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Entre Écosse et Californie, une enquête en reflet

L’Écossais Chris Brookmyre, natif de Glasgow, fait partie du mouvement littéraire Tartan Noir comme ses compatriotes Ian Rankin ou William McIlvaney.

On le découvre ici avec son nouveau et spectaculaire roman, Le miroir brisé, paru en mars.

Une intrigue tarabiscotée, de celles qui vous font tout reprendre depuis la première page quand vous avez lu la dernière, qui place ce roman policier sur le podium des plus originaux de l’année.

La traduction de l’anglais (Écosse) est signée de Céline Schwaller.

Penelope Coyne, dite Penny, mène son enquête dans un petit village d’Écosse : c’est une bibliothécaire un peu désuète de plus de 80 ans dont la mémoire commence à vaciller mais encore bien alerte, et « son penchant pour les enquêtes amateur était connu de tous ». 

À l’autre bout du monde ou presque, nous voici à Los Angeles près des studios d’Hollywood, où le flic Johnny Hawke, 40 ans, enquête sur le vrai-faux suicide d’un scénariste, genre « c’est l’histoire de quelqu’un qui vole un scénario et tue le scénariste ».

Chris Brookmyre va nous balader d’un chapitre à l’autre, d’un enquêteur à l’autre…

D’un côté, une vieille dame élégante et compassée, très britannique, qui prend le temps de savourer son thé et pourrait bien être un clone de Miss Marple, celle d’Agatha Christie.

De l’autre, un flic ingérable de L.A. qui carbure au café et qui speede dans les rues d’Hollywood. Lui, ce serait plutôt un cousin de Harry Bosch, celui de Michael Connelly.

Mais bien sûr on s’en doute, nos deux enquêteurs vont se retrouver (à l’occasion d’un mariage, mais pas le leur, hein !) et Johnny Hawke prend l’avion pour l’Écosse où il aura « l’impression d’avoir non seulement parcouru une longue distance, mais peut-être aussi remonté le temps ».

– Ouais, mais quand même : on s’est tous les deux retrouvés à ce mariage à cause du même type. Ça doit bien vouloir dire quelque chose. 

– Et rien de bon, je le crains, répond Penny. »

Ah quel sympathique duo que ces deux-là qui vont nous mener par le bout du nez de surprises en surprises.

« – Vous parlez comme une flic. Quand vous dites que vous êtes bibliothécaire, ça serait pas une sorte de bibliothécaire de la police ? 

– Non.

– Dans ce cas, qu’est-ce que vous faites avec Hawke ? 

– C’est compliqué. 

Tout le charme de ce roman réside dans ce duo impossible d’enquêteurs, dont les personnalités sont diamétralement opposées. Cela se reflète jusque dans le style des premiers chapitres alternés, où l’auteur va même jusqu’à exploiter les temps conjugués : le percutant présent d’action pour Johnny, le tranquille passé de narration pour Penny, c’est plutôt savoureux et réalisé de main de maître. On s’en aperçoit à peine tant c’est naturel.

Tout cela aurait pu n’être qu’un brillant exercice de style, une jolie prouesse littéraire, si le génie narratif de Brookmyre, un habitué des entourloupes et des paradoxes, n’avait pas été de la partie.

L’auteur rend même hommage à un roman de l’italien Italo Calvino : Si par une nuit d’hiver un voyageur, « c’était un roman intriguant mais déroutant dans lequel chaque chapitre semblait appartenir à un livre complètement différent ».

Son bouquin est d’ailleurs truffé de références à la littérature anglo-saxonne, de Jane Austen à James Joyce, de quoi obliger le curieux à pianoter régulièrement sur Google.

En Californie comme en Écosse, nous voici dans le monde de l’édition, des livres, des jeux vidéos, des scénarios…

Bref, des fictions, en somme.

Alors « je vous conseille de ne pas vous laisser distraire par ce qui est étrange au point de perdre de vue ce qui est simple et factuel », car les choses vont se compliquer rapidement et s’emberlificoter à loisir, même si « c’est toujours la même histoire ».

« Je vous rappelle qu’il faut se méfier des coïncidences étranges, dit-elle. De plus, même quand une coïncidence n’est pas une coïncidence, il ne faut faire aucune supposition concernant ce que vous en déduisez. Est-ce l’histoire qui se répète, ou quelqu’un s’inspire-t-il de l’histoire pour la recréer ? Et si oui, dans quel but ? »

Alors, ça vous aide ? Ok pas vraiment, un autre indice peut-être : « dans les classiques du roman noir, la personne qui engageait le détective privé était en général le meurtrier ». Mouais, pas vraiment mieux…

C’est donc l’histoire d’un scénario volé, de deux vrais-faux suicides qui se ressemblent beaucoup trop, d’un livre retrouvé trop souvent, de deux énigmes de la chambre close, d’une double enquête qui se reflète en miroir, tout est dans tout et réciproquement, le refrain est connu et le lecteur, ravi, se laisse balader sans n’y rien comprendre (nos deux enquêteurs non plus, je vous rassure) !

Des livres qui évoquent des livres, des mises en abyme, on en a lus et relus. Mais là, chapeau l’artiste, faut reconnaître qu’avec Chris Brookmyre, c’est puissance 4 ! Carrément de la récursivité !

Son intrigue est une belle construction intellectuelle (brillamment maîtrisée jusqu’aux toutes dernières pages pour une fin très élégante) et portée par l’humour et le charme de son duo d’enquêteurs vraiment très attachants.

Si bien qu’on voudrait parler pendant des heures de ce roman et de son intrigue, mais justement le paradoxe ultime c’est qu’on ne peut rien en dire ! Ou si peu, sous peine d’en dévoiler les perspectives.

Alors taisons-nous, et à vous de jouer !

Par Bruno MénétrierContact : bmr.menetrier@gmail.com


Source:

actualitte.com

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