Quelques blagues pendant un cours peuvent améliorer la mémorisation chez les participants. Tout comme un bon spectacle humoristique activera l’émotion et l’attention nécessaires pour fabriquer des souvenirs.
Publié le 02/04/2026 16:44
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Comment pourrait-on convaincre la Sécurité sociale de rembourser l’abonnement à la nouvelle version papier du site satirique Le Gorafi qui arrive dans les kiosques jeudi 2 avril ? En faisant peut-être valoir que l’humour dope la mémoire comme le rappelle l’Observatoire B2V des mémoires. « Le rire et l’humour ne sont pas que de simples moments de légèreté : ils boostent aussi nos capacités cognitives et notre mémoire ».
Ainsi, un spectacle comique « stimule à la fois notre émotion et notre attention », indique Catherine Thomas-Anterion, neurologue et membre l’Observatoire B2V des mémoires. « Pour encoder une information et pour la consolider, notre mémoire s’appuie sur nos ressources d’attention. Par conséquent, tout ce qui renforce notre émotion, notre attention et notre perception va également renforcer notre mémoire car c’est une fonction active. Aucun souvenir n’est stocké dans le cerveau. L’humour renforce les souvenirs en améliorant les capacités d’émotion et les capacités d’attention qui sont le nerf de la guerre pour pouvoir mémoriser ».
La mémoire « se compose de cinq systèmes interconnectés, qui impliquent des réseaux neuronaux en partie distincts », explique-t-on sur le site de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (l’Inserm). Parmi eux, la mémoire de travail (ou mémoire à court terme) qui est la mémoire du présent. « Elle permet de maintenir et de manipuler des informations pendant la réalisation d’une tâche ou d’une activité ».
Cette mémoire de travail intervient dans le premier du double effet « kiss cool » de l’humour, à savoir augmenter « les performances d’apprentissage en canalisant et en maintenant l’attention soutenue », note l’Observatoire. « Ce qui est déterminant pour le fonctionnement de notre mémoire, ce sont nos ressources d’attention. Tout ce qui surprend le cerveau, tout ce qui le pousse à se focaliser sur quelque chose stimule notre attention et l’humour en fait largement partie », rappelle Catherine Thomas-Anterion.
La mémoire de travail est ainsi engagée quand « un gag comprend une illustration », détaille l’Observatoire B2V des mémoires. La mémoire à long terme, qui désigne les quatre autres types de mémoire, est également sollicitée.
Cette dernière « est entraînée pour identifier les protagonistes, décoder le vocabulaire détourné ou saisir le comique de situation ».
Le deuxième effet « kiss cool » de l’humour réside dans l’amélioration des conditions d’apprentissage. « Des études en psychologie sociale ont mesuré l’effet de 3 à 4 moments d’humour par session de cours : le gain de mémorisation atteint 10% par rapport à un cours neutre dispensé par le même enseignant ». Catherine Thomas-Anterion donne aussi l’exemple des tests menés dans des universités anglaises autour d’un cours d’histoire avec ou sans traits d’humour. Dans le deuxième cas, le professeur glisse quelques blagues durant son intervention. Des questions sont ensuite posées aux étudiants ayant participé aux deux cours.
« On a démontré qu’il y avait plus de renforcement en mémoire à la suite du cours où il y avait eu un peu plus de blagues. Par ailleurs, quand on a des traits d’humour dans un groupe – pour les étudiants, cela fonctionne quand ils sont en petits groupes ou lors de séances de coaching dans les entreprises – on augmente les interactions sociales, les échanges d’émotion et d’attention entre les participants et cela renforce la mémoire ». En revanche, prévient Catherine Thomas-Antérion, « trop de blagues produisent l’effet inverse : l’attention est dispersée ».
Les bienfaits de l’humour et du rire sont connus dans l’enseignement, rappelle la neurologue. « On forme les enseignants, et l’on sait comme c’est difficile actuellement dans les écoles, à maintenir l’attention des enfants justement en créant de la cohésion de groupe, en les faisant rire ensemble et en aménageant des petits temps de relâchement ». En groupe, l’humour réduit l’anxiété et favorise l’expression des participants, selon l’Observatoire B2V des mémoires.
Stimuler sa mémoire passe par une expérience collective. « C’est très important pour la mémoire. Il y a votre trace individuelle, analyse Catherine Thomas-Antérion, mais ce sera jamais aussi bien que quand c’est collectif. C’est pour cela que l’on essaie de maintenir les cours collectifs à l’université, à l’école. Car c’est jamais complètement pareil derrière un écran ».
« À l’extrême limite, poursuit Catherine Thomas-Antérion, l’intelligence artificielle va pouvoir nous débiter un cours mais ne saura pas produire des traits d’humour adaptés et réagir avec la salle. Ces petites touches personnelles qui font que l’on a un bon cours, ou du moins un cours que l’on aime bien et dont l’on se souvient toujours, sont liées à cette petite part d’humain. »
Dans les Ehpad (maisons de retraite médicalisées), les ateliers mémoire permettent de stimuler les activités cognitives des résidents. À ce titre, ils sont essentiels. « Si l’on propose des interventions non médicamenteuses, les Ehpad sont disposés à investir dans des actions qui sont utiles au plus grand nombre, note Catherine Thomas-Anterion, d’où l’intérêt des travaux scientifiques pour valider l’impact de l’humour sur la mémoire ».
En attendant le remboursement d’un éventuel abonnement au Gorafi, aux spectacles et autres activités humoristiques ainsi que celui des places « des films qui font pleurer ou encore des beaux couchers de soleil » par la Sécurité sociale, il est possible de relire sur Franceinfo le meilleur des traditionnels poissons d’avril qui ont envahi la toile pour la Journée internationale des blagues célébrée ce 1er avril. C’est gratuit et c’est au moins une bonne nouvelle en cette période où la planète entière semble s’être déclarée la guerre.
Source:
www.franceinfo.fr




