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Le film "Gugusse et l'automate" de Georges Méliès, retrouvé dans un grenier aux Etats-Unis, est en ligne sur le site de la Bibliothèque du Congrès

Restauré et numérisé, ce film de 45 secondes, réalisé par l’un des pionniers du cinéma, dormait dans une malle depuis un siècle.


Publié le 13/04/2026 11:10

Temps de lecture : 5min

Pellicule du film muet français de Georges Méliès, « Gugusse et l’Automate », datant de 1897, visionnée au Packard Campus du Centre national de conservation audiovisuelle de la Bibliothèque du Congrès, à Culpeper, en Virginie, le 2 avril 2026. (KENT NISHIMURA / AFP)

Le film perdu de Georges Méliès intitulé Gugusse et l’automate a été retrouvé par un professeur retraité dans une malle dans un grenier de Pennsylvanie aux Etats-Unis.

Le vieux coffre en bois était dans la famille depuis un siècle, déplacé, au fil des générations, du grenier à la grange, de la grange au garage. Personne ne savait qu’il contenait un trésor du cinéma français. Personne, jusqu’à ce que Bill McFarland, professeur retraité et arrière-petit-fils d’un projectionniste de Pennsylvanie rurale ne découvre de vieilles pellicules qui « semblaient trop précieuses pour être jetées », raconte-t-il. Mais le septuagénaire « n’avait aucune idée de ce qu’elles représentaient » ni comment les visionner.

Il a d’abord essayé de les vendre à un antiquaire, qui n’en a pas voulu après avoir appris que les bobines en nitrate étaient hautement inflammables et pouvaient exploser. L’été dernier, Bill McFarland s’est rendu depuis son domicile dans le Michigan (nord) au Centre national de conservation de l’audiovisuel de la Bibliothèque du Congrès, situé à Culpeper, en Virginie (est).

Le film a été réalisé en 1897, deux ans après l’organisation par les frères Lumière de la première projection publique cinématographique à Paris. Projection à laquelle assista Georges Méliès, illusionniste, qui sera plus tard connu pour son expérimentation des premiers effets spéciaux au cinéma.

Cinq ans plus tard, en 1902, Georges Méliès réalisa Le voyage dans la lune, considéré comme l’un des premiers films de science-fiction. Il sortit son dernier film en 1913, avant de tomber dans l’oubli et de devenir vendeur de jouets dans une boutique de la Gare Montparnasse, à Paris, le centre du cinéma n’étant plus le Vieux continent, mais l’Amérique.

Georges Méliès fut l’un des « premiers réalisateurs de film », explique George Willeman, responsable du fonds de bobines en nitrate de la Bibliothèque du Congrès, selon qui la pellicule retrouvée par Bill McFarland est probablement une copie de troisième génération de la bobine originale.

Les films de Méliès furent victimes de contrefaçon, faisant de lui « l’un des premiers cinéastes confrontés au piratage », selon George Willeman. Il aurait aussi détruit une centaine de ses négatifs, dont la pellicule fondue aurait servi à fabriquer des bottes pour les poilus lors de la Première Guerre mondiale.

Bien que Gugusse et l’automate figure dans le catalogue de l’illusionniste, il n’avait jamais été vu jusqu’à ce que Bill McFarland ne dépose ses bobines à Culpeper, en septembre dernier.

Georges Méliès y incarne un magicien actionnant la manivelle d’un automate qui grandit peu à peu avant de frapper le magicien d’un coup de bâton sur la tête. Ce dernier riposte en assénant des coups de marteau à l’automate, qui rétrécit puis disparaît complètement, grâce à un processus de montage.

« Ces plans sont d’une grande précision pour un film aussi ancien, et les blagues sont intemporelles », s’émerveille Jason Evans Groth, conservateur des images animées de la Bibliothèque du Congrès. Selon lui, ce film constitue aussi « probablement la première apparition d’un robot jamais filmée ».

L’arrière-grand-père de Bill McFarland, William DeLyle Frisbee, est né en 1860 en Pennsylvanie (est). Pendant son temps libre, il quittait ses champs de pomme de terre et ses ruches où il élevait des abeilles pour battre la campagne en calèche, avec un phonographe Edison dernier cri et une lanterne magique puis, par la suite, un projecteur et des films.

Des récits de voyage relatés dans des carnets usés témoignent des pérégrinations de Willam DeLyle Frisbee. « J’ai donné un spectacle à Garland, cinq dollars de recettes, public difficile », peut-on lire dans l’un de ses journaux, en référence à une petite ville de Pennsylvanie.

« Je suppose qu’un samedi soir, ils avaient peut-être un peu trop bu », imagine Bill McFarland. « Peut-être y avait-il des clients déçus, ou simplement trop bruyants? Ou peut-être étaient-ils excités à la vue des images ».

Un siècle plus tard, les archivistes de la Bibliothèque du Congrès connurent la même excitation face aux pellicules. Ils ont conservé les précieuses bobines dans une chambre froide, spécialement conçue pour prévenir tout incendie causé par le nitrate. Y sont également conservés des dizaines de milliers de films datés de l’âge d’or d’Hollywood.

Les archivistes ont passé une semaine à restaurer la bobine et à la numériser. Avec le temps, la pellicule avait rétréci et s’était déchirée, mais elle était malgré tout en bon état pour des négatifs rangés pendant des années dans un grenier ou une grange exposée au soleil.


Source:

www.franceinfo.fr

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