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Une galaxie lointaine s’éteint sous nos yeux

On connaissait les intermittences du cœur, chères à Marcel Proust. Beaucoup moins celles du cœur des galaxies. C’est pourtant ce que vient d’observer une équipe internationale : l’extinction rapide du cœur brillant d’une galaxie située à près de 10 milliards d’années-lumière de nous. En comparant des images prises à une vingtaine d’années d’intervalle, les chercheurs ont découvert que l’éclat de la galaxie avait chuté d’un facteur 20 à 30. Un véritable cœur brisé… Leurs travaux ont fait l’objet d’une publication dans Publications of the Astronomical Society of Japan.

Une galaxie observée depuis 70 ans

Ce ne sont pas les étoiles de cette galaxie qui ont pâli, mais bien son cœur, un « noyau actif » dans la terminologie des astrophysiciens. Il s’agit d’un trou noir, des centaines de millions de fois plus massif que le Soleil, qui attire d’énormes quantités de gaz. Avant de disparaître derrière l’horizon du trou noir, la matière forme un disque d’accrétion chauffé à très haute température, qui émet une lumière intense. S’il est particulièrement brillant, on parle de quasar. Sa luminosité est telle qu’elle éclipse celle des étoiles de la galaxie. C’était le cas de cette galaxie, avant. En effet, si le gaz vient à manquer, c’est la panne sèche et l’extinction des feux. En combinant des observations dans de multiples longueurs d’onde — de l’optique à l’infrarouge et jusqu’aux rayons X — avec des archives remontant à 70 ans, les chercheurs ont montré que la luminosité décroit depuis le début des années 2000. Leur conclusion est qu’à partir de cette période, l’apport en gaz a diminué, éteignant peu à peu le quasar.

Le phare cosmique s’éteint

Les chercheurs ont toutefois examiné une autre hypothèse : celle d’un vaste nuage de poussières s’interposant entre la galaxie et nous. Mais elle a été vite écartée : l’affaiblissement est observé sur toutes les longueurs d’onde. Or, un écran de poussière aurait modifié différemment la lumière selon les longueurs d’onde. Le plus surprenant dans ce résultat, c’est bien la vitesse à laquelle cet effondrement s’est produit. Les noyaux actifs de galaxie présentent généralement des variations de luminosité d’environ 30 %. Une diminution de cette ampleur est donc extrêmement rare, surtout sur une échelle de temps aussi courte. Les modèles classiques prévoyaient des évolutions beaucoup plus lentes, sur des dizaines de milliers d’années. Ce déclin rapide a également transformé l’aspect de la galaxie : aujourd’hui, la lumière du quasar est devenue si faible que c’est celle de la galaxie qui domine. Autrement dit, le phare cosmique s’est presque éteint, laissant apparaître les étoiles…


Source:

www.sciencesetavenir.fr

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