Un projet de réorganisation validé par le gouvernement prévoit notamment de confier les campagnes de communication en santé publique au ministère de la Santé. Au risque de perdre la confiance des citoyens, avertissent des scientifiques.
Publié le 07/04/2026 06:00
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« Les risques pour la santé des Français sont bien réels. » Les agents de Santé publique France (SPF) réunis dans un collectif et ses syndicats ont annoncé une journée de grève et de « mobilisation » mardi 7 avril, avec un rassemblement prévu à 14 heures aux abords de l’Assemblée nationale, à Paris.
Les salariés dénoncent notamment un « projet de démantèlement » de l’agence sanitaire, qui selon eux risque de provoquer « une perte de confiance dans les messages de prévention » et de soumettre « les décisions concernant la santé de toutes et tous [aux] idéologies et injonctions politiques de court terme ». Quel est ce projet qui suscite leur colère ?
L’agence SPF est née de la fusion de plusieurs organismes publics (InVS, Inpes, Eprus, Adalis) en 2014, pour doter la France, comme les Etats-Unis ou l’Angleterre, d’un établissement regroupant des missions de prévention et promotion de la santé, d’alertes et de surveillance, d’intervention. Fin janvier 2026, France Inter a révélé que le gouvernement avait décidé d’un « recentrage stratégique » de Santé publique France, validé lors d’une réunion interministérielle par le Premier ministre, Sébastien Lecornu.
Cette réforme prévoit deux axes principaux, précisés à l’AFP par le cabinet de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. D’abord, « la gestion des stocks stratégiques et de la réserve sanitaire » va dépendre directement du ministère de la Santé. L’objectif est de « raccourcir la chaîne de commandement » et « de renforcer la capacité de décision », a défendu le ministère. Second point : les campagnes nationales de communication en santé publique seront « transférées » au ministère et à la Caisse nationale d’assurance maladie à partir de « début 2027 ». Ce changement vise à produire « des messages plus clairs », car une « multiplication des porteurs de campagnes » a « pu brouiller la lisibilité de la parole publique en santé », selon le cabinet de la ministre de la Santé. Celui-ci écarte toute recherche d' »économies », malgré les propos tenus en avril 2025 par la ministre de l’Action et des Comptes publics de l’époque, Amélie de Montchalin, sur le fait que le gouvernement envisageait environ deux milliards d’euros d’économies supplémentaires sur les agences et opérateurs de l’Etat.
« Cette décision (…) a surpris par son caractère soudain, son contenu et l’absence d’explications claires ou de fondements solides, au-delà d’une prétendue rationalisation de l’action publique, qui reste à démontrer », écrivent la Société française de santé publique (SFSP) et un collectif de 350 acteurs de santé publique, dans une tribune publiée dans Le Monde le 15 février. « Dans de nombreux contextes internationaux, l’affaiblissement du rôle des agences scientifiques indépendantes a conduit à (…) une perte de confiance durable des citoyens dans la parole publique », a aussi averti la SFSP dans un communiqué en janvier.
« L’efficacité de la prévention et de la promotion de la santé repose précisément sur une distance méthodologique vis-à-vis des agendas politiques de court terme. »
Société française de santé publiquedans un communiqué
L’agence est « dans le giron de l’Etat mais, scientifiquement, elle a une expertise indépendante », s’est alarmé auprès de l’AFP le docteur François Bourdillon, craignant un « démantèlement » de cette agence qu’il a créée et dirigée jusqu’en 2019. Hendrik Davi, député écologiste et administrateur de SPF, redoute comme d’autres professionnels « un risque majeur de censure sur des campagnes pourtant essentielles : tabac, alcool, drogues, pollution, santé sexuelle… » Pour le professeur Serge Hercberg, l’un des concepteurs du Nutri-Score, « ni l’idéologie politique ni les intérêts économiques ne doivent prévaloir sur la science ».
C’est pour réclamer « l’abandon pur et simple de ce projet » que les syndicats de SPF (CGT, CFDT, Unsa, Syndicat national autonome du personnel des agences sanitaires) et le collectif d’agents « Santé en danger » ont appelé à la grève pour mardi, dans un communiqué. Les auteurs du texte dénoncent une décision prise « sans débat transparent, contradictoire et fondé sur l’expertise scientifique » et « de manière unilatérale, en toute opacité ».
« Après l’annulation de campagnes de prévention sur l’alcool, le rejet par l’Assemblée nationale du projet de loi visant à rendre l’affichage du Nutri-Score obligatoire, le blocage de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat, cette décision affaiblit encore la santé publique et la prévention, en ouvrant le champ à la pression des agendas politiques et des lobbies », affirment les agents. Ils craignent notamment que soient passés « sous silence les sujets de santé sensibles tels que la santé sexuelle, les addictions ».
Les salariés rappellent que « les agences sanitaires ont été créées à la suite de scandales sanitaires pour être des structures indépendantes du pouvoir politique, transparentes et collégiales ». Leur diagnostic est clair : SPF « a démontré son efficacité » et son « affaiblissement (…) est une menace sans précédent pour la santé de la population ».
Source:
www.franceinfo.fr




