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«Dans ces moments-là, mourir est une délivrance»: le récit d'Ali, survivant de la guerre au Soudan

Trois ans de guerre au Soudan, depuis le 15 avril 2023. Trois ans de violences, de bombardements, de déplacements forcés sur le sol soudanais avant d’arriver, pour certains, à se réfugier au Tchad. La vie d’Ali Abbakar Zakaria retrace parfaitement l’évolution et la propagation des combats depuis 2023. Quitter El-Fasher pour s’installer dans une école à quelques kilomètres de là, puis retourner vers sa ville d’origine pour se soigner… et finalement fuir vers Tawila, avant de réussir à rejoindre le Tchad. Portrait d’un blessé de guerre par Nadia Ben Mahfoudh

De notre correspondante,

Dans la poussière du camp d’Adré, le tempo est donné par le bruit métallique du déambulateur sur le sol sec. Le rythme est lent et saccadé. C’est celui d’Ali Abbakar Zakaria, blessé de guerre : « Je viens voir ma mère tous les matins et tous les après-midi. Je m’assure qu’elle va bien, qu’elle ne manque de rien, puis je rentre chez moi. »

Chez lui, Ali essaye de se rendre utile : « Je suis en train de recoudre ce tapis, celui sur lequel nous dormons. Je m’occupe comme je peux car ici, je n’ai pas de travail. » La vie de ce père de famille a basculé le jour où il a perdu sa jambe. Un drone a frappé l’école où il s’était réfugié avec les siens, dans un village à quelques kilomètres d’El-Fasher au Soudan :

« On pensait être en sécurité dans cette école. On avait même un bout de terre à cultiver. Mais avant la première récolte, le drone a frappé. Ils ont survolé nos têtes deux fois pour repérer les lieux. Ce n’est qu’au troisième passage qu’ils ont tiré. Ils ont des caméras, ils savaient exactement qui était là. Dans ma propre famille, il y a eu huit morts. Ma femme et quatre de mes enfants ont été tués sur le coup. Moi, j’ai perdu une jambe. Ma fille a perdu un bras, une autre a la jambe déchiquetée et mon fils est touché au dos. »

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« Huit de ma famille sont morts sous mes yeux »

La mère d’Ali n’arrive pas à oublier. Fatna Abdoua Mohamad confie : « Huit de ma famille sont morts sous mes yeux, je les ai vus de mes propres yeux. Et puis, neuf personnes ont disparu. Morts ou vivants ? On ne sait pas. »

Ali et ses trois enfants blessés sont évacués une première fois dans le camp de Zamzam. Faute de soins, ils sont ramenés sous les bombes, à l’hôpital saoudien d’El-Fasher. S’ensuivent trois mois d’enfer et deux amputations, sous un déluge de bombardements : « Même à l’hôpital, les drones frappaient régulièrement. On nous déplaçait d’une aile à l’autre pour fuir les impacts. Des gens venaient pour être soignés et mouraient dans leur lit à cause des frappes qui ciblaient le bâtiment. C’était l’horreur. Mais le pire, c’était sur la route de l’exil, vers Tawila. Ils prenaient les femmes et les violaient sous nos yeux. C’est pire que la mort. Dans ces moments-là, mourir est une délivrance. »

Désormais, Ali et sa famille apprennent à vivre avec les fantômes d’une guerre qui les a marqués à jamais dans leur chair.

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Source:

www.rfi.fr

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