Cette découverte archéologique remonte à quelques mois, mais elle mérite toute notre attention si vous êtes passé à côté. Près de Copenhague, des archéologues danois ont mis au jour une épave médiévale exceptionnelle : le Svælget 2, un cogge (navire marchand à fond plat) long de près de 28 mètres, construit aux Pays-Bas vers 1410. Ce bâtiment dépasse toutes les embarcations de ce type jamais exhumées. Il bouscule nos certitudes sur la navigation commerciale au Moyen Âge.
Un navire viking hors norme sorti des fonds danois
Otto Uldum, responsable des fouilles, ne mâche pas ses mots : « La découverte est un jalon pour l’archéologie maritime ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Le Svælget 2 est nommé d’après le chenal où il repose. Sa longueur équivaut à deux bus scolaires mis bout à bout. L’analyse des cernes de croissance dans ses poutres a confirmé la date de sa construction vers 1410, aux Pays-Bas.
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Qu’est-ce qui a permis cette conservation remarquable ? Près de 12 mètres de sable et de limon l’avaient entièrement recouvert. Cette gangue naturelle l’a protégé des conditions sous-marines qui détruisent habituellement ces vestiges. Comparé aux épaves similaires connues, le Svælget 2 offre environ vingt fois plus de matière à analyser.
Le cogge était le « super navire » du commerce médiéval européen. Sa grande capacité de charge et sa robustesse en faisaient l’outil idéal pour les marchands de la Hanse, la puissante ligue commerciale qui dominait la mer Baltique et la mer du Nord.

La découverte de ce navire enfoui sous le sable des profondeurs d’un chenal danois « pose un jalon dans l’archéologie maritime ». Bâtir un tel vaisseau exigeait un savoir-faire d’exception et des investissements colossaux. © Johan Holmdahl, iStock
Des révélations inédites sur la navigation médiévale
L’état de conservation du Svælget 2 a permis aux chercheurs de faire plusieurs découvertes majeures, notamment :
La présence exceptionnelle d’éléments de gréement encore en place.La confirmation archéologique des châteaux de proue et de poupe.Des détails sur le pont couvert arrière, offrant abri à l’équipage.
Le gréement mérite une attention particulière. Cordes, poulies, attaches : ces éléments organiques disparaissent presque toujours avec le temps. Ici, ils ont survécu. « Nous n’avons jamais vu cela auparavant », souligne Otto Uldum. Ces vestiges permettront de comprendre comment un équipage réduit manœuvrait un si grand vaisseau sur de longues distances.

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Les « châteaux », ces plateformes en bois surélevées à la proue et à la poupe, étaient jusqu’ici connus uniquement par des illustrations médiévales. Aucune preuve archéologique solide ne les avait confirmés. Le Svælget 2 change la donne. « Nous avons beaucoup de dessins de châteaux, mais ils n’avaient jamais été retrouvés car seul le fond du navire survit habituellement », précise le chercheur.
Le château de poupe (arrière) révèle un pont couvert offrant protection et abri à l’équipage. C’est un progrès notable par rapport aux drakkars vikings traditionnels, entièrement ouverts aux intempéries. Un confort rudimentaire, certes, mais bien réel pour l’époque.
Cette épave confirme également l’ampleur des ressources humaines, financières et techniques nécessaires à la construction d’un tel navire. Bâtir un cogge de cette taille exigeait un savoir-faire d’exception et des investissements colossaux.

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Le Svælget 2 ne réécrit pas l’histoire du commerce maritime médiéval, mais il en illustre concrètement les limites technologiques repoussées : « Nous savons désormais, de façon indéniable, que les cogges pouvaient atteindre cette taille », conclut Uldum.
Cette épave viking est moins une surprise qu’une confirmation éclatante : les marins du Moyen Âge maîtrisaient leur art bien mieux qu’on ne l’imaginait.
Source:
www.futura-sciences.com




