de la Culture. Ainsi, quand la loi de finances pour 2025 prévoyait respectivement 4 milliards € en autorisations d’engagement et 3,9 milliards € en crédits de paiement pour la rue de Valois, la loi de finances 2026, passée en force par un article 49.3, impose 3,7 milliards € en AE et en CP.
À cette occasion, le Centre national du livre lui-même avait perdu une partie de sa subvention pour charge de service public, passée de 26,6 millions € en 2025 à 22,3 millions € en 2026. Le fonds de roulement de l’établissement public a pu, a priori, prendre le relais pour compenser cette baisse, mais le choix politique n’en est pas moins flagrant, tout comme ses conséquences à long terme.
À LIRE – À l’Assemblée nationale, l’austérité appliquée à la culture inquiète
Interrogée sur ce point, mardi 14 avril, Régine Hatchondo a assuré que les actions de l’institution n’étaient pas menacées pour autant. Toutefois, ces moyens réduits limitent la possibilité d’une « massification des actions du centre », qu’elle a appelé de ses vœux. « Il faut pouvoir payer les auteurs [pour les rencontres ou résidences dans les établissements scolaires], offrir des livres ou des chèques livres aux jeunes, c’est important. Ils repartent toujours fièrement avec le livre qu’ils ont pu choisir eux-mêmes », a-t-elle rappelé à cette occasion.
Photographie : Emmanuel Macron, en déplacement aux États-Unis, le 18 août 2025 (US Government, domaine public)
Par Antoine OuryContact : ao@actualitte.com
Source:
actualitte.com





