Un centre commercial n’est plus seulement un lieu de vente mais aussi un espace d’expérience et d’expression pour des artistes comme le montrent les créations de l’illustratrice Léona Rose dans le cadre de l’événement de printemps « Beaugrenelle in Bloom ».
Pour l’arrivée du printemps, Beaugrenelle s’associe à Léona Rose, illustratrice française reconnue pour son univers coloré, végétal et onirique. Suivie par 450 000 personnes sur les réseaux sociaux, elle transforme, entre autres, des lieux en univers visuels singuliers.
Jusqu’au 3 mai, avec Beaugrenelle in Bloom, l’artiste – diplômée des Beaux-Arts de Paris – livre une interprétation poétique du printemps, inspirée de l’écosystème du centre commercial et de ses 8 000 m² de toits végétalisés où cohabitent plantes, fleurs et biodiversité. Cette collaboration s’inscrit dans l’ADN du centre, qui place l’art et la création au cœur de l’expérience du lieu, en résonance avec ses engagements environnementaux et RSE [responsabilité sociétale des entreprises].
Les créations poétiques de Léona Rose mettent en lumière les symboles emblématiques du centre commercial et de ses environs – abeilles, oiseaux, poissons, eaux de la Seine, végétation avec le saule pleureur de l’île aux Cygnes toute proche – célébrant la rencontre entre nature et ville. L’atrium est métamorphosé avec une mise en décor immersive de sa passerelle, des sols et des garde-corps, à laquelle s’ajoutent un espace photo et des animations. Explications et rencontres avec Léona Rose et Audrey Avrane, directrice de Beaugrenelle Paris.
Comment est organisée la programmation annuelle des événements ? Audrey Avrane, directrice de Beaugrenelle : On intervient à chaque temps fort de l’année – on essaie qu’ils accompagnent les saisons mode – et, également, si on a un événement pour lequel on estime qu’une prise de parole cohérente est à apporter. Chaque année, le printemps est une prise de parole récurrente : on a eu Green in the City pendant plusieurs années. L’arrivée des beaux jours est un moment clé, on a envie de refaire son intérieur et sa garde-robe et c’est l’occasion de reparler de nos engagements RSE avec nos toits végétalisés. L’été, on a généralement des prises de paroles plutôt touristiques et à la rentrée ce sont des prises de paroles mode avec le retour de la Fashion Week mais également, en septembre prochain, de la mobilité douce, avant de terminer bien évidemment par Noël.
Hors temps commerciaux ( soldes, black friday…) , il y a toujours un artiste invité ?Il n’y a pas obligatoirement un artiste à chaque événement. Par contre, dans nos valeurs et l’ADN de Beaugrenelle, l’art a toujours été porté par le centre depuis sa création de par son architecture avec le cabinet Valode et Pistre, et pendant des années avec notre participation au parcours hors des murs de la FIAC.
On aime faire venir des artistes car on n’est pas qu’un lieu de shopping mais aussi un lieu de vie. La culture et les artistes font partie « de se faire venir » pour apporter autre chose à nos visiteurs.
En 2020, l’atrium accueillait une planète Terre de 7 mètres de diamètre avec des images de la NASA imaginée par l’artiste Luke Jerram. En 2024, un Arc de Triomphe suspendu était signé du street artiste Jo Di Bona. Comment sélectionnez-vous ces artistes ?Dans un premier temps, on regarde ceux qui sont en vogue, ceux que les gens apprécient. Une fois qu’on a identifié des artistes qui nous parlent, on regarde comment ils pourraient s’intégrer dans l’univers de Beaugrenelle. C’est une histoire de rencontre et d’affinité : Jo Di Bona avait créé cet extraordinaire arc de Triomphe qui racontait Paris, car on voulait quelque chose qui sorte un peu du lot pour l’année des Jeux Olympiques. C’est exactement dans cet état d’esprit qu’on a fait la recherche, cette année, pour l’opération du printemps.
Comment s’organisent sa venue et son intervention ?Assez simplement, on se rencontre et on discute du projet qu’on pourrait imaginer ensemble. Si on n’a pas forcément d’idée arrêtée, par contre, pour cette prise de parole sur le printemps, on voulait parler à nos visiteurs de la biodiversité de Beaugrenelle tout en apportant de la gaieté.
L’artiste cède ses droits pour l’utilisation exclusive pour Beaugrenelle mais reste toujours propriétaire de ses œuvres : on a le droit de communication et d’utilisation pendant le temps d’opération.
Il ne faut pas oublier que l’on a pas mal de contraintes techniques : ainsi on ne peut pas suspendre n’importe comment dans l’atrium, sans autorisation. On a ainsi réfléchi avec Léona Rose à quelque chose autour de l’atrium, en utilisant des éléments classés non feus, tout en restant immersif. Il a fallu également avec nos équipes de direction trouver des solutions pour ne pas être bloqué par le timing !
Vous, Léona Rose, avez imaginé une jungle luxuriante et colorée, peuplée d’animaux dans l’esprit des différentes fresques que vous avez réalisé sur plusieurs continents – Maroc, USA, Grèce, Espagne. Vos inspirations viennent-elles essentiellement de vos voyages ?Léona Rose : Clairement. Je suis à Paris pour travailler parce que c’est ma base et j’ai mes amis ici mais je vais chercher l’inspiration souvent ailleurs. Je m’inspire beaucoup de tout ce qui est solaire, de l’architecture, de la jungle, de la végétation très luxuriante, beaucoup plus foisonnante que les forêts européennes même si ces dernières m’apaisent aussi. J’adore l’Amérique Latine notamment le Mexique : j’y vais chaque année. C’est une culture qui me touche beaucoup avec ses façades de toutes les couleurs.

Pour Beaugrenelle in Bloom, comment avez-vous imaginé cette jungle ? On l’a construit ensemble, on a parlé d’une intention très printanière : le printemps qui éclôt, c’est un peu le retour à la vie, le retour à soi, le moment où on se dévoile à nouveau après le froid et avec le soleil qui revient. Ce sont tous les symboles relatifs à cette saison – coccinelles, pensées, hirondelles – avec beaucoup de dynamiques représentées, à la fois, par ces symboles mais aussi par les couleurs assez vives mais douces comme le bleu, assez présent, en référence à la verrière du centre.
Le challenge, c’était d’avoir une résonance entre l’architecture existante et la nature qui reprend ses droits tout en faisant un lien, un mix entre les deux univers : Beaugrenelle et son engagement RSE, avec ses toits végétalisés par exemple où il y a des ruches. Ainsi on retrouve des abeilles dans mes créations.
Comment ont été réalisés les panneaux ? C’est un travail d’équipe avec plein d’étapes : j’ai tout dessiné main dans la main avec Audrey Avrane et les équipes. On se parlait tous les jours. C’est un projet construit ensemble parce qu’elle connaît le lieu et sa circulation. Dans cet espace, il y a différents angles de vue et c’est ça qui est intéressant. Il faut s’imprégner de l’énergie du lieu avant de commencer. Le but n’était pas de plaquer quelque chose ici mais de le co-construire. Je me suis occupée de la partie créative et Beaugrenelle de la partie production.
Audrey Avrane : l’imprimeur – avec qui on travaille en Île-de-France – a donné vie aux éléments en volume que Léona Rose avait imaginé. Toutes ses illustrations ont été appliquées après numériquement sur nos garde-corps, l’escalier, les vitrines.
Que deviennent les décors une fois l’opération finie ? Léona Rose : après, on fera une série de prints en édition limitée que les visiteurs pourront emporter en souvenir de la fresque, dont les fonds seront reversés à des associations comme la Maison des femmes, par exemple.
Audrey Avrane : l’idée est de leur donner une seconde vie, soit chez nous, soit auprès d’une association.
Léona Rose : J’aime le principe de recevoir et de donner les œuvres et les installations artistiques : le but, c’est que cela continue à vivre dans des espaces, soit ici dans les bureaux parce que ça va amener de la couleur, soit je les offre à des associations, notamment, Un cadeau pour la vie, pour le bien-être des enfants à l’hôpital.
J’aime partager mon art mais il faut payer son loyer à Paris : j’ai créé une marque de papiers peints avec Maison Thevenon et je fais aussi des collaborations avec des marques et des lieux, des partenariats, comme avec la marque Celia B pour laquelle j’ai fait les prints et la créatrice a dessiné les vêtements.
Outre des fresques murales dans des orphelinats et des ONG à Bali, au Guatemala, au Cambodge, vous animez des ateliers avec des fresques participatives.Ce que je préfère, par exemple, ce sont les dessins d’enfants : ils ont des idées hyperfarfelues mais se brident car ils ont trop de refs [références], Quand je fais des fresques avec eux, je trace un dessin et je leur dis quelle couleur va à tel endroit pour qu’il y ait une cohérence. Mais quand c’est sur leur propre toile, ils font ce qu’ils veulent : mon but, c’est de les guider à se lâcher. Il ne s’agit pas forcément de dessiner de manière réaliste mais de dessiner ce qui nous vient, même si ce sont des formes assez imparfaites.
J’aime aussi la dimension retour à soi, reconnexion parce qu’on a tous un peu une âme d’enfant mais on s’en éloigne. Par exemple, je ne peux pas créer si je sors du métro et qu’on m’a énervé. C’est impossible. J’ai besoin de me poser, d’avoir un peu de silence, de paix : je fais du yoga et de la méditation dans les ateliers que je propose.
Source:
www.franceinfo.fr




