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De la guerre à la science : les livres qui éclairent notre époque

La sélection ne juxtapose pas des livres : elle met en relation des récits qui, chacun à leur manière, déplient une part du réel. Qu’il s’agisse d’histoire des techniques, de violences de guerre, de phénomènes éditoriaux ou d’évolutions sociétales, ces textes dessinent une cartographie du monde où la connaissance se construit par contraste. Lire revient ici à circuler entre disciplines, époques et points de vue.

Le patriote hollandais qui fit descendre le ciel sur Terre

Quelques années avant la Révolution française, le Hollandais Eise Eisinga, fabriquant et commerçant de tissus en laine, construisit dans son salon un planétarium mécanique, toujours en activité. Il était aussi un ardent « patriote », de ces bourgeois qui luttaient pour l’instauration d’un régime démocratique dans la république des Provinces-Unies.

Machineman: De tijden van Eise Eisinga (« L’homme des machines. Les temps d’Eise Eisinga »), de Sandra Langereis, De Bezige Bij, 2025.

Le plus ancien planétarium encore en activité se trouve dans une petite ville de Frise, aux Pays-Bas. Construit à la fin du XVIIIe siècle, ce n’est pas un planétarium à projection comme ceux qu’on trouve un peu partout dans le monde aujourd’hui. Son cœur est un planétaire de grande taille, un modèle mécanique du système solaire qui reproduit le mouvement des planètes en temps réel. À l’exception de quelques brèves interruptions, il n’a jamais cessé de fonctionner.

L’homme qui a conçu cette machine était un astronome amateur et un artisan de génie nommé Eise Eisinga. Ainsi que le montre Sandra Langereis dans la biographie qu’elle vient de lui consacrer, il fut aussi un brillant entrepreneur, un marchand avisé, un conseiller municipal et un député très actif, l’un des plus ardents « patriotes », ces bourgeois qui luttaient pour l’instauration d’un régime démocratique dans la république des Provinces-Unies.

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Guerre – Quand l’armée d’une démocratie vise les civils

Black Snow: Curtis LeMay, the Firebombing of Tokyo, and the Road to the Atomic Bomb (« Neige noire. Curtis LeMay, le bombardement incendiaire de Tokyo et la route vers la bombe atomique »), de James M. Scott, Norton, 2022.

On préfère imputer les crimes de guerre aux dictatures, mais bien sûr c’est un mythe ou, si l’on préfère, un vœu pieux. Autorisé par Churchill, le bombardement incendiaire de Hambourg la nuit du 24 juillet 1943 a causé 45 000 morts, soit plus que pendant les neuf mois du Blitz de Londres. En février 1945, le bombardement américano-britannique de Dresde, mélange de bombes explosives et incendiaires, causa plus de 25 000 morts.

Et dans la foulée, le 9 mars 1945, commença le bombardement incendiaire de Tokyo, annonçant celui de nombre d’autres villes japonaises. Pris dans un déluge de feu, 105 000 habitants de la capitale ont péri ; au total ce sont 330 000 Japonais qui succombèrent sous les bombes incendiaires entre mars et juillet, à quoi il faut ajouter 373 000 blessés, rapporte Joshua Hammer dans la New York Review of Books. Hiroshima et Nagasaki, décidés dans la foulée, ont fait passer au second plan cette tragédie, racontée avec force détails dans le livre de James M. Scott.

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Best-seller – Et maintenant la nonne-mania

Instrucción de novicias. Vidas del convento barroco para guiar tu presente (« Instruction des novices. Vies du couvent baroque pour guider ton présent »), d’Ana Garriga et Carmen Urbita, Blackie Books, 2026.

La « nonne-mania » est une expression qui nous arrive d’Espagne. La figure de la bonne sœur fait son retour en grâce dans la pop culture. Sur la pochette de son dernier album, Lux, le plus écouté des albums en espagnol dans le monde, la chanteuse catalane Rosalía porte un voile blanc de religieuse.

Sur les réseaux, le podcast d’Ana Garriga et Carmen Urbita, spécialistes de la littérature du siècle d’or, Las hijas de Felipe (« Les filles de Philippe », allusion au roi d’Espagne Philippe II), lancé pendant la pandémie, est devenu un phénomène culturel. Le leitmotiv : « Tout ce qui t’arrive est déjà arrivé à une religieuse des XVIe ou XVIIe siècles ». Leur livre Instrucción de novicias, qui vient d’être publié en Espagne et déjà traduit en sept langues, constitue un phénomène éditorial.

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Histoire – Le sexe comme fer de lance de la colonisation française

By Flesh and Toil: How Sex, Race, and Labor Shaped the Early French Empire (« Par la chair et le labeur. Comment le sexe, la race et le travail ont donné forme à l’empire colonial français »), de Mélanie Lamotte, Harvard University Press, 2026.

Encore une exception française : à l’orée du XVIIe siècle, le sexe interracial a joué un rôle majeur dans les débuts de la conquête coloniale. La France, en effet, à la différence de ses concurrents européens, n’a pas envoyé outre-mer de grandes flottes chargées de troupes ou de colons.

Comme l’expose l’historienne de Cambridge Mélanie Lamotte, les populations chassées de France par les persécutions religieuses étaient peu nombreuses, tandis que les aventuriers embarqués pour la Nouvelle-France ou la France antarctique voulaient s’enrichir au plus vite et rentrer chez eux. C’est pourquoi leur rapprochement avec les femmes indigènes était non seulement toléré, mais encouragé, car il permettait d’atteindre plusieurs objectifs.

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Société – L’enfant, malheureux otage d’une séparation

Custody: The Secret History of Mothers (« Garde. L’histoire secrète des mères »), de Lara Feigel, William Collins, 2026.

Quand deux parents se déchirent, l’enfant devient souvent une arme. Ou un otage. Et une victime supplémentaire. Qui aura la garde ? Au tribunal d’en décider. « Il y a des gagnants et des perdants ; le prix est l’enfant », écrit Lara Feigel, professeure au King’s College, une université londonienne. Elle-même s’est battue pour avoir la garde de ses deux enfants et n’a obtenu gain de cause que pour l’un d’eux.

Elle présente sept cas de femmes plus ou moins célèbres qui se sont battues pour faire reconnaître ce droit, en France notamment George Sand. Et relate le mouvement en retour de pères fâchés que l’on privilégie la mère. En rendant compte de ce livre, The Economist ajoute quelques données statistiques : aux États-Unis, la proportion d’enfants vivant avec un parent seul après un divorce est près de cinq fois plus grande que dans les années 1960.

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Portrait : Eise Eisinga de 1827, peint par Willem Bartel van der Kooi

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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