Dévalant des reliefs vers la Méditerranée, un vent du nord, brutal et froid, balaie le Pays de l’or, plaine agricole au sud-est de Montpellier. A la lisière d’un champ, des rapaces planent au-dessus d’un bosquet de pins. « Ils guettent les lapins, c’est un coin où on en voit souvent », explique Xavier Boulet, arboriculteur à Saint-Just (Hérault). En face, à une cinquantaine de mètres, s’alignent les pommiers d’un de ses vergers. Alors qu’en cette fin mars les tiges esquissent leur floraison, le trentenaire se demande si la sève parviendra à monter.
Ses arbres ont été écorcés près du sol, parfois sur toute leur circonférence, laissant une blessure orange vif. L’œuvre des lapins qui infestent ces terres. « On saura en juin si les arbres repartent ou non, mais c’est terrible, car c’est un énorme investissement. Il faut compter 60 000 euros pour 1 hectare de verger comme celui-ci, qui doit produire normalement pendant vingt-cinq ans. » Indifférent à cette déploration, l’un des coupables bondit en toute impunité entre les rangées de fruitiers, comme une illustration de cette impuissance qui désespère le jeune chef d’exploitation.
Pousses de blé d’hiver dévorées sitôt parues, pieds de vigne consciencieusement grignotés, asperges, fraises ou choux ratiboisés : la nuit venue, une légion d’incisives sème la désolation sur plusieurs milliers d’hectares. Difficile de situer le point zéro de ce fléau qui menace la survie économique de nombreux agriculteurs, à tel point que Jérôme Despey, secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et président de la chambre d’agriculture de l’Hérault, ne craint pas d’en appeler désormais à l’armée. « C’est surtout pour attirer l’attention », l’excuse Karine Salmeron-Lario, responsable administrative de la Coopérative d’utilisation de matériel agricole de Mauguio et vigie de la calamité qui s’étend, avec une intensité variable, sur une vingtaine de communes, de Montpellier jusqu’à Lunel.
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Source:
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