La disparition de Lionel Jospin, le 22 mars, a été connue au lendemain d’élections municipales qui se sont traduites une nouvelle fois par des divergences très profondes entre les deux principales composantes de la gauche : le Parti socialiste (PS) et La France insoumise (LFI). Elle fournit donc l’occasion de rappeler en quoi l’ancien premier ministre incarne à la fois une certaine tradition socialiste et le rassemblement autour d’un projet réformateur que l’on a appelé la « gauche plurielle ».
Après avoir dirigé le Parti socialiste durant le premier septennat de François Mitterrand (1981-1988), Lionel Jospin a été ministre d’Etat, puis candidat à la présidentielle pour le PS en 1995. C’est fort de ce parcours qu’il est choisi par son camp, après la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Jacques Chirac en 1997, pour mener la bataille des législatives : il entend alors réunir toutes les composantes de la gauche autour de ce que l’on va appeler la « gauche plurielle ».
Si la présence des communistes rappelle l’« union de la gauche » des années 1970, la composante écologiste, emmenée par Dominique Voynet, ouvre de nouvelles perspectives à ce projet de rassemblement. S’y ajoutent les radicaux de gauche, avec Christiane Taubira, et le Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement, qui jouera dans le futur gouvernement une place de premier plan.
Comme l’a montré l’historienne Elisa Steier dans son ouvrage La Genèse de la gauche plurielle 1993-1997 (PUR, 2021), la gauche plurielle est le fruit, non pas d’un accord global entre tous les partenaires, mais d’accords passés par le PS avec chacun des partis. Il n’y a donc pas un programme gouvernemental défini à l’avance, comme le Programme commun de 1972 ou les programmes de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale de 2022 ou du Nouveau Front populaire de 2024.
Désaccord profond sur l’Europe
La campagne n’est d’ailleurs pas commune, sauf dans quelques circonscriptions. Les sortants sont soutenus par l’ensemble des forces de gauche et, dans les circonscriptions détenues par la droite, les autres partis se rangent derrière le candidat arrivé en tête au premier tour. Le PS réserve néanmoins des circonscriptions aux Verts pour qu’ils puissent, pour la première fois, avoir des élus.
Il vous reste 60.8% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Source:
www.lemonde.fr




