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États-Unis: comment le séisme de 1906 a signé le relatif déclin de San Francisco

Le 18 avril 1906, à 05h12 du matin, une première secousse, puis une autre après une demi-minute d’accalmie, parcourent celle qui est alors la plus grande ville de Californie. Le séisme atteint une magnitude de 7,9 à 8,3 sur l’échelle de Richter, et représente l’équivalent de 6 millions de tonnes de TNT, soit 12 000 fois la puissance de la bombe atomique d’Hiroshima. Durant plusieurs jours, des incendies ravagent la ville, qui en sort défigurée.

Publié le : 17/04/2026 – 16:24


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Le système de failles de San Andreas en Californie s’étend sur 1 300 km de long pour 140 km de large. Son coulissement de part et d’autre n’est que de quelques centimètres par an. Il passe par San Francisco et Los Angeles et marque la jonction des plaques tectoniques pacifique et nord-américaine.

Il constitue le réseau artériel majeur d’une des zones sismiques les plus surveillées aujourd’hui. Chaque année, en Californie, quelque 200 tremblements de terre sont perceptibles par les êtres humains. Infiniment plus rares sont ceux qui peuvent se montrer destructeurs. En 1906 par exemple, cela fait près d’un demi-siècle qu’il n’y a pas eu de séisme d’envergure.

La métropole de l’Ouest états-unien

San Francisco est une ville récente. Il y a eu, certes, en 1776, une place forte fondée par les Espagnols, laquelle a aussitôt accueilli une mission franciscaine. C’est elle qui donnera au lieu son nom définitif, en 1846. La ville a été un temps mexicaine, mais l’entrée de la Californie dans l’orbite états-unienne coïncide avec la ruée vers l’or et la formidable expansion d’un village qui passe de mille à 25 000 d’habitants entre début 1848 et fin 1849. 

Bientôt, San Francisco devient la métropole de l’Ouest états-unien. Point d’arrivée de la première ligne de chemin de fer à traverser le pays d’est en ouest, elle s’ouvre sur la Golden Gate, la porte dorée. Et c’est de là que partent encore les chercheurs d’or du Klondike, à la fin du XIXe siècle. À cette époque, San Francisco est une ville bien plus importante que sa rivale du sud de la Californie, Los Angeles. Elle a même été, éphémèrement, capitale de l’État en 1862, avant que ce rôle ne soit de nouveau attribué à sa voisine Sacramento.

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C’est aussi l’archétype de la ville creuset, le melting pot états-unien, avec une très importante communauté chinoise, mais aussi des juifs allemands, dont le fabricant de jeans Levi Strauss, des Irlandais, des Italiens… Les tensions interraciales sont très fortes, d’abord contre les Irlandais, puis contre les Chinois, validées par le Chinese Exclusion Act de 1882. Lors du tremblement de terre de 1906 et surtout de l’immense incendie qui lui fait suite, le quartier chinois est entièrement détruit, ce qui n’empêche pas les émeutes anti-chinoises de se déchaîner à nouveau l’année suivante. À San Francisco, un tiers de la population est immigrante, un autre tiers est enfant d’immigrants.

Panorama de San Francisco depuis son point culminant en 1878, réalisé par Eadweard Muybridge © Collection of the Society of California Pioneers, domaine public, via Wilimedia Commons

Une ville détruite à 80%

Les secousses du tremblement de terre de 1906 sont ressenties jusqu’à Los Angeles au sud et jusqu’en Oregon au nord. Mais comme lors du séisme de Lisbonne en 1755, le pire reste à venir. Aux mouvements, tantôt de va-et-vient, tantôt circulaires, qui provoquent effondrements et déraillements, ravageant tout sur leur passage, succède une multitude d’incendies. Signe des temps, ce sont les ruptures des canalisations de gaz qui déclenchent les nouveaux sinistres. À 10h30, un dernier message télégraphique part du call building, l’un des premiers gratte-ciel états-uniens : « Le feu est partout, dans toutes les directions. »

Devant l’ampleur de la tâche, les plus de 500 pompiers de la ville, dont la réactivité est connue et admirée, se résolvent à utiliser des explosifs. L’idée est de créer des coupe-feu, en détruisant sciemment les bâtiments les plus proches de l’incendie. La mise en application est cependant délicate et ils n’y sont pas formés. Leurs essais aggravent le problème au lieu de le résoudre. La ville est désormais soumise, comme à Lisbonne un siècle et demi plus tôt, à une véritable tempête de feu.

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Parmi les célébrités présentes ce jour-là, se trouve le chanteur italien Caruso, qui s’est produit la veille, et dont l’hôtel est entièrement détruit à 17h30. Après avoir quitté la ville en train, le divo jure de ne jamais y revenir, et il tient promesse jusqu’à sa mort en 1921. Près de 80% de la ville est détruite, principalement par les incendies, qui durent quatre jours et quatre nuits. On dénombre dans un premier temps entre 375 et 500 morts, sans se préoccuper le moins du monde des nombreuses victimes du quartier chinois. Le bilan officiel est aujourd’hui établi autour de 3 000 victimes.

Entre la moitié et les trois quarts de la population se retrouvent sans abri. La ville est rapidement reconstruite et fête cette véritable résurrection en accueillant en 1915 une exposition universelle qui attire quelque 19 millions de visiteurs. Mais ce succès est trompeur. Le séisme lui a fait perdre son rôle historique de « porte d’entrée du Pacifique ». L’avenir économique de la Californie est désormais tourné vers Los Angeles, dans une époque où l’intérêt pour la zone Pacifique va toujours croissant. Si San Francisco garde son aura de capitale culturelle, à l’exception notable et significative de l’industrie du cinéma qui se déploie chez sa rivale dès 1911, Los Angeles, qui ne comptait que 100 000 habitants en 1900, en totalise près de 4 millions aujourd’hui. L’agglomération dépasse les 12 millions, ce qui en fait la deuxième métropole des États-Unis après New York et la troisième d’Amérique du Nord après Mexico.

Tremblement de terre de San Francisco de 1906 - vue panoramique
Vue des dégâts causés par le tremblement de terre de San Francisco de 1906. Archives du Bureau du chef des transmissions (Armée) (111-AGF-1-A-D)

Tremblement de terre de San Francisco de 1906 – vue panoramique
Vue des dégâts causés par le tremblement de terre de San Francisco de 1906. Archives du Bureau du chef des transmissions (Armée) (111-AGF-1-A-D)
© National Archives and Records Administration, domaine public, via Wikicommons

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Source:

www.rfi.fr

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