Le 4 avril 1968, Martin Luther King Jr était assassiné à Memphis. Près de 60 ans plus tard, sa contribution à la lutte en faveur des droits civiques est connue. Son engagement en faveur d’un revenu universel l’est peut être moins. Le pasteur et homme politique avait même dessiné les conditions à réunir pour y parvenir, au-delà des communautés ethniques.
Chaque année, à l’occasion de la fête qui porte son nom le troisième lundi de janvier, un hommage est rendu à Martin Luther King Jr. pour son importante contribution à la lutte pour l’égalité raciale. Ce dont on se souvient moins souvent, mais qui est tout aussi important, c’est que King considérait que la justice sociale et la lutte pour l’égalité raciale était intimement liées.
Pour lutter contre les inégalités – et face à l’inquiétude croissante quant à la façon dont l’automatisation pourrait remplacer les travailleurs – on se remémore que Martin Luther King Jr. était aussi l’un des premiers défenseurs du revenu universel de base, ce mécanisme selon lequel le gouvernement verse des aides financières directes à tous les citoyens pour les aider à subvenir à leurs besoins.
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Programmes pilotes dans une douzaine de villes
Ces dernières années, plus d’une douzaine de villes états-uniennes ont mis en place des programmes de revenu de base universel, souvent à petite échelle ou sous forme de projets pilotes, offrant un tel revenu à certains groupes de personnes en situation de pauvreté. Comme politologues et scientifiques, nous avons suivi ces expériences de près.
L’un d’entre nous a récemment co-rédigé une étude qui a révélé que le revenu de base universel est généralement populaire. Dans deux des trois enquêtes analysées, une majorité d’États-Uniens blancs soutenait une proposition de revenu de base universel. Ce soutien est particulièrement élevé parmi les personnes à faibles revenus.
Martin Luther King Jr. avait eu l’intuition que les Blancs à faibles revenus soutiendraient ce type de politique, car ils pourraient eux aussi en bénéficier. En 1967, il affirmait,
« Il me semble que le Mouvement des droits civiques doit désormais commencer à s’organiser en faveur du revenu annuel garanti… qui, je crois, contribuera grandement à résoudre le problème économique des Noirs et celui de nombreuses autres personnes pauvres confrontées à notre nation. »
Du ressentiment racial
Mais il existe un groupe particulier qui ne soutient pas le revenu de base universel : il est constitué de ceux qui manifestent un niveau élevé de ressentiment racial. Ce terme se mesure grâce une échelle que les sociologues utilisent depuis les années 1980 pour décrire et mesurer les préjugés anti-Noirs.
Dans notre étude, les Blancs cumulant des revenus élevés et un haut niveau de ressentiment racial et des revenus élevés sont particulièrement défavorables au revenu de base universel. Comme King l’avait compris, cette partie de la population des États-Unis peut créer une opposition puissante à la mise en place du revenu universel.
Intérêt économique personnel versus ressentiment
Toutefois, les résultats de l’étude suggèrent qu’il est possible de former des coalitions favorables, même parmi les personnes animées par le ressentiment racial.
Le statut économique a son importance. Les Blancs animés par un ressentiment racial et disposant de faibles revenus ont tendance à soutenir le revenu de base universel. En résumé, l’intérêt personnel semble l’emporter sur le ressentiment racial. Cela correspond à l’idée de King selon laquelle une coalition économique pourrait être formée et ouvrir la voie au progrès racial.
Le niveau de revenu ne façonne pas à lui-seul les opinions. Ainsi, certains des plus fervents partisans du revenu de base universel ont des revenus élevés mais peu de ressentiment racial. Cela suggère une opportunité de construire des coalitions au-delà des clivages économiques, ce que Martin Luther King Jr. estimait nécessaire. « Les riches ne doivent pas ignorer les pauvres », avait-il déclaré dans son discours de remise du prix Nobel de la paix, « car riches et pauvres sont liés par un même destin ». Nos données montrent que cela est possible.
Possibles coalitions
Cette approche de la formation de coalitions est également suggérée par nos recherches antérieures. En nous appuyant sur les enquêtes de l’American National Election Studies menées entre 2004 et 2016, nous avons constaté que, chez les Américains blancs, le ressentiment racial était un facteur prédictif d’un soutien moindre aux politiques de protection sociale. Mais nous avons également constaté que la situation économique personnel jouait un rôle important.
Les besoins économiques peuvent unir les Américains blancs en faveur de politiques sociales plus généreuses, y compris parmi ceux qui ont des préjugés raciaux. Cela suggère au minimum que le ressentiment racial n’empêche pas nécessairement les Américains blancs de soutenir des politiques qui profiteraient également aux Afro-Américains.
Dépasser les préjugés raciaux
Au cours de sa carrière de militant dans les années 1950 et 1960, King a eu du mal à construire des coalitions multiraciales à long terme. Il comprenait que de nombreuses formes de préjugés raciaux pouvaient nuire à son travail. Il a donc cherché des stratégies permettant de forger des alliances au-delà des différences. Il a contribué à la formation de coalitions regroupant les Américains pauvres et issus de la classe ouvrière, Blancs compris. Il n’était pas naïf au point de croire que le progrès économique partagé éliminerait les préjugés raciaux, mais il y voyait un point de départ.
Crise du pouvoir d’achat
Actuellement, le pays est confronté à une crise du pouvoir d’achat, et l’intelligence artificielle fait peser de nouvelles menaces sur l’emploi. Ces facteurs ont renforcé les appels en faveur d’un revenu de base universel.
Les préjugés raciaux continuent d’alimenter l’opposition au revenu de base universel, ainsi qu’à d’autres formes d’aide sociale. Mais nos recherches suggèrent que cet obstacle n’est pas insurmontable. Comme Martin Luther King Jr. le savait, les progrès vers l’égalité économique ne sont certes pas inéluctables. Mais, comme son héritage nous le rappelle, le progrès est possible, si l’on réussit à s’organiser autour d’intérêts communs.
Source:
theconversation.com




