Publié le 11/04/2026 09:45
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Le réchauffement climatique modifie le rythme de remplissage des réserves d’eau souterraine, et rarement dans un sens positif… Cela signifie-t-il que la France connaîtra à l’avenir des nappes phréatiques de plus en plus vides ?
L’hiver 2025-2026, extrêmement pluvieux sur de nombreuses régions françaises, semble avoir éloigné pour longtemps le risque de sécheresse. Parfois, les nappes phréatiques sont même tellement pleines qu’elles ont fini ici et là par affleurer, c’est-à-dire par déborder du sous-sol et arriver jusque dans les fossés des bords de route, les champs cultivés ou même les rues !
Pour certaines zones comme le Roussillon, il aura fallu cette météo très perturbée pour que se termine enfin un épisode de sécheresse sévère, qui durait déjà depuis plusieurs années, avec des villages privés d’eau potable… Ce qui arrive même dans d’autres régions désormais.
Mais ne nous y trompons pas : l’évolution à long terme du climat n’est pas favorable à la ressource en eau. Météo France prévoit ainsi que l’hexagone connaîtra de plus en plus de pluies diluviennes soudaines, entrecoupées de sécheresses plus longues. Or une pluie d’orage a le défaut de ruisseler rapidement vers les fleuves, donc sans recharger la nappe, au contraire de la petite pluie fine et bienfaisante qui a le temps de s’infiltrer dans le sol…
Le taux de renouvellement de la ressource en eaux souterraines dépend des précipitations, mais aussi de la température
Hervé Jourde, université de Montpellier
De plus, la hausse du thermomètre elle-même a un effet directement délétère. Comme l’explique l’hydrogéologue Hervé Jourde, « le taux de renouvellement de la ressource en eau souterraine dépend des précipitations, mais aussi de la température ». Car « la température va régir l’évapotranspiration », autrement dit augmenter la transpiration des sols et des plantes, qui vont de ce fait perdre de l’eau.
Cela provoque « une reprise d’une partie de la lame d’eau précipitée » : c’est-à-dire qu’une part des pluies récemment tombées vont repartir directement « vers l’atmosphère » via cette transpiration. Une eau « qui, forcément, ne va pas atteindre la nappe ». C’est d’ailleurs pour cela que, même si elles sont parfois abondantes, les pluies printanières ou estivales sont beaucoup moins efficaces pour recharger les aquifères que les pluies d’hiver. D’autant qu’en hiver, la végétation est en dormance et ne prélève pas sa part d’eau avant que celle-ci n’atteigne le sous-sol.
Certes, « la régénération de la nappe phréatique » va continuer à s’opérer dans le futur, mais moins bien : peut-être devrons-nous donc prendre l’habitude de consulter régulièrement leur niveau, qui est surveillé par le BRGM, le bureau des recherches géologiques et minières.
Et comme nous savons de manière certaine que les températures vont continuer à monter, Hervé Jourde le confirme : toute cette transpiration « repartant vers l’atmosphère, ne permettra pas autant d’infiltration et de recharge » qu’autrefois. Un passé désormais lointain, où la température moyenne de la France était, vers l’an 1900, de trois degrés inférieur à celle d’aujourd’hui…
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Source:
www.franceinfo.fr




