Cet article est issu du magazine Les Dossiers de Sciences et Avenir n°225 daté avril/juin 2026.
Vous êtes peut-être de ceux qui refusent que les biodéchets, alimentaires et jardiniers, soient incinérés, voire de ceux qui ont la possibilité d’accéder à un composteur ? « Cette ressource est précieuse, et les jardiniers le savent bien « , souligne Mickaël Hedde, chercheur en biodiversité du sol à l’Inrae. Elle représente près de 40 % de la poubelle des Français. Mais pour en tirer le meilleur profit, il ne suffit pas de l’épandre sur vos plates-bandes… « La matière organique se dégraderait lentement à la surface du sol, explique le biologiste. Le facteur clé du compost, c’est la concentration des déchets et donc des organismes décomposeurs ! » C’est ce qui permet d’obtenir l’humus, cette matière noire, un peu grasse, bourrée de nutriments, que l’on redistribue ensuite sur les plants qui en ont besoin.
« Pour eux, c’est un peu comme vivre dans un restaurant ! »
À qui doit-on cette fructueuse transformation ? Trois grands groupes trophiques – caractérisés par leur régime alimentaire – se repaissent du compost où ils s’épanouissent. « Pour eux, c’est un peu comme vivre dans un restaurant ! », sourit le chercheur. Les premiers à s’attaquer au fastueux banquet sont les détritivores : cloportes, vers du fumier, mille-pattes, collemboles… « Ils désagrègent les épluchures en morceaux plus petits, un travail qui augmente la surface d’attaque des déchets par les micro-organismes. » Certains, comme le mille-pattes, commencent par le milieu des feuilles, d’autres, tels les vers de terre, par le bord. « Chacun mange ce qu’il préfère et, rapidement, le compost est dégradé » , détaille Mickaël Hedde.
Inévitablement, la concentration de ces invertébrés attire un deuxième groupe, les prédateurs : certains mille-pattes et de nombreuses araignées qui se délectent des détritivores… Tandis que les micro-organismes finissent le travail de décomposition de la matière végétale : bactéries et champignons cassent les composés organiques en molécules simples. L’activité des bactéries – des milliers d’espèces – libère de l’énergie thermique, et la température augmente progressivement. « C’est une des raisons pour lesquelles il est important de retourner le compost de temps en temps, rappelle l’écologue, afin que sa température diminue, mais aussi pour le réoxygéner. »
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Avec l’automne, le grand retour des vers de fumier
La qualité du compost, autrement dit leur composition biochimique, dépend essentiellement de l’humain… dont l’intervention tient en quelques gestes simples. Remuer, diversifier les apports, humidifier en période de sécheresse… et c’est à peu près tout ! « Une meilleure qualité signifie une meilleure digestibilité et une dégradabilité plus efficace, signale le biologiste. Mélanger le compost est donc d’autant plus important qu’il ne faut pas créer des couches entières de matière organique peu dégradables, par exemple de la paille de blé. »
Quasiment absents l’été, les vers de fumier font leur grand retour dès l’automne, saison où ils se reproduisent à vitesse grand V. Quant à l’hiver, l’alternance des périodes de gel et dégel contribue à la décomposition de la matière organique, et l’humidité favorisera l’installation des champignons. Ainsi, sans trop d’effort, vous obtenez en quelques mois un compost mûr, brun, d’aspect homogène et prêt à l’emploi.
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