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Contamination au cadmium : que proposent les scientifiques, le gouvernement et les syndicats agricoles pour réduire l'exposition des Français ?

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation a publié le 25 mars une étude montrant que « près de la moitié de la population adulte » en France présentait une contamination au cadmium, un métal cancérogène, dépassant les valeurs toxicologiques de référence. Depuis, la controverse fait rage.

Une étude qui fait l’effet d’un tremblement de terre. Les Français sont contaminés par le cadmium, un métal lourd, cancérogène, présent dans les sols et l’alimentation. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) l’a révélé en publiant, le 25 mars, un document issu d’un travail de deux ans. « Près de la moitié de la population adulte (47,6%) dépasse les valeurs toxicologiques de référence », selon la toxicologue Géraldine Carne. « Cet élément toxique est largement distribué dans les organes », touchant le système cardiovasculaire, les reins, les seins, les os, la vessie, le pancréas, d’après l’experte. Franceinfo revient sur les pistes proposées par les scientifiques, le gouvernement et les syndicats agricoles face à ce problème sanitaire.

Les scientifiques préconisent de « réduire les apports extérieurs »

L’alimentation explique « jusqu’à 98% de l’imprégnation au cadmium » de la population française, à l’exception des fumeurs, à travers des produits courants tels que le pain, les pâtes, les pommes de terre ou encore le riz, constate l’Anses. Afin de réduire la contamination des aliments, l’agence appelle en priorité à cibler les sols et les pratiques agricoles. Elle recommande d’abaisser au plus vite les valeurs limites en cadmium autorisées dans les matières fertilisantes, avec « un engagement de l’ensemble des acteurs » de la filière, « et pas uniquement des agriculteurs ». Elle préconise également de réduire « la dépendance aux engrais minéraux phosphatés », en recourant notamment à des variétés agricoles « moins accumulatrices de cadmium ».

« Au fur et à mesure, la teneur dans le sol va diminuer et le cadmium va devenir moins disponible pour les cultures, d’où une moindre contamination attendue des aliments », ont expliqué Karine Tack, cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés aux aliments, et Yann Le Bodo, coordinateur du rapport de l’Anses, en répondant aux questions des lecteurs de franceinfo.fr.

« Sur la durée, cela va beaucoup dépendre des types de sols, mais il faut compter en années, d’où l’intérêt d’agir dès que possible », ont-ils prévenu. Le temps presse alors que plusieurs années ont été perdues. « Dans la situation actuelle, tout apport au sol de cadmium constitue un facteur de risque supplémentaire pour la population », écrivait déjà l’Anses dans une note en 2021.

Le gouvernement compte abaisser les limites maximales de cadmium dans les engrais

Aussitôt après la publication du rapport, l’exécutif a annoncé des mesures réglementaires pour renforcer le contrôle des engrais et surtout fixer un plafond sur leur teneur en cadmium. Le décret et l’arrêté du gouvernement rejoignent « les recommandations de l’Anses relatives à l’abaissement des apports en cadmium » avec « une trajectoire de diminution » retenue par le gouvernement « à la fois exigeante et réaliste », a fait valoir le ministère de l’Agriculture. Dans le détail, le plafond de cadmium dans les intrants doit passer « de 90 milligrammes par kilogramme actuellement à 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030 et 20 mg/kg après une étude d’impact favorable et avant 2038 », selon le ministère de l’Agriculture.

« Attendre autant, c’est criminel, selon moi, au regard des recommandations des agences sanitaires et de l’urgence du problème », a rétorqué auprès du média en ligne Vert le député écologiste de la Charente-Maritime Benoît Biteau. L’agriculteur et agronome souligne que la France bénéficie d’une dérogation depuis plusieurs années lui permettant d’utiliser des engrais contenant 90 mg/kg de cadmium alors que le plafond fixé au sein de l’Union européenne s’établit à 60 mg/kg. L’élu, qui a porté en février une proposition de loi à l’Assemblée nationale pour protéger l’alimentation « des contaminations au cadmium », a vu la niche parlementaire des écologistes bloquée par Les Républicains et le Rassemblement national, rapportait le Huffpost. Du côté du Parti socialiste, les sénateurs ont demandé le lancement d’une commission d’enquête parlementaire sur le cadmium et la santé.

L’arrêté et le décret pris par le gouvernement « sont actuellement à l’étude au Conseil d’Etat », a fait savoir la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, qui a dit attendre les conclusions « durant le mois d’avril ».

Les syndicats agricoles favorables à une législation plus contraignante au niveau européen

Bataillant sans cesse contre les « normes » et les « contraintes » imposées aux agriculteurs, la FNSEA, premier syndicat de la profession, s’est dite favorable à une législation plus contraignante sur le plafond de cadmium dans les engrais. « Déjà, mettons-nous à la réglementation européenne, ça nous paraît important », a déclaré son président Arnaud Rousseau, sur France Inter, le 3 avril. Ensuite, « si on peut améliorer la protection de l’environnement, la santé des consommateurs et qu’on sait nous fournir des produits à 20 [mg/kg], évidemment que notre intérêt c’est de les avoir rapidement, à des prix abordables », a-t-il ajouté.

« Quand il y a des préconisations qui sont faites par une agence sanitaire européenne ou nationale, il me paraît important de suivre ces préconisations. »

Arnaud Rousseau, président de la FNSEA

sur France Inter

De son côté, François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale, assure à franceinfo soutenir l’idée de « s’harmoniser avec l’Union européenne. C’est quelque chose que l’on demande depuis longtemps, d’avoir des normes uniformes en Europe, déclare-t-il. Dans la même idée, il demande que la baisse progressive des plafonds de cadmium voulue par le gouvernement français s’applique de la même manière « pour tous les Européens. C’est ce qui nous pose problème depuis des années : on nous impose tout un tas de normes que l’on n’impose pas aux produits que l’on importe en France, ce qui crée de la concurrence déloyale », insiste-t-il, tout en soulignant l’importance d’investir dans la recherche pour trouver des variétés de céréales qui captent moins de cadmium par leurs racines. « Ce serait important pour que l’effet de baisse du cadmium se ressente tout de suite sans atteindre la dépollution des sols ou la baisse des plafonds des engrais », appuie-t-il.

« C’est une urgence sanitaire, il n’y a pas de question à poser », assène à franceinfo Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français. « Arriver à 20 mg/kg, c’est largement faisable. Il n’y a pas de raison d’attendre. Les objectifs doivent suivre un calendrier plus rapide », poursuit-il, marquant ses distances avec la position de la Coordination rurale, qu’il juge trop inquiète quant à l’impact sur la compétitivité. Pour lui, leur vision résulte d’un « productivisme à bout de souffle » et « régler les problèmes de distorsion de concurrence ne doit pas faire sur le dos de la santé des citoyens ».


Source:

www.franceinfo.fr

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