Au Japon, la diplomatie française a trouvé, le temps d’un dîner, un raccourci par l’image. Le 31 mars, Emmanuel Macron a reçu une œuvre dédicacée de Hayao Miyazaki, et plus précisément un celluloïd ayant servi à l’animation du long-métrage Porco Rosso (1992). L’Élysée l’inscrit dans une séquence mêlant arts traditionnels et culture populaire japonaise.
Le geste n’a rien d’anecdotique : il place, au cœur d’une visite d’État, un auteur dont les films circulent depuis quarante ans entre animation, littérature pour la jeunesse, pacifisme et imaginaire européen.
La présidence française reste sobre sur les circonstances précises de la remise, mais elle documente bien l’enchaînement : rencontre avec le maître du yûzen [peinture sur tissu, NdR] Kunihiko Moriguchi, puis dîner avec des représentants de la culture populaire japonaise, au cours duquel ce celluloïd a été offert au chef de l’État.
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Dans le même temps, Emmanuel Macron a publiquement remercié Hayao Miyazaki pour cette œuvre : « Porco Rosso oppose à la brutalité du monde une irréductible idée de liberté. À l’heure où nous devons défendre la paix, nos démocraties et la liberté, Porco Rosso ! Merci infiniment Hayao Miyazaki pour cette œuvre que je reçois avec une profonde gratitude. »
De Porco Rosso à l’Élysée
Le choix de Porco Rosso n’a rien de décoratif. Sur sa fiche officielle, Studio Ghibli rappelle que le film, écrit et réalisé par Miyazaki, est sorti au Japon le 18 juillet 1992. L’histoire de cet aviateur à tête de cochon, ancien pilote devenu figure mélancolique dans l’Adriatique de l’entre-deux-guerres, compte parmi les œuvres les plus nettement politiques du cinéaste, sans jamais passer par le discours frontal. Qu’un tel motif parvienne jusqu’à la diplomatie française dit assez la place prise par Ghibli dans le répertoire symbolique mondial.
Né à Tokyo le 5 janvier 1941, Hayao Miyazaki entre en 1963 chez Tōei Animation après des études d’économie à l’université Gakushūin. L’encyclopédie Britannica rappelle que son goût ancien pour le vol vient aussi d’un environnement familial lié à la fabrication de pièces pour avions. Dans son œuvre, l’aviation revient sans cesse, de Nausicaä à Le vent se lève, en passant précisément par Porco Rosso. Chez Miyazaki, l’appareil n’est jamais qu’un simple engin : c’est un outil de récit, de mémoire et de conflictualité.
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La trajectoire professionnelle suit ensuite une ligne rare. Après les premiers travaux d’animation et plusieurs longs-métrages marquants, il lance avec Isao Takahata et le producteur Toshio Suzuki l’aventure Studio Ghibli.
La création en juin 1985 intervint d’abord comme filiale de Tokuma Shoten, avant plusieurs réorganisations capitalistiques, jusqu’au passage sous contrôle de Nippon Television en octobre 2023.
Crédits photo : Elysée
Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com
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