Dans une interview au « Parisien » publiée vendredi, Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Energie, a « proposé l’équivalent d’un ‘leasing' » pour permettre aux habitants de financer l’achat et les travaux d’installation de ces appareils. De son côté, l’Ademe souligne les avantages du dispositif, évoquant « beaucoup d’économies à la fois sur le CO2 et sur la facture ».
Pour se débarrasser de la dépendance au gaz et au fioul dans les logements, le gouvernement met en avant une solution, présentée dans son plan d’électrification en réponse à la crise de l’énergie, vendredi 10 avril : la pompe à chaleur (ou PAC). Il souhaite en installer chaque année un million d’ici à 2030, afin notamment de diviser « par deux » le coût du chauffage. La promesse n’est pas nouvelle : en 2023, Emmanuel Macron avait déjà évoqué le même objectif pour 2027, rappelle l’Ademe, l’Agence de la transition écologique.
Reste la question du prix pour les habitants. Dans une interview publiée vendredi soir sur le site du Parisien, Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’Energie, déclare vouloir développer un système de « leasing » pour étaler sur trois ans le coût de l’installation. Franceinfo répond à quatre questions sur ce dispositif technologique aux qualités indéniables, selon l’Ademe, mais dont la généralisation soulève des questions.
Comment marche une pompe à chaleur ?
« Une pompe à chaleur prélève de la chaleur à l’extérieur pour la restituer dans le réseau des différents émetteurs de chaleur d’une maison », notamment les radiateurs et les chauffe-eau, résume EDF sur son site. Il existe deux grands types d’installations : celles à chaleur aérothermique « utilisent comme source la chaleur de l’air », tandis que les dispositifs dits géothermiques se nourrissent « de la chaleur du sol ou bien de la chaleur de l’eau d’une nappe phréatique ». La chaleur est ensuite distribuée dans l’habitation soit à travers des radiateurs à eau, en fonte ou en acier, soit à travers des radiateurs électriques soufflants, en fonction du modèle de pompe à chaleur choisi.
Si le gouvernement voit dans ces installations une solution idoine, le secteur ne se porte pas au mieux. Début février, le groupement français du génie climatique a fait état d’un nouveau recul des ventes en 2025, après deux autres années difficiles. La baisse est certes faible pour les modèles air/eau (-1,8%), mais bien plus forte pour les PAC géothermiques (-6,2%).
Quels sont les avantages de ces installations ?
EDF souligne qu' »un kilowattheure (kWh) de chaleur produit par une pompe à chaleur génère trois à quatre fois moins de CO2 qu’un kWh de chaleur produit par une chaudière à énergie fossile (fuel ou charbon), et évite l’émission de certains polluants (dioxyde de soufre et oxyde d’azote) ». La PAC « produit, en moyenne, quatre fois plus de chaleur qu’elle ne consomme d’électricité », ajoute le géant français.
Début octobre, l’Ademe a dévoilé une étude menée sur cent pompes à chaleur domestiques installées dans des maisons pour remplacer des chaudières à gaz ou au fioul. Les résultats s’avèrent positifs. Interrogée par franceinfo, Céline Laruelle, ingénieure au sein de l’organisme, a évoqué « beaucoup d’économies à la fois sur le CO2 et sur la facture ». « Bien mises en œuvre », les PAC air/eau sont « environ trois à quatre fois plus efficaces qu’une chaudière ou qu’un radiateur électrique », poursuit l’Ademe.
« La pose d’une PAC permet de diviser par deux la facture d’énergie liée au chauffage par rapport à une chaudière fossile », écrit encore l’agence dans son rapport, de quoi « assurer la rentabilité de l’investissement ». Couplé à des travaux d’isolation, le gain est encore plus important.
L’Ademe souligne toutefois qu’un « tiers des installations ne donnent pas les résultats attendus, souvent en raison de réglages ou de dimensionnements imparfaits ». L’association négaWatt, qui rassemble des experts du milieu de l’énergie, insiste pour sa part sur la nécessité de travaux de rénovation dans les passoires thermiques, pour lesquelles la seule PAC ne suffit pas. « Le niveau de déperdition est trop élevé pour obtenir une réduction significative de la consommation d’énergie et par extension une amélioration des factures pour les ménages », écrit-elle dans une note obtenue par TF1.
Par ailleurs, pour fonctionner, ces PAC consomment de l’électricité, et certains craignent que leur généralisation entraîne une demande excessive. « Se contenter d’installer une pompe à chaleur seule dans plus de 6 millions de maisons au gaz ou au fioul peu ou pas isolées va donc ajouter 20 GW » au pic de consommation électrique, « sans compter les effets de l’électrification du tertiaire et de l’industrie », relève ainsi auprès de TF1 Nicolas Desquinabo, spécialiste des politiques publiques à l’institut Rousseau. L’expert estime que la France sera contrainte de répondre à ces besoins « par [les centrales à] gaz et les imports dès 2030 », les nouveaux réacteurs nucléaires en projet « n’arrivant pas avant 2040 ».
En quoi consiste le dispositif imaginé par le gouvernement ?
Dans une interview au Parisien publiée vendredi, Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Energie, « propose l’équivalent d’un ‘leasing’ sur les pompes à chaleur », c’est-à-dire d’étaler le coût d’installation de sa PAC en un certain nombre de paiements mensuels. Un mode de financement couplé à un renforcement des aides déjà existantes : « l’augmentation des aides pourrait aller jusqu’à 2 000 euros pour garantir l’amortissement en trois ans », a-t-elle précisé sur France Inter samedi. « Vous pourrez avoir une bonification, une aide, qui varierait avec un plafond entre 12 000 et 14 000 euros », avance Maud Bregeon, qui précise qu’une pompe à chaleur « coûte entre 10 000 et 15 000 euros ».
Le gouvernement entend pour cela se reposer sur MaPrimeRénov’ et un autre système déjà existant, les certificats d’économie d’énergie, détaille Maud Bregeon, qui laisse entendre que les modalités ne sont pas encore totalement arrêtées : « On travaille à un dispositif avec les énergéticiens. » L’objectif : « Garantir que la mensualisation de votre pompe à chaleur et le prix de l’électricité qui va avec pour vous chauffer, soient toujours inférieurs au prix de votre facture de gaz ». À l’issue de ces trois ans de ‘leasing », « lorsque votre pompe à chaleur sera amortie, vous ne paierez plus que le coût de l’électricité, qui sera deux fois inférieur aux factures antérieures », ajoute Maud Bregeon dans Le Parisien.
Est-ce que tous les logements sont concernés ?
« Aujourd’hui, la France compte 4 millions de pompes à chaleur dans les logements : l’objectif est de doubler d’ici à 2030 », souligne Maud Bregeon dans Le Parisien. Si l’installation de PAC peut se généraliser dans les maisons individuelles, cela risque d’être plus compliqué dans les logements collectifs.
« En copropriété, ces travaux sont réalisés dans le cas où la copropriété dispose d’un chauffage collectif », mentionne du reste le site de France Rénov’. En 2024, l’Ademe soulignait que « les solutions alternatives au chauffage au gaz sont encore peu matures en logements collectifs équipés de chauffage individuel ».
Dans une étude de 2023 sur le sujet, commandée par le ministère de la Transition écologique, le cabinet de conseil Pouget Consultants évoquait, parmi les problèmes possibles, un « encombrement intérieur important », des « enjeux architecturaux et acoustiques forts » ou des équipements « difficilement compatibles avec les règlements de copropriété », qui « engendrent des travaux de sécurisation des accès importants ».
Source:
www.franceinfo.fr




