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AccueilActualités internationalesL'essentiel du procès libyen en appel de Nicolas Sarkozy : "Claude, voyez cela"

L'essentiel du procès libyen en appel de Nicolas Sarkozy : "Claude, voyez cela"

« Claude, voyez cela. » Trois mots prononcés en juillet 2007 par Nicolas Sarkozy et adressés à Claude Guéant, selon le récit de ce dernier, qui marquent un tournant dans le procès en appel de l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy.

Après avoir été mis en cause la semaine précédente par l’ancien chef de l’État, Claude Guéant a rompu avec son ancien patron en racontant comment Nicolas Sarkozy lui avait demandé de s’occuper de la situation judiciaire du haut dignitaire libyen Abdallah Senoussi lors d’un dîner officier à Tripoli, en la présence de Mouammar Kadhafi, ce qu’a démenti l’ancien président de la République.

Lui et neuf coprévenus sont jugés en appel depuis le 16 mars et jusqu’au 3 juin. En première instance, le 25 septembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris a déclaré Nicolas Sarkozy coupable d’association de malfaiteurs et l’a condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme, 100 000 euros d’amende, l’interdiction de toute fonction publique pour cinq ans et une privation de ses droits civils et civiques pour la même durée, en raison d’une « corruption au plus haut niveau » d’une « exceptionnelle gravité ». Entré le 21 octobre à la prison de la Santé sous les caméras du monde entier, Nicolas Sarkozy a obtenu sa mise en liberté sous contrôle judiciaire trois semaines plus tard. C’est désormais un nouveau marathon judiciaire qui a commencé pour l’ancien président de la République, qui espère ne pas retourner derrière les barreaux.

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• Mardi 14 avril : Claude Guéant riposte par procuration et déstabilise Nicolas Sarkozy

Le coup le plus dur est venu de son ancien bras droit : empêché par sa santé d’assister au procès libyen en appel, c’est par la voix de son avocat que Claude Guéant a déstabilisé Nicolas Sarkozy, qui avait mis en cause sa probité à l’audience.

Pour le dernier jour de son interrogatoire, le contraste avec les audiences précédentes ne saurait être plus cruel pour l’ex-chef de l’État.

Les choses ont tourné vinaigre cinq minutes après l’ouverture de l’audience. Me Philippe Bouchez El Ghozi, avocat de Claude Guéant, se lève et entame deux heures tendues de riposte à l’ancien président, qui s’était dit « surpris » par ce que le dossier lui aurait révélé sur le compte de Claude Guéant.

Ces « mises en cause extrêmement violentes sur (sa) probité » ont occasionné une « profonde meurtrissure » de son client, selon Me Bouchez El Ghozi, qui communique une attestation écrite destinée à mettre ses points sur les « i ».

« Si, comme c’est vraisemblable, il est sous-entendu que l’intérêt personnel serait un intérêt financier, je tiens à affirmer que je n’ai jamais de ma vie reçu ni sollicité d’argent de quiconque. Le sous-entendre est grave », y écrit l’ancien préfet de 81 ans.

Outre sa rencontre secrète avec le beau-frère du dictateur Mouammar Kadhafi, Abdallah Senoussi, Claude Guéant est accusé d’avoir accepté une montre de luxe, puis 500 000 euros de l’intermédiaire Alexandre Djouhri.

« Pourquoi raisonnez-vous par hypothèse pour Claude Guéant » en laissant entendre qu’il aurait pu bénéficier d’argent libyen ? demande Me Bouchez El Ghozi, calme mais implacable. « Un raisonnement par hypothèse serait admissible pour Claude Guéant mais pas pour vous ? » L’absence de preuve d’un financement libyen de sa campagne est un argument central de Nicolas Sarkozy.

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Comme la semaine dernière, l’ex-président vante le travail « remarquable » de son ancien secrétaire général à l’Élysée. Mais il répète sa gêne concernant « des éléments apparus dans le dossier qui ne pouvaient pas relever de son travail ».

Il y a toutefois quelque chose que Me Bouchez El Ghozi peine à comprendre : comment celui que Nicolas Sarkozy qualifiait d' »honnête homme » en première instance ne le serait subitement plus un an plus tard ?

« Le pouvoir présente une telle pression que certains peuvent, à un moment ou un autre, disjoncter », suppute le prévenu. Puis, un peu plus loin, glacial : « Peut-être qu’il m’a fallu un temps de digestion. Parfois j’ai trouvé que certaines choses étaient un peu indigestes. Indigestes, c’est le mot. Et encore, je suis très calme. »

L’avocat ne relâche pas l’étreinte. Nicolas Sarkozy, inhabituellement nerveux, s’agace. « Pardon, mais vous n’êtes pas mon avocat », dit-il. « Non. Je suis celui de Claude Guéant », riposte Me Bouchez El Ghozi, avant de susurrer : « Des esprits chagrins pourraient considérer que ces déclarations pourraient constituer une nouvelle stratégie de défense facilitée par l’absence médicalement imposée de Claude Guéant… »

« J’ai dit ce que j’avais à dire, pas par stratégie, par conviction », rétorque Nicolas Sarkozy. Même si, lâche-t-il, sa condamnation a pu jouer dans son cheminement : « L’association de malfaiteurs, là, c’est trop pour moi. »

Dans son attestation, Claude Guéant soutient que Mouammar Kadhafi a évoqué le sort judiciaire de son beau-frère, Abdallah Senoussi, avec Nicolas Sarkozy, fraîchement élu président, lors d’un dîner officier à Tripoli en juillet 2007. « Claude, voyez cela », lui aurait alors demandé le chef de l’État.

Un épisode catégoriquement démenti par Nicolas Sarkozy, qui cingle : « Je suis heureux pour Claude Guéant qu’il ait retrouvé cette mémoire-là et qu’il soit suffisamment en forme pour se souvenir de ce qu’il s’est passé il y a 19 ans. »

À la barre, Nicolas Sarkozy dit comprendre « qu’il y ait pu avoir beaucoup de tristesse, de regrets, d’aigreur » chez Claude Guéant. « Mais quand je suis rentré à la (prison de) la Santé, vous croyez que j’avais des sentiments grandioses à l’endroit de mes amis qui avaient rencontré Senoussi ? » grince-t-il.

• Mercredi 15 avril : « La mémoire revient parfois quand on est mis en cause », prévient l’avocat de Claude Guéant

Pas d’audience ce jour-là. Mais au lendemain de la rupture entre Claude Guéant et Nicolas Sarkozy, l’avocat de Claude Guéant intervient dans les médias. « La mémoire revient parfois quand on est mis en cause », prévient-il, ajoutant auprès de l’Agence France-Presse (AFP) que son client était prêt à faire un « complément d’attestation » en cas de nouvelle attaque de Nicolas Sarkozy devant la cour d’appel jugeant le dossier libyen.

« Cette rupture a été provoquée non pas par Claude Guéant mais par Nicolas Sarkozy la semaine dernière, qui a complètement changé de tactique, en se disant désormais qu’il allait essayer de mettre en cause Claude Guéant », a dénoncé dans un entretien à l’AFP Me Bouchez El Ghozi, qui avait rappelé mardi qu’en première instance, il y a un an, l’ex-chef de l’État dépeignait son ancien bras droit en « honnête homme ».

Ce changement de stratégie de Nicolas Sarkozy a pour but de « se défausser et prétendre ainsi qu’il n’était pas au courant des demandes libyennes sur la situation » judiciaire du dignitaire libyen Abdallah « Senoussi et des instructions données par lui à cet effet », a poursuivi l’avocat.

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« Tout ce qu’a fait Claude Guéant l’a toujours été dans le cadre de ses fonctions et sur instructions de Nicolas Sarkozy », a-t-il ajouté.

La décision de Nicolas Sarkozy de mettre en cause Claude Guéant, « non seulement cela ne lui fera pas gagner un point devant la cour, mais cela devrait lui nuire », a estimé Me Bouchez El Ghozi.

« Je pense que toute nouvelle mise en cause de Claude Guéant, sur ses actions menées dans le cadre de ses fonctions ou sur sa probité, fera l’objet d’un complément d’attestation », a-t-il menacé.

« Nous ne faisons aucun commentaire. L’audience se déroule devant la cour, pas dans les médias. L’audience, rien que l’audience », a de son côté réagi l’équipe de défense de Nicolas Sarkozy, sollicitée par l’AFP. 

• Jeudi 16 avril : une commission pour l’intermédiaire Alexandre Djouhri qui interroge

Après le coup de théâtre de Claude Guéant, le procès a repris pour se pencher sur une commission de 2 millions d’euros versée par Airbus à l’intermédiaire Alexandre Djouhri en novembre 2006 sur un compte bancaire à Singapour.

Alexandre Djouhri a écopé en première instance de la plus lourde peine parmi tous les prévenus : 6 ans de prison avec mandat de dépôt, 3 millions d’euros d’amende et 15 ans d’interdiction de gérer une entreprise, pour « blanchiment aggravé », « corruption active » et « trafic d’influence ».

Il a expliqué jeudi qu’Airbus lui devait 15 millions d’euros pour son rôle dans la signature d’un contrat pour la vente de douze avions Airbus à la Libye. Mais Édouard Ullmo, ancien directeur commercial Afrique et Asie-Pacifique chez Airbus, conteste le moindre rôle qu’aurait pu jouer Alexandre Djouhri et affirme ne pas être l’auteur du virement.

« J’ai découvert ce virement dans le cadre de la procédure. Je n’ai jamais demandé quoi que ce soit à M. Djouhri. Pas plus que je n’ai demandé à d’autres intervenants de le rémunérer. Deux sociétés sont impliquées, mais je suis totalement étranger à ces virements », affirme l’ancien cadre d’Airbus au tribunal, selon le récit fait par Mediapart.

Alors qui ?, interroge le président du tribunal. Édouard Ullmo n’en sait rien.

« J’ai une bonne tête de bouc émissaire. Il y a deux solutions : ou Alexandre Djouhri a réussi à convaincre quelqu’un au-dessus de moi qu’il avait joué un rôle ; ou l’affaire des avions a servi de prétexte pour le rémunérer pour autre chose », répond-il, selon la retranscription de l’échange faite par Le Monde.

Avec AFP


Source:

www.france24.com

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