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Qui sont les sœurs missionnaires d'Alger auxquelles le pape Léon XIV va rendre hommage ?

Après la Turquie et le Liban, puis Monaco, le pape Léon XIV a décidé de se rendre en Afrique pour son troisième voyage apostolique international. Il entame ce séjour lundi 13 avril par un déplacement en Algérie.

À son arrivée à Alger, une cérémonie d’accueil est prévue à l’aéroport Houari Boumédiène. Le souverain pontifical se rendra ensuite au mémorial du Martyr, qui commémore les victimes de la guerre d’indépendance algérienne, qui s’est déroulée entre 1954 et 1962. Suivront une visite de courtoisie au chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, au palais présidentiel, et une rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique.

Dans l’après-midi, plusieurs visites sont au programme : à la Grande mosquée d’Alger, à la basilique Notre-Dame-d’Afrique, mais aussi au centre d’accueil et d’amitié des Sœurs augustines missionnaires à Bab El Oued.

« Bien présentes dans sa mémoire personnelle »

En 2013, alors qu’il était prieur général de l’ordre des Augustins, qui se réfère à la règle de Saint-Augustin – l’un des docteurs de l’Église né en 354 à Thagaste, dans le nord-est de l’actuelle Algérie –, il s’était déjà rendu dans ce quartier d’Alger.

Il avait alors honoré la mémoire de deux religieuses, sœur Esther et sœur Caridad. Ces augustines espagnoles, issues du même ordre que Léon XIV, font partie des 19 « bienheureux martyrs », des catholiques assassinés durant la guerre civile dont les sept moines trappistes de Tibhirine. « Les deux martyres augustines et les autres sont bien présents dans sa mémoire personnelle », avait ainsi résumé le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, 100 jours après l’élection du nouveau pape.

Alors qu’en France, l’histoire des moines de Tibhirine, assassinés en pleine décennie noire, il y a 30 ans cette année, est bien connue grâce notamment au film « Des hommes et des dieux » de Xavier Beauvois, le sort d’Esther Paniagua Alonso et de Caridad Alvarez Martin n’a pas bénéficié de la même attention médiatique.

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Comme le rappelle le journal La Croix, ces deux augustines missionnaires faisaient « partie de ces innombrables congrégations arrivées en Algérie principalement au service des communautés chrétiennes du temps de la colonisation et dont la mission a radicalement changé à partir de l’indépendance ». Sœur Caridad arrive dès 1958 dans le pays, où elle prononce ses vœux perpétuels. Mais des soucis de santé la tiennent éloignée de l’Algérie pendant 26 ans. Elle n’y revient qu’en 1990.

Sœur Esther et le pape Jean-Paul II. © Diocèse de Bilbao

Sœur Esther, infirmière, arrive pour sa part en 1975. Selon un site consacré aux 19 « bienheureux martyrs », elle « travaille dans les hôpitaux, où elle se donne totalement aux malades, surtout aux enfants handicapés pour lesquels elle n’a pas d’horaires ». Investie dans sa mission, la jeune femme étudie même l’arabe et l’islamologie à Rome pendant deux ans.

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« Être fidèle jusqu’au bout »

Alors que le pays bascule au début des années 1990 dans une guerre civile opposant l’armée au Groupe islamique armé (GIA), les religieux chrétiens deviennent une cible de l’organisation terroriste. Le 8 mai 1994, le frère mariste Henri Vergès et la religieuse Paul-Hélène Saint-Raymond, qui animaient une bibliothèque de l’archevêché à la casbah d’Alger, sont les premiers des 19 religieux assassinés en Algérie lors de la décennie noire, qui fait entre 60 000 et 150 000 morts selon les bilans. Ces deux Français sont tués par deux hommes armés de pistolets. Le GIA revendique leur assassinat.

Comme les autres membres de leur communauté, sœur Esther et sœur Caridad choisissent pourtant de rester malgré le danger. « Début octobre 1994, nous nous sommes réunies pour prendre cette décision durant deux journées de réflexion et de prières. Nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas abandonner un peuple qui nous avaient accueillis. Ce n’est pas quand ils souffrent qu’on doit quitter des gens qui nous aiment. On était dans le même cheminement d’être fidèle jusqu’au bout », raconte depuis Alger sœur Lourdes Miguélez Matilla qui a côtoyé pendant près de 15 ans les deux religieuses. « À l’hôpital où l’on travaillait, nos collègues nous disaient que tant qu’on était là, il y avait encore de l’espoir », ajoute-t-elle.

Les sœurs missionnaires continuent donc leurs activités auprès de la communauté des habitants de Bab El Oued, tout en prenant certaines précautions, notamment le jour de leur mort, le 23 octobre. « Avant de partir pour la messe, nous avons décidé de partir deux par deux », se souvient sœur Lourdes. « Nous étions en arrière quand nous avons entendu les tirs 30 ou 40 mètres devant nous ».

Lorsque la religieuse arrive devant la chapelle Saint-Joseph-des-Petites-Sœurs-de-Jésus, il est trop tard. Sœur Esther est morte sur le coup, sœur Caridad décède quelques heures plus tard à l’hôpital, toutes les deux touchées par balles.

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Un symbole de rapprochement

En 2018, elles sont béatifiées aux côtés des moines de Tibhirine et de dix autres religieux assassinés en Algérie, dont l’évêque d’Oran Mgr Pierre Claverie, tué dans l’explosion d’une bombe devant son évêché en 1996. « La béatification est une joie, un délice et une reconnaissance de la force, du courage, de la bravoure de ces missionnaires qui, malgré la connaissance du risque encouru, sont restés sur place », avait alors déclaré Piedad Pacho Reyero, la mère générale des Sœurs augustines missionnaires. Elle les avait également citées comme modèles pour « tous ceux qui aspirent à l’harmonie et à la coexistence ».

Ces martyrs qui vivaient au service de la population algérienne sont également honorés au nom des milliers de victimes, musulmanes dans leur très grande majorité, de la guerre civile des années 1990. Une manière de tourner la page de cette sombre période de l’histoire de l’Algérie.

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Les 19 "martyrs" d'Algérie assassinés entre 1994 et 1996.

Les 19 « martyrs » d’Algérie assassinés entre 1994 et 1996. © Basilique Notre-Dame-d’Afrique

Le pape Léon XIV n’a pas manqué de rappeler leur souvenir depuis son arrivée au Vatican. Lors d’une rencontre pour l’amitié entre les peuples organisé à Rimini, en Italie, en août dernier, il a insisté sur le fait que dans les 19 « bienheureux martyrs » « resplendit la vocation de l’Église à habiter le désert en profonde communion avec toute l’humanité, en dépassant les murs de méfiance qui opposent les religions et les cultures ».

« Nous avons pardonné »

Cette vocation n’a jamais quitté sœur Lourdes. Après l’assassinat de ses compagnes Esther et Caridad, elle a dû quitter l’Algérie contre sa volonté : « Cela m’a coûté très cher. Je l’ai vécu comme un abandon. J’ai beaucoup souffert ». Après sept ans en Espagne, elle est finalement revenue avec d’autres religieuses. « On est retournée dans la même maison comme un signe de réconciliation. Nous avons pardonné à ceux qui avaient pris les armes. Ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Ils n’ont pas seulement assassiné des chrétiens, mais aussi beaucoup d’imams et de musulmans », insiste la sœur.

La communauté des sœurs augustines missionnaires à Bab el Oued concentre aujourd’hui ses actions sur l’éducation des enfants, la santé et l’émancipation des femmes dans les quartiers défavorisés de la capitale algérienne. « On fait notamment des ateliers pour qu’elles puissent avoir un diplôme et une formation. Elles apprennent des choses essentielles pour être autonome. C’est aussi un lieu où elles peuvent partager leurs difficultés et leurs souffrances », décrit sœur Lourdes. « On tisse des vraies amitiés. Cela fait 53 ans que je suis là. Je suis plus algérienne qu’espagnole. On se sent vraiment de la famille et c’est cela qui me construit ».

La visite de Léon XIV les honore et permet de mettre en lumière ces liens qu’elles ont tissé depuis des années. « Cela va être une bénédiction pour tous les chrétiens et pour tous les musulmans. Les Algériens préparent son arrivée. Ils nettoient, font les peintures, se dévouent jour et nuit pour réserver un bon accueil pour le pape », s’enthousiasme la religieuse.

En continuant de vivre à Alger, les sœurs de Bal el Oued entretiennent aussi le souvenir d’Esther et Caridad : « Il faut tenir bon et faire confiance. Il ne faut pas perdre l’espoir. Nous sommes tous appelés à être des constructeurs de paix et de réconciliation ».

 

Le lieu de l'assassinat de sœur Esther et sœur Caridad.

Le lieu de l’assassinat de sœur Esther et sœur Caridad. © Agustinas Misioneras


Source:

www.france24.com

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