Face aux plateformes numériques, la psychologue Hedda van ’t Land invite les autorités à changer d’approche. Dans une tribune publiée par Le Monde, elle critique les réponses centrées sur l’interdiction ou la restriction d’accès et préconise plutôt d’envisager l’environnement numérique comme un enjeu majeur de santé publique. Son argument met l’accent sur la nécessité d’agir sur les conditions mêmes d’usage et de conception des services en ligne pour protéger le bien‑être des populations.
Plutôt que de proposer des mesures punitives ou des filtrages généralisés, l’auteure appelle à des interventions structurelles : encadrer les pratiques de conception des plateformes, améliorer la transparence des algorithmes, repenser les mécanismes de collecte et d’exploitation des données et renforcer la dimension préventive des politiques publiques. Elle souligne l’importance de standards, d’évaluations indépendantes et d’une information claire pour les utilisateurs, afin que l’environnement numérique favorise des interactions moins nocives pour la santé mentale et sociale.
La proposition prend en compte la complexité des effets du numérique : s’il offre des opportunités d’accès à l’information et de lien social, il peut aussi amplifier des risques pour certains publics, notamment les jeunes. Intervenir sur l’écosystème numérique demande donc une coordination entre autorités sanitaires, instances de régulation, acteurs technologiques et professionnels de la santé. Des campagnes d’éducation numérique et des outils de prévention et de prise en charge intégrés aux politiques de santé peuvent compléter les modifications de conception envisagées.
Adopter cette perspective transforme les objectifs des régulateurs : il ne s’agit plus seulement de contrôler l’accès, mais de promouvoir un cadre qui soutienne le bien‑être. La démarche implique des investissements en recherche pour mieux comprendre les liens entre usages numériques et santé, ainsi qu’un dialogue structuré entre secteurs public, privé et société civile. Une telle stratégie viserait à réduire les effets délétères constatés tout en préservant les bénéfices du numérique, en plaçant la santé publique au cœur des décisions relatives à la conception des plateformes.






