Publié le 30/03/2026 10:02
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« Cash Investigation » a enquêté sur les produits de coloration capillaire du groupe L’Oréal, qui peuvent parfois contenir des substances chimiques allergisantes. Pourtant, Eugène Schueller, fondateur de la marque, avait à l’origine choisi d’en bannir certaines de ses teintures. « Cash » révèle pourquoi et comment il a finalement changé d’avis.
Les produits de coloration représentent un marché énorme pour L’Oréal, qui commercialise ce type de produits pour le grand public comme pour les coiffeurs : 3,5 milliards d’euros chaque année. Mais ces teintures ne sont pas toujours sans danger. En effet, certaines contiennent des substances allergènes.
La professeure Audrey Nosbaum, dermatologue-allergologue au centre hospitalier Lyon Sud explique : « Au sein de la poudre de coloration figurent ces ingrédients allergisants, qui sont les pigments de coloration qui vont pénétrer dans la fibre, mais aussi rester à la surface du cuir chevelu et pouvoir pénétrer à l’intérieur de la peau, être reconnus par le système immunitaire et pouvoir développer une allergie. Un jour survient ce qui s’appelle une ‘rupture de tolérance’. On a toléré, puis d’un coup, on ne va plus tolérer parce qu’on a atteint un seuil où on va devenir allergique. »
Parmi les substances les plus allergiques, on trouve la paraphénylènediamine (PPD) et la paratoluènediamine (PTD). Pour ces deux substances, il n’existe pas de solution de désensibilisation : une fois allergique, on l’est à vie. Et les réactions peuvent être graves : boursouflures des paupières, du cuir chevelu, des membres, éruptions cutanées, violents maux de tête…
Ces problèmes d’allergie sont documentés depuis longtemps. « Cash » a dénombré 487 publications dans les revues spécialisées depuis le siècle dernier. En 1908, l’un des tout premiers articles scientifiques alerte déjà sur les risques d’allergie de la PPD. Il est rédigé par un certain Eugène Schueller, ingénieur chimiste qui va bientôt devenir, en 1909, le fondateur du groupe L’Oréal. Et pour présenter sa société, il préfère même utiliser cet autre nom : la « Société française de teintures inoffensives pour cheveux ».
Dans un autre traité scientifique rédigé dans les années 1920, Eugène Schueller dit refuser catégoriquement de commercialiser des produits à base de PPD. Quelques années plus tard, dans une revue à destination des coiffeurs, son groupe publie une mise en garde sur les risques, cette fois, de la PTD. Alors, comment expliquer que plus d’un siècle plus tard, nous retrouvions trace de ces substances ou de leurs dérivés dans des colorations des marques du groupe L’Oréal ?
Dans les années 1930, la tendance est aux cheveux ondulés, ce qu’on appelle alors « l’ondulation indéfrisable ». Or sur cheveux teints, cette technique ne fonctionne que si la coloration a été faite à la PPD. Pour développer ses activités et son chiffre d’affaires, Eugène Schueller retourne alors sa blouse et lance sa propre teinture à la PPD, qu’il va commercialiser en France, puis dans le monde entier.
Dans combien de produits du groupe L’Oréal peut-on retrouver l’un ou l’autre de ces deux ingrédients chimiques ? « Cash Investigation » a passé au crible la composition des colorations permanentes de Garnier et L’Oréal Paris, mais aussi les gammes L’Oréal Professionnel, utilisées dans les salons de coiffure. Résultat, on retrouve de la PPD dans 51% des teintures à domicile de L’Oréal Paris ; quant à la PTD, elle est présente à 89% dans les colorations à domicile de chez Garnier ; et à 96% dans les colorations en salon de L’Oréal Professionnel.
Si L’Oréal peut continuer à utiliser ces ingrédients malgré leur potentiel allergisant, c’est parce que rien dans la réglementation européenne ne le leur interdit. En 2013, l’UE, en charge de la réglementation cosmétique, a simplement imposé deux conditions aux fabricants : ajouter un message sur leurs emballages indiquant que « les colorants capillaires peuvent provoquer des réactions allergiques sévères », et limiter les concentrations de ces colorants dans leurs produits. Mais d’après la professeure Nosbaum, « il y a toujours un risque. De toute façon, toute exposition à une molécule chimique potentiellement allergisante peut induire un risque allergique ».
Contacté par l’équipe de « Cash Investigation », le groupe L’Oréal a apporté par écrit ces précisions : « Un ingrédient qui a un potentiel allergisant n’est pas un ingrédient ‘dangereux’ ; son utilisation repose sur une maîtrise scientifique et des conditions d’usage précises. »
Extrait de « L’Oréal : parce qu’ils nous le vendent bien », diffusé dans « Cash Investigation » le 31 mars 2026.
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Source:
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