Avoir une base permanente à la surface de la Lune est un peu un vieux rêve de science-fiction, où l’on imagine volontiers l’humanité s’émanciper peu à peu de la Terre, pour occuper une deuxième maison sur un astre rendu hospitalier à grands renforts de prouesses technologiques.
Pourtant, si c’est le rêve dévoilé récemment par la Nasa lors de l’événement « Ignition » consacré à la refonte du programme Artemis, c’est au prix d’un autre projet en développement depuis des années et désormais « mis à la poubelle » ou plutôt, officiellement, mis en pause : la Lunar Gateway.
Un projet engagé, mais trop cher
Proposée dès 2017 par l’agence spatiale américaine, cette station orbitale devait servir de « pont » entre la Terre et la Lune : une sorte d’ISS lunaire, où les astronautes qui se rendraient sur la Lune pourraient séjourner plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Le tout avec des modules d’habitation, de ravitaillement et des navettes capables de transporter les voyageurs jusqu’à la surface lunaire avant de les faire entrer à l’abri de la station, ou de les ramener sur Terre.
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Finalement abandonnée, Lunar Gateway avait pourtant mobilisé de nombreux acteurs à travers le monde dont l’Agence spatiale européenne (ESA), mais aussi l’agence japonaise (Jaxa), sans oublier leurs homologues canadiens du CSA. En France, Thales Alenia Space était particulièrement impliqué et avait entamé la construction d’un module nommé Esprit, destiné à assurer les communications entre la Lune et la Terre.

Lunar Orbital Platform Gateway. © Nasa
Tout cela aurait coûté environ 4 milliards de dollars, et si les Américains qui avaient initié le projet s’en désengagent, il devient difficile d’imaginer un avenir pour cette station. Mais comment en est-on arrivé là ?
Problème d’égo et soucis techniques
La première explication peut paraître triviale, simpliste, voire stupide… mais valable ! Il s’agit d’une affaire d’égo pour Donald Trump. Interrogé sur un média canadien, l’astrophysicien André Grandchamps pense que le président américain voulait absolument une présence concrète sur le sol lunaire avant la fin de son mandat, et a donc voulu accélérer les choses pour obtenir un résultat rapide et visible.
Dès mai 2025, il n’avait pas caché son manque d’intérêt pour la Lunar Gateway, qu’il voulait déjà enterrer au motif qu’elle coûtait trop cher.
À ces difficultés budgétaires et à cette volonté présidentielle s’ajoutent des problématiques un peu plus techniques. Les premiers plans de la Lunar Gateway prévoyaient un assemblage pour 2026, ce qui avait été repoussé à plusieurs reprises suite à des retards de conception.

Concept de la base lunaire américaine. © Nasa
Ces opérations consistent effectivement à pratiquer des rendez-vous orbitaux près de la Lune, ce qui est particulièrement délicat à mettre en place. Notamment parce qu’il fallait compter sur des fusées puissantes, comme la SLS qui n’a pour l’instant décollé qu’une seule fois avec Artemis I (et doit bientôt recommencer avec Artemis II).
Aller plus vite face à la concurrence
Mais ces obstacles n’étaient pas pour autant indépassables. Ce qui a avant tout motivé la décision de consacrer tous les efforts, ainsi que 20 milliards de dollars, à la base lunaire, c’est la perspective d’être doublé par le rival actuel : la Chine.
Avec une base lunaire, même très sommaire, les États-Unis auraient plus de chance de prétendre à une présence durable rapidement.
Bande-annonce de la station spatiale Gateway. © Nasa Johnson
En revanche, le plan de Jared Isaacman qui s’étend jusqu’à 2035 est bien plus ambitieux et hypothétique, promettant des habitats permanents, des dizaines de décollages, des rovers et autres installations.

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Le plus étonnant dans tout cela, c’est que l’échéance est extrêmement rapide, avec un déploiement dès l’an prochain, balayant ainsi près de dix ans de travaux destinés à la Lunar Gateway.
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www.futura-sciences.com




