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Cameroun : la création d’une vice-présidence induit des coûts budgétaires sensibles

Le Cameroun vient de franchir un cap institutionnel majeur. Réuni en Congrès, le 4 avril 2026, le Parlement a adopté une réforme constitutionnelle instaurant un poste de vice-président, modifiant en profondeur l’architecture de l’exécutif. Présentée comme un instrument de stabilité et de continuité de l’État, cette innovation politique n’est pas sans conséquences économiques et financières, dans un contexte marqué par de fortes tensions de trésorerie et une discipline budgétaire renforcée.

Pour l’économiste camerounais Marc Ombé, « un vice-président est un levier important dans l’amélioration de la qualité des institutions dans un pays au regard de son rôle supervision de certains départements où projets stratégiques. Son rôle dans la bonne gouvernance et la flexibilité à la prise de décision est indispensable dans un État en développement confronté à de multiples chantiers et changement organisationnel à piloter ». Notre interlocuteur indique par ailleurs que « la qualité des institutions dans un État est un élément permettant aux investisseurs de s’orienter vers la destination de ce pays. La lourdeur actuelle et la dépréciation de certains indicateurs de la qualité des institutions laissait présager l’urgence d’un poste de vice-président ».

Sur le plan strictement budgétaire, souligne Laurice Serge Eteki Eloundou, un autre économiste camerounais basé à Maroua, « la création de la vice-présidence implique des charges immédiates et récurrentes ». Ainsi, soutient-il, « la rémunération du vice-président, alignée sur les plus hauts standards de l’exécutif, s’ajoute à une masse salariale déjà contrainte. Sans compter les coûts liés à la mise en place d’un cabinet dédié (conseillers, chargés de mission, personnel administratif) ainsi que les dépenses de sécurité, de logistique et de représentation. » A cela s’ajoutent les véhicules officiels, résidences, équipements de communication et déplacements nationaux et internationaux constituent autant de lignes nouvelles dans le budget de l’État.

Ces dépenses interviennent alors que les finances publiques camerounaises font face à un double impératif. D’une part, le respect des engagements de consolidation budgétaire pris auprès des partenaires techniques et financiers, notamment dans le cadre des programmes de réformes macroéconomiques. D’autre part, la nécessité de répondre à des besoins sociaux pressants, dans un environnement marqué par une croissance encore fragile et des marges de manœuvre fiscales limitées.

Selon des sources proches des finances publiques, « l’impact direct de la vice-présidence pourrait se chiffrer à plusieurs milliards de FCFA par an, une enveloppe certes modeste à l’échelle du budget de l’État, mais significative dans un contexte de compression des dépenses ». La question centrale devient alors celle de l’arbitrage : comment financer cette nouvelle institution sans compromettre les investissements prioritaires, notamment dans les infrastructures, la santé ou l’éducation ?

Au-delà des coûts immédiats, les analystes soulignent également « le risque d’un effet d’entraînement institutionnel ». La création d’un nouveau pôle de pouvoir peut générer, à moyen terme, des revendications d’extension des moyens, voire une inflation des structures administratives, si un encadrement strict n’est pas mis en place. À l’inverse, ses défenseurs estiment que la vice-présidence pourrait contribuer à une meilleure coordination de l’action gouvernementale et, à terme, à une plus grande efficacité des politiques publiques.

Pour les marchés et les investisseurs, cette réforme est observée avec prudence. Si elle renforce la lisibilité institutionnelle et la stabilité politique, elle peut être perçue comme positive. En revanche, toute dérive budgétaire non maîtrisée serait de nature à raviver les inquiétudes sur la soutenabilité des finances publiques.

Au sein de l’opinion publique camerounaise, la création du poste de vice-président au Cameroun ouvre une nouvelle séquence politique. Elle pose aussi un défi clair aux autorités qui devraient concilier ambition institutionnelle et rigueur budgétaire, dans un environnement économique où chaque franc public compte.


Source:

www.financialafrik.com

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