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Crise chez Grasset : plus de 300 auteurs appellent à la création d'une "clause de conscience" dans l'édition

Cette clause permettrait de « rétablir un équilibre élémentaire entre la liberté d’entreprendre et la liberté de ne pas servir ce que l’on réprouve », estiment-ils dans « La Tribune Dimanche ».


Publié le 19/04/2026 08:08



Mis à jour le 19/04/2026 10:22

Temps de lecture : 3min

Un livre des éditions Grasset à Paris, le 17 avril 2026. (JOEL SAGET / AFP)

« Il est temps de poser une limite. Cette limite a un nom : la clause de conscience. » Plus de 300 auteurs et acteurs du monde de l’édition, emmenés par Leïla Slimani, Virginie Despentes et Emmanuel Carrère, appellent dans une tribune publiée par La Tribune dimanche à la création de cette clause dans leur secteur, après le limogeage d’Olivier Nora, PDG de Grasset. La clause de conscience « existe pour les journalistes », rappellent les signataires. « Elle doit être étendue, non pour fragiliser les entreprises, mais pour rétablir un équilibre élémentaire entre la liberté d’entreprendre et la liberté de ne pas servir ce que l’on réprouve. »

Pour eux, « le licenciement par Vincent Bolloré du PDG des éditions Grasset Olivier Nora est le révélateur d’une évolution à laquelle notre droit ne sait pas faire face ». « Le groupe dont relèvent Hachette et Grasset forme désormais un ensemble cohérent de médias, d’éditeurs et de plateformes dont l’orientation idéologique est identifiée dans le débat public. Cette évolution assumée ne trouve aucune traduction dans le droit du travail ni dans celui des auteurs », déplorent les signataires du texte.

Selon les signataires, tout un secteur, des communicants aux libraires en passant par les salariés, est concerné. « Le droit français n’a rien prévu pour eux. Il leur dit d’accepter ou de partir. Partir, c’est renoncer à des années d’ancienneté, à des droits, à une stabilité parfois construite sur des décennies. Rester, c’est consentir à une forme de dissonance morale », affirment-ils.

Quelque 170 écrivains ont déjà secoué cette semaine le monde d’ordinaire feutré de l’édition, avec leur décision inédite de refuser de publier de nouveaux livres chez Grasset après le départ d’Olivier Nora, imputé par de nombreux auteurs à Vincent Bolloré, l’homme d’affaires conservateur qui contrôle Hachette, numéro un français du secteur et maison-mère de Grasset. Dans une lettre ouverte, ils avaient dénoncé « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale » de la prestigieuse maison.

La sénatrice socialiste Sylvie Robert avait appelé jeudi à créer une « clause de conscience » pour les auteurs « en cas de changement radical dans la ligne éditoriale ». Cette mesure est également portée par le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, qui a auditionné Vincent Bolloré. Interrogé sur cette proposition, Emmanuel Macron a de son côté appelé à y « réfléchir » sans toutefois trancher. C’est « une question qui va se poser », a-t-il insisté.


Source:

www.franceinfo.fr

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