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Dans le club de Dickens, Camilla s’impose comme reine des livres

Le club n’a ouvert ses portes aux femmes qu’en 2024, après un vote favorable de 60 % de ses membres, mettant fin à 193 années d’exclusion masculine. Les premières adhésions féminines ont concerné des figures comme les actrices Judi Dench ou Siân Phillips. 

Dickens, Barrie, Milne : le Garrick des écrivains

Le club conserve plus de 10.000 livres, manuscrits et imprimés éphémères consacrés à l’histoire du théâtre britannique, avec des fonds particulièrement riches sur les XVIIIe et XIXe siècles. À cela s’ajoutent plus de 1000 peintures, dessins et sculptures, ainsi que des milliers d’estampes et de documents liés à la scène.

La bibliothèque est même accessible aux chercheurs, sur rendez-vous, par l’intermédiaire du conservateur. Autrement dit : Camilla ne fait pas seulement son entrée dans un cercle social, mais dans une institution patrimoniale où le livre, le manuscrit et la mémoire du théâtre occupent une place centrale. 

Le Garrick porte d’ailleurs dans ses murs une part très concrète de l’histoire littéraire britannique. Le club rappelle lui-même avoir été le théâtre d’une célèbre brouille entre Dickens et Thackeray. Son histoire croise aussi les noms d’Anthony Trollope, J. M. Barrie ou encore A. A. Milne, lequel y fut un membre si attaché qu’une part de son héritage a plus tard contribué à financer le Garrick Charitable Trust.

Parmi les membres actuels liés au monde du livre, les profils identifiés relèvent moins de la fiction contemporaine que de l’édition et du journalisme. On y trouve notamment Nigel Newton, fondateur de la maison Bloomsbury, l’agent littéraire Peter Straus, ainsi que des figures de la presse et de l’essai comme Sir Simon Jenkins ou John Simpson, tous deux auteurs reconnus.

Quand la monarchie mise sur les livres

Camilla Parker Bowles n’est pas seulement la reine consort du Royaume-Uni, épouse de Charles III : depuis plusieurs années, elle s’est patiemment construit une identité publique d’ambassadrice de la lecture. La Queen’s Reading Room est née comme club de lecture sur Instagram en janvier 2021, pendant les confinements, avant de devenir une association à part entière en février 2023. La Couronne présente aujourd’hui cette structure comme un outil destiné à rapprocher auteurs et lecteurs grâce à des contenus gratuits, pédagogiques et accessibles. 

La Queen’s Reading Room affirme toucher plus de 12 millions de personnes dans 183 pays chaque année, organiser de grands événements au Royaume-Uni et à l’étranger, tout en s’appuyant sur des travaux scientifiques consacrés aux effets de la lecture sur le cerveau, le stress et le sentiment de solitude.

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L’organisation souligne un constat : au Royaume-Uni, seul un adulte sur deux lirait un livre au cours d’une année. Ce mélange de club de lecture, de festival, de plaidoyer culturel et de vulgarisation scientifique a donné au projet une densité bien supérieure à celle d’un simple patronage. 

Un documentaire BBC sur le pouvoir des livres

La dimension littéraire de Camilla ne se résume d’ailleurs pas à cette structure. Elle est engagée de longue date auprès de plusieurs organisations en faveur de la lecture et de l’alphabétisation, et est devenue marraine de la Royal Society of Literature lorsqu’elle était encore duchesse de Cornouailles. Elle entretient également des liens visibles avec le Booker Prize.

Le 25 mars dernier, le Court Circular – journal des activités de la famille royale -, a signalé, le même jour, une réception de Camilla au Garrick Club puis une réception à Clarence House en tant que patronne de la Queen’s Reading Room. C’est à l’occasion de cette séquence qu’ont été mis en avant les premiers lauréats de la Queen’s Reading Room Medal, destinée à distinguer celles et ceux qui font vivre la lecture dans les communautés locales. 

Dans le même mouvement, la reine a annoncé un documentaire de la BBC consacré au pouvoir transformateur des livres. Le film doit être diffusé plus tard dans l’année, dans le cadre de la National Year of Reading 2026. Il s’intéressera à la place de la lecture dans sa propre vie, mais aussi à celle d’autres lecteurs dont les parcours ont été profondément changés par les livres. La production est confiée à Blink Films, en partenariat avec The Open University et en collaboration avec la Queen’s Reading Room.

« Transformer une vie »

Camilla y évoquera l’influence de son père, le major Bruce Shand, et le réconfort qu’il trouvait dans les livres, y compris pendant sa captivité dans un camp de prisonniers allemand durant la Seconde Guerre mondiale. La reine a présenté cette entreprise comme une manière de montrer « le pouvoir des livres de transformer une vie ».

Pendant des décennies, le Garrick Club de Londres a incarné un certain entre-soi masculin du Londres des élites. Voir aujourd’hui une reine s’y installer au titre de son autorité littéraire, et non simplement de son rang, résume assez bien la manière dont Camilla s’est fabriqué une légitimité culturelle singulière au sein de la monarchie britannique. Elle ne règne pas sur les lettres, évidemment, mais elle s’est imposée comme l’une de leurs plus visibles passeuses institutionnelles.

Plus largement, les clubs de lecture connaissent depuis plusieurs années une nouvelle visibilité, portée par des figures médiatiques capables de transformer une pratique intime en expérience collective et désirable. Oprah Winfrey en avait posé les bases dès les années 1990, en faisant de son club un véritable prescripteur éditorial. Aujourd’hui, cette dynamique se décline dans des formats plus hybrides, mêlant recommandations, événements physiques et communautés en ligne.

Le cas de Dua Lipa illustre cette évolution : la lecture y devient un prolongement naturel d’un univers artistique, au même titre que la musique ou la mode. Avec Service95, la pop star ne se contente pas de recommander des livres ; elle construit un espace où la littérature dialogue avec d’autres formes d’expression, et où l’expérience du livre passe aussi par la rencontre, l’objet, ou même, ici, la pratique artisanale.

En France, des formats comme celui du Biaggi Book Club participent de cette transformation.

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En s’appuyant sur des codes issus du streaming et des réseaux sociaux, ils déplacent la lecture hors du cadre scolaire ou strictement littéraire, pour la réinscrire dans une culture du direct, de l’échange et de la communauté.

Crédits photo : la reine Camilla et la Première dame Melania Trump visitent la bibliothèque royale au château de Windsor, le mercredi 18 septembre 2025. (Photo officielle de la Maison-Blanche par Andrea Hanks, CC0)

 

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Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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