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Le procès sans fin de Pınar Selek reporté à septembre

Ce texte, présenté comme un manifeste pour la liberté de recherche, occupe désormais une place centrale dans la mobilisation internationale. Le Comité de défense de la sociologue y voit « un récit bouleversant », arraché à la violence des interrogatoires et ressurgi « des tréfonds de son corps et de sa mémoire ». Sa publication est à la fois scientifique et politique – et désormais judiciaire.

Une audience de plus, sans avancée

Malgré la présence d’une délégation internationale – incluant Florence Boyer, directrice de l’Unité de Recherche Migrations et Société (Urmis), le vice-président de l’Université Paris Cité Antoine Kouchner, ou encore Nathalie Dompnier pour France Universités – l’audience n’a duré que sept minutes. Aucune charge nouvelle n’a été présentée.

Pourtant, la justice turque a une nouvelle fois exigé l’emprisonnement immédiat de Pınar Selek et sa présence à la prochaine audience. Une décision qui s’inscrit dans une logique de harcèlement judiciaire dénoncée de longue date : « Depuis 28 ans Pınar Selek, faussement accusée de terrorisme est harcelée par l’État turc », rappelle la Ligue des droits de l’Homme.

Quatre acquittements ont déjà été prononcés – en 2006, 2011 et 2014 notamment – sans que cela ne mette fin à la procédure. En 2022, la Cour suprême turque a relancé l’affaire. Depuis, les audiences s’enchaînent, souvent reportées, dans un processus qualifié de kafkaïen par ses soutiens.

Une mobilisation entre Paris et Istanbul

À Paris, la mobilisation s’est organisée en parallèle. Le 1er avril, une soirée de soutien sur la péniche Anako a célébré la publication du livre. Le lendemain, un rassemblement au siège de la LDH a permis de suivre l’audience en direct, pendant qu’une délégation se rendait à Istanbul.

Pour les universitaires présents, l’enjeu dépasse largement le cas individuel : il s’agit de transformer « ce procès politique contre la science en acte de résistance et de défense des libertés de recherche dans le monde entier ».

L’affaire Pınar Selek remonte à 1998, lorsqu’une explosion sur un marché d’Istanbul – depuis qualifiée d’accidentelle – est imputée au PKK. La sociologue est accusée d’y avoir participé. Emprisonnée deux ans, elle n’a cessé depuis de contester des accusations jamais étayées.

En 2023, un mandat d’arrêt international avec demande d’extradition a été émis, maintenant une pression constante sur la chercheuse, aujourd’hui réfugiée en France.

Face à un dossier « toujours vide », selon ses soutiens, la justice turque a une nouvelle fois renvoyé sa décision. La prochaine audience est fixée au 18 septembre 2026. Reste une question : traitera-t-elle enfin du fond, après près de trente ans de procédures ?

En attendant, les collectifs et institutions mobilisés assurent qu’ils continueront de soutenir Pınar Selek « tant qu’il le faudra », faisant de ce procès un symbole mondial de la lutte pour la liberté académique et d’expression.

Libertés d’expression fortement mises sous pression

En Turquie, les libertés d’expression et de publication demeurent fortement fragilisées, en particulier pour les auteurs travaillant sur la question kurde. Depuis 2025, l’écrivain Mehmet Dicle est ainsi visé par une enquête pour « propagande terroriste », après la saisie de son roman Berfa Sor dans une prison. En cause : certains termes comme « Kurdistan » ou « guérilla », relevés dans une traduction partielle de l’ouvrage.

Ce cas s’inscrit dans un contexte plus large de censure et de poursuites visant les acteurs du livre, régulièrement dénoncé, notamment par PEN International. Les autorités turques sont accusées d’établir un lien direct entre production littéraire et soutien au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation classée terroriste. Au-delà de ce cas, la répression touche un large spectre de figures intellectuelles et politiques : Selahattin Demirtaş a été condamné à 42 ans de prison, Osman Kavala à la perpétuité, tandis qu’Aslı Erdoğan et Pınar Selek continuent de faire l’objet de procédures répétées.

Dans ce contexte, le 27 février 2025, Abdullah Öcalan, fondateur du PKK, a appelé à mettre fin à la lutte armée, marquant un tournant après des décennies de conflit avec l’État turc. Le PKK a annoncé se rallier à cet appel, actant symboliquement l’abandon de l’action militaire. Cette évolution s’inscrit dans un processus engagé fin 2024 visant à ouvrir une voie politique, sans qu’aucune avancée concrète n’ait, à ce jour, été actée par les autorités turques.

Ces tensions s’inscrivent dans un climat politique général particulièrement tendu, illustré notamment par l’arrestation du maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu. Figure centrale de l’opposition, il est jugé dans un vaste procès pour corruption depuis son arrestation en mars 2025. Accusé d’avoir dirigé une organisation criminelle, il encourt jusqu’à 2352 ans de prison pour 142 chefs d’accusation. Le dossier, impliquant plus de 400 personnes, repose en grande partie sur des témoignages anonymes et contestés.

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Les audiences se déroulent sous de strictes contraintes, avec des restrictions pour la presse et les avocats. L’arrestation a suscité une importante vague de manifestations, suivie d’une répression marquée. Selon plusieurs observateurs, la procédure judiciaire pourrait encore s’étendre sur plus d’un an.

Crédits photo : Pinar Selek – ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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