Né en 1921, Edgar Morin est un ancien résistant, un anthropologue de la mort et un sociologue du temps présent, un intellectuel prophétique et engagé dans la cité. Analyste des nouveaux paradigmes scientifiques qui l’ont conduit à forger, dans les six tomes de La Méthode (Seuil, 1977-2004), sa pensée de la « complexité », et soucieux de saisir les ressorts des dynamiques historiques, comme dernièrement dans Y a-t-il des leçons de l’histoire ? (Denoël, 2025), le philosophe centenaire revient sur la situation française et mondiale.
Comment analysez-vous le climat politique du moment ?
Un grand courant de régression néoautoritaire se répand dans le monde. Sa forme accomplie est le néototalitarisme chinois, qui s’appuie non seulement sur la police mais également sur l’informatique − reconnaissance faciale, contrôle des mails et des échanges téléphoniques, etc. −, afin d’asseoir son pouvoir. En Russie, la dictature poutinienne s’est aggravée avec la guerre menée en Ukraine. La Hongrie subit un régime néoautoritaire. L’Italie est dirigée par un gouvernement dont certains membres sont nostalgiques du fascisme − on observe partout dans le monde des résurgences fascistes, mais le fascisme en tant que parti unique totalitaire n’a pas ressuscité en tant que tel. Donald Trump a fait triompher une Amérique réactionnaire. Et je pourrais évoquer de nombreux pays asiatiques et latino-américains. Il sera peut-être bientôt minuit dans le siècle.
La France est-elle également menacée ?
Oui, parce que le national-populisme favorise l’une des deux France, celle qui fut longtemps monarchique, aristocratique et religieuse, une France pétainiste pendant la guerre, face à la France républicaine, laïque et sociale. On ne peut y résister que par la lucidité et l’esprit critique.
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Source:
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