Le chef de l’Église grecque-catholique ukrainienne, dans une interview accordée aux médias du Vatican, affirme que les Ukrainiens prieront aux côtés de tous ceux qui participeront à la veillée de prière pour la paix organisée par le Pape Léon XIV à Saint-Pierre, à la veille de la Pâques orientale, en espérant un monde sans guerres et, pour l’Ukraine, une paix authentique, juste et durable.
Svitlana Dukhovych – Cité du Vatican
«La fragilité humaine dans le contexte de la guerre est devenue la fragilité du Christ lui-même». Mais les témoignages des enfants ukrainiens enlevés puis libérés «montrent que cette fragilité révèle la force du Seigneur présent parmi nous». L’archevêque majeur de Kyiv-Halyč et chef de l’Église grecque-catholique ukrainienne, Mgr Sviatoslav Shevchuk, dans une interview accordée aux médias du Vatican, revient sur la cinquième Pâques en temps de guerre que l’Ukraine s’apprête à vivre dimanche 12 avril. Et il relaie le message du Pape Léon XIV qui présidera ce samedi soir à Saint-Pierre la veillée de prière pour la paix: «La guerre ne l’emportera pas. Les enfants ont droit à une paix authentique, juste et durable.»
Sa Béatitude, quelles réflexions souhaiteriez-vous partager à l’occasion de la célébration de la Pâques orientale dans le contexte de la guerre à grande échelle en Ukraine qui dure désormais depuis plus de quatre ans?
Oui, en effet, c’est déjà la cinquième célébration pascale en période de guerre à grande échelle. Notre pensée, notre prière centrale, est celle d’invoquer la paix pour l’Ukraine. Au cours de la Semaine Sainte, en ces moments spirituellement les plus intenses de l’année liturgique, nous avons contemplé le Christ : le Christ condamné, le Christ torturé, le Christ crucifié, le Christ enseveli, mais aussi le Christ ressuscité. Ces moments de la Passion du Christ résonnent d’une manière très particulière dans le cœur des Ukrainiens, car nous savons que nous parcourons le même Chemin de Croix avec notre Seigneur Jésus-Christ. Lorsque nous contemplons Jésus-Christ condamné, nous savons que c’est notre terre, notre peuple qui a été condamné à mort. Lorsque nous avons écouté le témoignage de nos prisonniers libérés: ce silence du prisonnier face à ceux qui le condamnent et le torturent. Beaucoup d’entre eux l’ont perçu comme le silence du Christ devant le Sanhédrin.
Lorsque nous avons entendu le témoignage des enfants ukrainiens enlevés puis libérés, ces enfants nous ont fait part de leur sentiment d’impuissance à se défendre, d’être sans défense face à l’agresseur armé. Et cette fragilité humaine dans le contexte de la guerre est devenue la fragilité du Christ lui-même. Mais ces enfants disent que cette fragilité révèle une force du Seigneur présente parmi nous. Et lorsque nous avons écouté le témoignage de nos bénévoles qui ont perdu leur maison, qui ont tout perdu et sont devenus des déplacés de guerre, mais qui n’ont pas perdu leur capacité à compatir, leur capacité à se montrer attentifs aux personnes dans le besoin. Ils sont alors devenus des bénévoles qui sauvent des vies et incarnent Simon de Cyrène, capable d’aider ceux qui s’effondrent, à bout de forces, sous le poids de leur croix.
Le Pape Léon XIV a invité tout le monde à se joindre à lui pour la veillée pour la paix ce samedi 11 avril, à 18 h. Comment cette initiative est-elle accueillie en Ukraine?
Bien sûr, les Ukrainiens prieront avec le Saint-Père et veilleront pour la paix. C’est une prière qui n’est pas imposée, mais qui vient de notre cœur. En Ukraine, nous veillerons près du tombeau de Jésus dans l’espérance de la Résurrection, car ce samedi en Ukraine sera le samedi précédant le dimanche de Pâques. C’est pourquoi nous sommes reconnaissants au Saint-Père pour cette initiative, car les consciences humaines doivent être sensibilisées, invitées et parfois secouées pour prier pour la paix. Et nous espérons que, tout comme le Christ est ressuscité et a été plus fort que la mort, la paix du Christ vaincra la guerre dans le monde d’aujourd’hui.
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux chrétiens des différents pays du monde?
Que la guerre cesse, que les enfants rentrent chez eux, que nos militaires, nos défenseurs, filles et garçons, puissent regagner leurs familles sains et saufs. Que les prisonniers de guerre torturés puissent enfin être libérés. Que Pâques marque véritablement un nouveau départ pour un monde sans guerres. Le témoignage d’un enfant ukrainien originaire de Marioupol et qui avait été emmené en Russie est intéressant. Sa mère est toujours détenue dans une prison russe, mais lui a été libéré grâce à la médiation du Saint-Siège. Il a formulé, à mon avis, de manière très claire le message de paix des enfants ukrainiens: il a dit que nous ne voulons pas la mort de l’ennemi, mais seulement qu’aucun enfant au monde ne souffre ou ne subisse les souffrances que subissent actuellement les enfants ukrainiens. Ce témoignage a été rapporté à l’occasion d’un événement: la Poste ukrainienne a émis un timbre dédié au Pape Léon et c’est précisément le Jeudi Saint (9 avril) qu’a eu lieu la présentation. Ce timbre reprend le message du Saint-Père qui dit: «La guerre ne l’emportera pas. Et les enfants ont droit à une paix authentique, juste et durable». À mon avis, les paroles de cet enfant constituent elles aussi le plus grand message de paix, porté par les enfants qui souffrent en Ukraine.
Source:
www.vaticannews.va





