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Choc pétrolier du détroit d’Ormuz : l’importance d’une économie circulaire du plastique

Difficile de s’en passer, tant il a envahi notre quotidien. Vêtements, appareils électroniques, voitures, emballages cosmétiques ou alimentaires… Utilisé puis jeté, chaque Européen produit en moyenne 36 kilos de déchets plastiques par an, dont 27% sont recyclés.

Défendre une filière de recyclage européenne autonome

Pour tenter de réguler cette consommation et augmenter le taux de recyclage, la Commission européenne a engagé plusieurs actions concrètes : interdire l’export de déchets plastiques vers les pays non-OCDE à horizon 2026 et obliger l’incorporation de 25 à 35% de matière recyclée dans les produits plastiques. L’objectif affiché : défendre une autonomie européenne dans le traitement de déchets plastiques.

En réponse à ces nouvelles exigences, l’ouverture de nouvelles usines et lignes de traitement ont permis de doubler les capacités européennes de recyclage entre 2007 et 2022, pour atteindre 13,5 millions de tonnes. « Nous nous inscrivons pleinement dans cette dynamique et contribuons activement à l’atteinte des objectifs européens en matière de traitement des déchets », déclare Sébastien Petithuguenin, directeur général de Paprec, une entreprise française spécialisée dans le recyclage.

Des usines de traitement des déchets fragilisées

Une de ses usines, en périphérie de Chalon-sur-Saône, est spécialisée dans le recyclage mécanique de Polyéthylène Haute Densité (PEHD) et polypropylènes (PP) provenant d’emballages. « Tous nos procédés – convoyeur, machine de tri, machine à extruder – sont alimentés à l’électricité, qui est particulièrement décarbonée en France », poursuit Sébastien Petithuguenin. A la sortie, PEHD et PP recyclés sont vendus sous forme de granulés pour être utilisés dans le bâtiment ou dans de nouveaux emballages.

Mais cette usine, comme d’autres en France, est menacée. Depuis 2023, les fermetures se succèdent à un rythme alarmant, comme le montre le triste exemple de Viridor au Royaume-Uni qui a fermé ses portes moins de 18 mois après son ouverture.

Ainsi, depuis 2023, l’Union européenne a perdu près d’un million de tonnes de capacité de traitement de PEHD, PP et autres PET (Polytéréphtalate d’éthylène), un « chiffre aberrant quand on regarde les ambitions de recyclage européennes », selon le directeur de Paprec.

Concurrence internationale des matières vierges et recyclées

Polyvia, le syndicat national des industriels de la plasturgie et des composites, explique ce déclin par trois facteurs : une matière vierge aux prix imbattables, des coûts de production élevés et la concurrence des matières recyclées provenant de pays d’Asie.

En raison des coûts énergétiques moindres et de normes environnementales moins contraignantes, « le PET recyclé chinois est commercialisé jusqu’à 30 % moins cher que son équivalent européen. Les acteurs industriels européens peinent donc à rester compétitifs », explique Xavier Chastel, directeur de Polyvia.

La profession appelle donc à une préférence européenne et à l’instauration de clauses miroirs robustes, imposant les mêmes exigences environnementales et sociales aux matières importées qu’aux matières européennes. Elle réclame également un renforcement des dispositifs de contrôle aux frontières, notamment via la création de codes douaniers distincts pour le plastique vierge et le plastique recyclé, ainsi que la mise en place d’audits extraterritoriaux.

« Les crises pétrolières plaident en faveur d’une souveraineté européenne »

Après la crise pétrolière liée à la guerre en Ukraine, qui avait déjà fait bondir le prix du baril de pétrole, le blocage du détroit d’Ormuz met à nouveau à mal l’approvisionnement de cette matière première indispensable à la synthèse de plastique.

Cette voie maritime est en effet un axe stratégique majeur : près de 20 % du pétrole mondial y transite, reliant les pays producteurs du Golfe Persique aux grands centres de raffinage asiatiques. Les répercussions sur les matières plastiques se font déjà sentir, avec des hausses de prix atteignant 10 à 50 % pour les PEDH et 10 à 40 % pour les PP au mois de mars.

« Ce blocage illustre les risques d’une forte dépendance aux pays producteurs et raffineurs de pétrole », appuie Sébastien Petithuguenin. « Cette crise ne sauvera pas la filière du recyclage à elle seule, puisqu’à l’inverse, il nous faut une demande stable et structurée pour la pérenniser. Mais elle plaide en faveur d’une souveraineté européenne et d’une économie circulaire du plastique ».


Source:

www.sciencesetavenir.fr

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