“J’aurais aimé avoir tort.”
Il y a quelques semaines, j’écrivais ici un post sur la concentration dans l’édition française. Un même actionnaire qui possède la maison d’édition, la chaîne d’info qui lance le livre, le réseau de gares qui le met en tête de gondole.
Je parlais à l’époque de Fayard et du livre de Bardella.
Mardi, Olivier Nora a été licencié de la direction de Grasset. 26 ans à la tête de la maison. Remplacé par Jean-Christophe Thiery, homme de confiance de Vincent Bolloré.
Un « gestionnaire politiquement orienté », comme le dit Gaspard Kœnig.
Cette semaine, 170 auteurs ont signé une lettre commune pour annoncer qu’ils ne publieraient plus chez Grasset. Despentes, BHL, Beigbeder, Chalandon, Gaël Faye, Anne Berest. Des gens qui ne sont d’accord à peu près sur rien, sauf sur ça.
Je porte deux casquettes.
Éditeur chez Mardaga. Distributeur chez Primento.
Et des deux côtés, je vois la même chose.
Côté édition, Grasset c’était exactement ce qu’une maison devrait être. On y publiait à gauche, à droite, au centre. Despentes et BHL dans le même catalogue. C’est ça, le métier. Choisir des voix singulières. Ne pas trier selon l’agenda politique de l’actionnaire.
Côté distribution, je vois tous les jours ce qui se passe quand un acteur géant contrôle un maillon de la chaîne. J’en ai déjà parlé à propos d’Amazon. Quand la même main tient l’édition ET la distribution ET les médias qui en parlent, le livre ne produit plus de la pensée. Il produit un message.
Aujourd’hui Grasset.
Demain JC Lattès ? Calmann-Lévy ? Le Livre de Poche ?
Le Syndicat de la librairie française parle d’une « étape sans doute décisive dans la mise au pas du groupe Hachette ». Ils ont raison.
Ce que j’ai envie de dire aux auteurs : vous n’êtes pas obligés.
Il existe encore des maisons indépendantes. Elles paient parfois moins. Mais elles ne vous demanderont pas d’adoucir un manuscrit pour ne pas froisser un actionnaire. Elles ne décaleront pas votre sortie de trois mois pour coller à un calendrier politique.
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Ce que j’ai envie de dire aux lecteurs : vos achats comptent.
Le livre que vous prenez chez votre libraire indépendant, c’est un vote. Pour le pluralisme. Contre l’uniformisation. Le livre n’est pas un produit comme un autre. Je l’ai déjà écrit. Je le réécrirai autant qu’il le faudra.C’est de la pensée. De la langue. De la culture. De la démocratie.
Et ça ne se licencie pas du jour au lendemain par un communiqué de deux lignes.
Crédits photo : Thibault Leonard
DOSSIER – Olivier Nora évincé : ce que cache vraiment son départ de Grasset
Par Auteur invitéContact : contact@actualitte.com
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