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Office de la Passion: la partition de la Croix, un appel silencieux à désarmer le mal

En ce Vendredi Saint, le Pape Léon XIV a présidé sa première liturgie de la Passion du Christ en la basilique Saint-Pierre. L’homélie de la Passion a été prononcée par le prédicateur de la Maison pontificale, le père capucin Roberto Pasolini. «À une époque, si déchirée par la haine et la violence, où même le nom de Dieu est invoqué pour justifier des guerres et des décisions de mort, nous, chrétiens, sommes appelés à nous approcher de la croix du Seigneur», a-t-il exhorté.

Augustine Asta – Cité du Vatican

La liturgie de la parole, la vénération de la Croix et la communion au corps du Christ. Tels ont été les trois temps forts de l’Office de la Passion du Seigneur présidé par le Pape Léon XIV, ce 3 avril, en la basilique Saint-Pierre. En ce Vendredi Saint, le père Roberto Pasolini, 54 ans, capucin, bibliste et prédicateur de la Maison pontificale depuis novembre 2024, a expliqué dans son homélie, que la liturgie «nous invite à contempler la Passion du Seigneur». Face à ce mystère de mort et de gloire, il est «naturel de se recueillir en silence dans la prière», a-t-il dit.

Une Croix qui s’inscrit dans un chemin

La Croix du Christ risque cependant, a poursuivi le religieux capucin, de «rester incompréhensible si nous la considérons comme un fait isolé, comme un événement soudain et inexplicable». Car, en réalité, a fait remarquer le père Pasolini, elle est le «point culminant d’un cheminement: l’aboutissement d’une vie au cours de laquelle Jésus a appris à écouter et à accueillir la voix du Père, se laissant guider jusqu’à l’amour le plus grand».

Pour le prédicateur de la Maison pontificale, au cours de cette Semaine Sainte, la liturgie met en avant les «Chants du Serviteur» du Seigneur, des textes poétiques dans lesquels le prophète Isaïe a esquissé la figure d’un Serviteur mystérieux par lequel Dieu parvient à sauver le monde du mal et du péché.

La douceur comme seule force

Le Serviteur est présenté, dans le premier chant, comme «quelqu’un appelé par le Seigneur à accomplir une mission précise et ambitieuse: ouvrir ‘‘les yeux des aveugles’’ et faire ‘‘sortir de prison les captifs, de la détention ceux qui vivent dans les ténèbres’’» (Isaïe 42, 6-7). C’est une tâche, a-t-il estimé, «placée sous le signe de la vie, destinée à tous ceux qui sont écrasés par la souffrance, l’injustice, le péché». Cependant, il «devra l’accomplir avec une extrême délicatesse, en suivant une méthode précise et à contre-courant»: «Aucune agressivité, aucun recours à la force, aucune tentation de tout détruire pour repartir à zéro. Le Serviteur devra être un chercheur de vie au milieu des ténèbres du mal», a détaillé le prédicateur de la Maison pontificale.

“Nous sommes tous tentés de forcer les situations, d’utiliser un peu d’agressivité, en pensant que sans dureté, les choses ne se résolvent jamais. Le Serviteur du Seigneur ne pourra céder à cet instinct: il devra garder la douceur comme seule force pour affronter les ténèbres du mal, protéger chaque fragment de bien qui subsiste et offrir de l’oxygène aux flammes qui sont sur le point de s’éteindre.”

Le doute et l’épreuve de l’inutilité

Le deuxième chant introduit une fracture intérieure: «J’ai épuisé mes forces pour rien, en vain» (Isaïe 49, 4). Le Serviteur fait l’expérience du découragement, du sentiment d’échec. «Le bien semé ne semble pas germer, tout semble figé et bloqué». C’est une crise qui, a précisé le père Pasolini, «tôt ou tard, touche quiconque a choisi de suivre le Seigneur: le sentiment de tourner en rond, de ne mener nulle part, de rester fidèle à quelque chose qui ne porte aucun fruit». Mais, a-t-il insisté, «ce n’est qu’une impression».

“En apportant la lumière dans les ténèbres, le Serviteur du Seigneur est entré dans un espace où les choses ne se comprennent plus selon nos critères, mais suivent le dessein, souvent paradoxal, d’un salut qui vient de Dieu.”

La lumière 

Le troisième chant révèle une autre difficulté: le rejet. En effet, a-t-il noté, ceux qui vivent dans les ténèbres n’accueillent pas toujours la lumière. Parfois, ils la rejettent et tentent de la repousser. «Pourquoi cela?», s’est interrogé le père Pasolini. Et d’y répondre: «Parce que la lumière ne met pas seulement en évidence ce qui est beau», mais aussi ce que «nous préférerions cacher: nos blessures, nos mensonges, notre ambiguïté». C’est pourquoi «on finit ainsi par repousser celui qui apporte la lumière, pour ne pas avoir à faire face à ce que cette lumière révèle». Pourtant, le Serviteur, «ne recule pas» poursuivant le «chemin tracé par le Seigneur, sans fuir».

Le père jésuite Antoine Kerhuel nous introduit à la méditation sur les textes du Vendredi Saint.

Briser la chaîne du mal

Dans le quatrième chant, la violence qui s’abat sur le Serviteur «est si intense qu’elle défigure son visage, au point de le rendre méconnaissable». Et pourtant, a encore expliqué le père Pasolini, c’est précisément au cours de ce cheminement qu’il a appris à ne pas rendre le mal reçu.

“Lorsque le mal nous frappe, notre instinct est de réagir, de le renvoyer, de régler nos comptes. Le Serviteur, lui, ne cède pas à cette logique: il accueille tout sans rendre la violence.”

«Jésus ne s’est pas contenté d’écouter ces chants. Il les a interprétés et vécus intensément, avec une confiance totale dans la volonté du Père, jusqu’à transformer sa crucifixion en un événement de salut», a ensuite affirmé le religieux capucin. Face au mal, a-t-il ajouté, le monde ne connaît que deux voies: «capituler ou le rendre». Par ailleurs, Jésus-Christ ouvre une troisième voie. Car il a «brisé cette chaîne non pas en s’imposant par une force supérieure, mais en accueillant ce qui lui arrivait et en y reconnaissant la ‘‘partition’’ d’amour et de service confiée à sa vie.»

Une voix discrète dans un monde bruyant

Dans le monde actuel marqué par les guerres et les injustices, la voix de Dieu, a soutenu le père Pasolini, n’a pas disparu, mais elle est malheureusement devenue «une voix parmi tant d’autres», couverte par des discours promettant sécurité et progrès. Dans ce contexte, une «foule silencieuse» continue pourtant d’écouter une autre mélodie: celle de la conscience, de l’amour patient, du refus de rendre le mal.

Dans son homélie, le prédicateur de la Maison pontificale a rendu hommage à ces hommes et ces femmes ordinaires qui incarnent, dans le silence, l’esprit du Serviteur. Ils «ne font pas de bruit», mais leur manière de vivre, qui consistent à porter des fardeaux, à rester fidèles et à continuer à faire le bien, empêche le mal d’avoir le dernier mot. Une vision du salut qui ne passe ni par les puissants ni par les grandes décisions, mais par une multitude d’actes discrets.

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Déposer les armes, même invisibles

Au moment de l’adoration de la Croix, le père Pasolini a invité les fidèles à effectuer un geste intérieur fort: «déposer les armes». Pas seulement les armes visibles, mais aussi celles du quotidien: rancunes, paroles blessantes, jugements. «Elles suffisent à vider de sens nos relations», a-t-il averti.

Focalisant son homélie sur une image musicale: la Croix comme une “partition”, le prédicateur de la Maison pontificale, a rappelé que Jésus-Christ ne s’est pas contenté de la lire, il l’a «interprétée» par des gestes concrets, des silences, des pardons. Aujourd’hui, a-t-il enjoint, cette partition est confiée à chacun. «Il n’y a aucune situation qui ne puisse être affrontée… aucun ennemi qui puisse nous empêcher d’aimer.» C’est un appel exigeant, mais porteur d’espérance: même dans un monde marqué par la violence et les divisions, une autre manière de vivre reste possible.

Vers la fin de son homélie, le père capucin a présenté la Croix comme un trône. Non pas un symbole de pouvoir, mais le lieu où l’on apprend à régner en servant.

“À une époque comme la nôtre, si déchirée par la haine et la violence, où même le nom de Dieu est invoqué pour justifier des guerres et des décisions de mort, nous, chrétiens, sommes appelés à nous approcher sans crainte, mais «avec une pleine confiance» (Hébreux 4, 16), de la Croix du Seigneur, en y reconnaissant le trône sur lequel on apprend à régner en mettant sa vie au service des autres.”


Source:

www.vaticannews.va

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