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« On n’avait jamais vu ça » : des scientifiques racontent la naissance hors norme et bouleversante d’un bébé cachalot

Au large de la Dominique, une équipe de scientifiques a pu assister en direct à la naissance d’un cachalot. Un phénomène extrêmement rare qui fait l’objet d’une étude parue dans la revue Science.

Maxime Lucas, l’un des auteurs, est physicien à l’Université de Namur, en Belgique, et également membre du projet Ceti, dédié à cette espèce. Il nous raconte cette expérience inoubliable.

Futura : Le bébé cachalot est né en juillet 2023, mais avant cet événement y a-t-il eu un long temps d’observation et de préparation ?

Maxime Lucas : Plusieurs décennies même ! C’est Shane Gero, membre du projet Ceti, biologiste marin et expert sur la question qui suivait ces quelques cachalots depuis une vingtaine d’années. Il avait identifié onze individus qui appartenaient à deux groupes distincts.


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Avec l’appui du Ceti, nous avions aussi davantage de moyens pour étudier leurs relations et leurs comportements de différentes manières.

Futura : Quelles sont les méthodes employées dans ces situations ?

Maxime Lucas : Il y a d’abord la technique classique de l’hydrophone : un appareil que l’on place sous l’eau et qui sert à entendre les cétacés au loin. Ils sont souvent placés sur de petits bateaux. On coupe le moteur lorsqu’on arrive à proximité des cachalots.

Photo 07 cr Brian J. Skerry National Geographic
Une partie du clan des cachalots qui ont aidé à donner naissance au bébé. © Brian J. Skerry, National Geographic

Ensuite, c’est un peu plus récent, mais nous avons des drones pour les observer plus facilement lorsqu’ils remontent à la surface. Et enfin, avec le projet Ceti nous avons la chance d’avoir l’appui de scientifiques du MIT qui font appel au machine learning afin d’analyser la position des baleines, leur orientation, et leur évolution au cours du temps.

Les baleines à bosse ont un chant structuré, propre à chaque région du monde où elles se reproduisent. Par ailleurs, leur chant évolue à mesure que la baleine vieillit. © Yann hubert, Shutterstock

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À l’œil nu, c’est parfois difficile d’obtenir des images nettes avec les mouvements et le reflet des vagues, donc tout cet appui nous aide beaucoup à avoir des informations claires. C’est pourquoi ces données sont inédites, elles ont un niveau de détail qui n’existait pas avant.

Futura : Et vous, quelle est votre spécialité ?

Maxime Lucas : Je suis physicien, spécialiste de la théorie des réseaux et des systèmes dynamiques. Je modélise les réseaux, par exemple ici les interactions entre les baleines, afin de comprendre leur structure familiale et les rôles occupés par chacun des individus.

Pour résumer, dans le projet Ceti, il y a d’abord les biologistes qui pratiquent les observations, ensuite les spécialistes du machine learning qui analysent le tout, puis dans mon domaine, on s’intéresse aux réseaux, savoir quels individus sont proches entre eux, comment sont séparés les rôles familiaux de chacun.

Futura : Le jour de la naissance, tout était donc prêt ?

Maxime Lucas : Pas du tout, c’était une surprise totale ! Même de la part des personnes qui les observent depuis des années, nous ignorions qu’une des baleines attendait un petit. Shane Gero n’avait jamais vu ça, et pourtant il suit les baleines dans cette zone depuis plus de deux décennies. David Gruber, le président du projet Ceti, nous a appelés en urgence, il sautait de joie !

Pour commencer, les baleines ont remonté ensemble vers la surface, ce qui est très inhabituel et nous a étonné. Nous savions alors que nous étions sur le point d’assister à quelque chose de spécial, d’autant plus que c’est extrêmement rare d’avoir la chance d’être là lors d’une naissance.

Dans les soixante dernières années, il n’y a eu que quatre ou cinq événements de ce type dont nous avons pu être témoins. La plupart nous viennent de navires baleiniers, où nous n’avons que quelques rares photos. Mais obtenir des données scientifiques, vérifiables, c’est beaucoup plus rare.

Futura : Est-ce qu’on en sait plus sur ce bébé aujourd’hui ?

Maxime Lucas : Ce que nous savons, c’est qu’il ou elle est toujours en vie, ce qui est déjà important car le risque de mortalité chez les cachalots est très élevé la première année.

En revanche, nous ignorons encore si c’est un mâle ou une femelle, il faudrait une campagne d’observation pour réussir à l’approcher, ce qui devrait avoir lieu prochainement.

En attendant, le nouveau-né n’a pas encore d’identification officielle, et donc pas de nom.

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Les femelles créent un pont pour que le petit puisse être à l’abri hors de l’eau avant d’apprendre à nager. © Project Ceti

Futura : Qu’est-ce que cela nous apprend sur la vie des cachalots ?

Maxime Lucas : Nous savions que c’était une espèce avec des liens sociaux très étroits et complexes. Par exemple, il s’agit d’une société matriarcale, où les femelles adultes vivent ensemble avec les jeunes des deux sexes. Lorsque les mâles grandissent, ils partent vivre ailleurs.

Ici, il y avait deux familles, avec trois générations différentes. Parmi les cachalots observés, il y avait donc celle qui a donné naissance, ainsi que sa mère à elle, sans compter les autres individus venus d’une autre matriligne (le mot désignant une famille de cachalots).

Ce que nous ignorions, c’était comment se passaient les naissances. Ici, les différents cachalots se sont placés de manière à aider le nouveau-né à garder la tête hors de l’eau. Il n’est redescendu qu’une demi-heure plus tard pour nager enfin seul.

Futura : C’est fréquent dans le règne animal ?

Maxime Lucas : À part chez les humains, nous n’avons vu cela que chez quelques primates, où il y a une entraide au moment de la naissance.

Les cétacés ces animaux fascinants. ©  Michael Dawes - CC BY-NC 2.0

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Pour les cachalots, nous pensons que les nouveau-nés ne savent pas nager, et ont besoin d’aide dans leurs premiers instants, sinon ils ne survivent pas.

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Les baleines de différents clans se rejoignent lors de ces occasions rares. © Brian J. Skerry, National Geographic

Nous soupçonnions déjà que ce comportement existait chez cette espèce, mais faute d’observations de qualité, nous ne pouvions pas en être absolument certains. C’est particulièrement étonnant de voir ce type d’attitude finalement très proche de celle des humains chez une espèce qui nous est si éloignée, et dans un environnement complètement différent du nôtre.

Futura : Vous espérez voir d’autres naissances similaires ?

Maxime Lucas : Ce serait formidable car nous avons de nombreuses hypothèses que nous aimerions vérifier autour de ces événements. Comprendre comment chacun s’organise, pourquoi nous avons eu ici deux groupes distincts qui ne sont d’habitude pas liés entre eux, etc. Mais c’est malheureusement extrêmement rare.

Cette fois, nous avons eu de la chance, celle d’être au bon endroit au bon moment. Mais nous n’en savons pas assez sur ces animaux, malgré toutes nos recherches, pour savoir quand une femelle est enceinte, ni quand et où elle va donner naissance. Ce groupe est l’un de ceux que nous suivons le plus, donc si ça arrive à nouveau, nous serons là, en tout cas nous l’espérons !


Source:

www.futura-sciences.com

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