- Advertisement - spot_imgspot_img
AccueilPolitiquePrix des carburants : l’Etat s’enrichit-il vraiment grâce aux taxes payées par les...

Prix des carburants : l’Etat s’enrichit-il vraiment grâce aux taxes payées par les automobilistes ?

Plus d’un mois après le début de la guerre en Iran, la flambée des prix à la pompe ne se dément pas. Le SP95-E10 a franchi début avril la barre des 2 euros par litre, soit une hausse de 16 % par rapport à l’avant-guerre, tandis que le gazole, le carburant le plus consommé en France, a dépassé fin mars les 2,25 euros en moyenne – un niveau inédit depuis 1985. Mardi 7 avril, près d’une station-service sur cinq était en rupture d’au moins un carburant.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Comment se forment les prix du pétrole : offre, demande, spéculation

Alors que la colère des automobilistes grandit, le gouvernement a, dans le même temps, annoncé 270 millions d’euros de recettes supplémentaires liées au carburant pour le seul mois de mars. Si l’opposition accuse le gouvernement de remplir ses caisses sur le dos des conducteurs, l’exécutif, lui, assure que ces gains sont largement compensés par d’autres effets de bord négatifs liés à la situation. Mais qu’en est-il vraiment ?

D’où viennent ces 270 millions ?

L’Etat prélève des taxes importantes sur les carburants, qui représentent en moyenne 56 % du prix payé par les consommateurs à la pompe. Les deux principales sont :

La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) : quatrième recette fiscale de l’Etat, elle a rapporté 15,4 milliards d’euros en 2024. Son montant est fixe : elle dépend des volumes consommés par les automobilistes, mais n’augmente pas lorsque les prix montent en station-service.

La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à 20 % est prélevée à la fois sur le carburant lui-même et sur le montant de la TICPE – « une taxe sur la taxe », résume Gilles Raveaud, professeur d’économie à l’université Paris-VIII. Puisqu’une partie de la TVA est calculée sur le prix du carburant, plus celui-ci est cher, plus les prélèvements augmentent.

En faisant grimper le cours mondial du pétrole, et donc les prix à la pompe, la guerre au Moyen-Orient a donc mécaniquement accru les recettes fiscales récupérées par l’Etat.

A côté de cette hausse des prix, un autre phénomène a fait croître ces prélèvements au début de la crise : un pic de consommation d’essence des Français. « C’est un comportement rationnel des consommateurs, explique M. ×Raveaud. Les gens ont anticipé que la hausse allait être encore plus forte à l’avenir. » Ce réflexe d’anticipation a logiquement gonflé les recettes de l’Etat, jusqu’à atteindre les 270 millions d’euros annoncés par l’exécutif, dont 120 millions liés à la hausse des prix (via la TVA) et 150 millions à l’augmentation des volumes début mars (via la TICPE).

Ce second élément doit toutefois être interprété avec prudence, selon l’expert en énergie Thierry Bros. « Ces 150 millions d’euros ne sont pas pérennes. Il y a eu un pic de consommation, certes, mais il sera compensé par moins de consommation les mois suivants », insiste M. Bros. Ce qui devrait logiquement tirer à la baisse les recettes fiscales de l’Etat dans le futur.

Lire aussi | La carte des prix des carburants dans toutes les stations-service de France

L’Etat est-il vraiment gagnant ?

L’exécutif l’assure : malgré ce surplus exceptionnel de recettes, l’opération n’est pas forcément positive pour sa trésorerie. Selon David Amiel, le ministre de l’action et des comptes publics, la hausse des prix des carburants a en effet engendré dans le même temps un surcoût de 430 millions d’euros pour les finances publiques, qui provient de plusieurs sources :

Les mesures de soutien mises en place par le gouvernement : 70 millions d’euros destinés aux secteurs les plus touchés, comme les transporteurs routiers ou les pêcheurs, ainsi que 60 millions pour renforcer le chèque énergie, une aide de 153 euros en moyenne versée annuellement aux ménages les plus précaires.

La baisse de la consommation et de la croissance qui, comme lors de chaque crise, a des effets négatifs sur les recettes fiscales (les gens consomment et produisent moins, donc ils paient moins de taxes).

La hausse mondiale des taux d’intérêts, qui s’est logiquement répercutée sur les taux de la dette française. Soumise à des taux à des niveaux records depuis 2011, la France a déjà payé 300 millions d’euros de plus que ce qui était prévu pour s’endetter, selon Bercy. Ce qui pourrait engendrer un surcoût total de 3,6 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année 2026.

Dans ce contexte, l’idée d’un « surplus » fiscal ou d’une « cagnotte » mobilisable apparaît largement illusoire. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a pourtant évoqué la possibilité d’utiliser ces recettes pour financer « l’électrification » de l’économie, afin de réduire la dépendance française aux hydrocarbures. « On n’électrifie rien en France avec 270 millions, s’exclame l’économiste Gilles Raveaud. C’est moins de 1 % des recettes mensuelles de l’Etat », qu’il estime à 40 milliards d’euros. « C’est comme si on augmentait votre salaire de 20 centimes, ça ne change strictement rien », conclut-il.


Source:

www.lemonde.fr

Annonce publicitairespot_img

Derniers articles

Annonce publicitairespot_img