Publié le 19/04/2026 10:35
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Loin des lobotomies d’antan, le traitement à base d’impulsions électriques dans le cerveau, appelé stimulation cérébrale profonde (SCP), est déjà largement utilisé en neurologie. Aujourd’hui, cette chirurgie représente un nouvel espoir pour les patients privés de liberté car souffrant de violence pathologique.
À l’Institut du cerveau de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, Carine Karachi, neurochirurgienne et chercheuse, pratique la stimulation cérébrale profonde (SCP), un traitement qui révolutionne la vie de patients atteints de maladies neurologiques avec des troubles du mouvement. Cette technique chirurgicale inventée en France consiste à poser deux électrodes dans le cerveau pour en stimuler électriquement une toute petite partie. Après l’intervention, les malades retrouvent un mode de vie plus mobile et fonctionnel.
Très adaptée dans la prise en charge des stades avancés de la maladie de Parkinson, la stimulation cérébrale profonde placée sur d’autres zones du cerveau s’est révélée être également efficace pour modifier les émotions d’un individu. Cette découverte a ouvert un champ des possibles dans le domaine de la psychiatrie et le Pr Karachi souhaite étendre le traitement aux malades souffrant de violence pathologique.
« Il y a deux types de comportements violents : la violence de prédateurs, celle qui est préméditée, que l’on va appeler plutôt la psychopathie, et pour l’instant, je n’ai pas du tout ma place en tant que neurochirurgien dans ce type de violence, explique le Pr Karachi. D’autres patients ressentent, eux, subitement une bouffée de violence avec une accélération du rythme cardiaque, une rougeur des joues, des pupilles qui se dilatent puis ils vont tout casser. Ce sont ces bouffées de violence que l’on va envisager de traiter avec la stimulation cérébrale profonde parce qu’on connaît le réseau cérébral qui est mis en jeu dans ce type de comportement. »
Les cas les plus graves sont hospitalisés dans les dix unités pour malades difficiles (UMD) que compte la France, privés de liberté à cause de leur dangerosité. « Par UMD, on estime qu’il y a un ou deux patients violents de façon anormale, et qui sont résistants aux traitements médicamenteux. Ici, on s’en occupe de façon remarquable mais ils sont dans une prison… Je pense que c’est mon devoir, avec les outils que l’on a, de m’occuper de patients difficiles », affirme la chercheuse.
A l’UMD de Rouvray, Carine Karachi rencontre un résidant souffrant de violence pathologique sur qui tous les traitements ont échoué, et lui propose de participer à un essai clinique de stimulation cérébrale profonde. La neurochirurgienne le sait, elle a beau avoir des arguments solides, l’idée de corriger un comportement par la chirurgie fait remonter à la surface l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire de la médecine : les lobotomies pratiquées jusqu’à la fin des années 1970.
Elle doit aussi convaincre l’équipe soignante : « C’est réversible, je pense que le risque le plus important pour les patients, c’est que ça ne marche pas ou pas assez. » En plus du questionnement autour du consentement du patient, certains infirmiers s’inquiètent sur une possible modification de leur personnalité. « Le but de la chirurgie, c’est uniquement de traiter les bouffées de violence », précise-t-elle.
Avant d’obtenir l’autorisation pour cet essai clinique, il y a eu deux ans de validation scientifique, juridique et des discussions difficiles sur lesquelles le Pr Karachi s’est fixé un cadre : « Il y a eu des débats éthiques compliqués, par exemple si on veut traiter les comportements violents, déjà il faut savoir ce qui est normal et ce qui est pathologique. C’est très difficile de répondre à cette question. Et puis, est-ce qu’on agit pour le bien du patient ou pour le bien de la société ? Il y a un conflit… Il n’est pas facile à résoudre. J’ai envie de dire qu’il faut juger de la souffrance du patient, ça me semble, pour moi en tout cas, la voie à suivre. »
Extrait de « Voyage au centre de la tête », diffusé dans « 13h15 le dimanche » le 19 avril 2026.
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Source:
www.franceinfo.fr





