C’est quoi cette ville de fous, haut lieu du patrimoine, qui renonce à construire un musée à 20 millions d’euros dont une grande part aurait été payée par d’autres collectivités ? C’est Carnac, dans le Morbihan. Le nouveau maire (divers) de la cité bretonne, Alexandre Lanoë, vient de suspendre un projet porté par son prédécesseur, Olivier Lepick (Horizons). Bisbilles locales, dira-t-on. Non, un cas d’école qui dit la France d’aujourd’hui.
Des constructions de ce calibre, il y en a des centaines depuis quarante ans un peu partout dans l’Hexagone. Sans fronde ni doute. C’est bon pour l’image de la ville, la région, les commerçants, les habitants. Pour l’art, évidemment. Quand il y a débat, et parfois pugilat, c’est autour d’une centrale nucléaire, d’une usine polluante, d’un hypermarché, d’un bâtiment défigurant le paysage, d’un aérodrome. Pas d’un musée.
Tout était ficelé sur le site breton, de l’architecture du musée à son financement entre l’Etat et les collectivités locales. Le premier coup de pioche était imminent, juste après les municipales. Jusqu’à ce que survienne le coup de Carnac. Le profil de la cité bretonne est atypique : 4 200 habitants, 70 % du bâti en résidence secondaire, 800 000 touristes sillonnant chaque année les environs. Ce coin de littoral est magique. Il est surtout mondialement célèbre pour ses alignements de menhirs : 3 000 pierres verticales sculptées il y a six mille ans sur quatre kilomètres, aujourd’hui réparties sur vingt-huit communes, dont Carnac en site phare, classé depuis juillet 2025 au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Cube de granit rugueux
Mais voilà, la grande majorité des touristes n’entre pas dans le bourg. Peu vont visiter le petit musée, exigu et vétuste, logé dans un ancien presbytère. Un nouveau Musée de préhistoire, trois fois plus grand que l’ancien, a donc été imaginé à l’entrée de la ville, dont l’emblème est un spectaculaire cube de granit rugueux de 16 mètres de haut, propre à aimanter les visiteurs.
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Source:
www.lemonde.fr




