Barbara Perri : Oui. Car la Lune demeure aujourd’hui le meilleur coronographe que nous ayons ! C’est une coïncidence incroyable mais vue depuis la Terre, elle masque presque parfaitement le disque solaire. Or, pour observer la couronne, cette atmosphère extrêmement ténue autour du Soleil, il faut bloquer sa lumière avec une précision extrême. Si un instrument laisse passer ne serait-ce que 1 % de luminosité, la couronne devient invisible.
“Le grand mystère est celui du chauffage de la couronne solaire”
N’a-t-on pas les moyens de réaliser des disques recouvrant exactement la surface solaire ?
Les coronographes spatiaux, comme ceux de Soho ou du satellite européen Proba-3, sont très performants, et permettent de produire des “éclipses artificielles” en permanence. Mais les ingénieurs préfèrent toujours masquer une région légèrement plus grande que le disque solaire, pour éviter que le moindre filet de lumière directe ne passe. Résultat : les coronographes ne voient pas les couches les plus basses de l’atmosphère solaire. Pourtant, c’est justement là que naissent beaucoup de structures et de phénomènes physiques qui nous intéressent.
Que cherche-t-on encore à découvrir sur notre étoile ?
Le grand mystère est celui du chauffage de la couronne solaire. Intuitivement, on pourrait penser que plus on s’éloigne du cœur du Soleil, plus la température diminue. Et c’est vrai… jusqu’à la surface visible du Soleil, où elle atteint environ 6000 °C. Mais dans la couronne solaire, elle remonte à plus de 1 million de degrés. On sait désormais que le champ magnétique joue un rôle central, mais on ne comprend toujours pas précisément quels mécanismes injectent cette énergie dans la couronne.
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“L’idée est de coordonner des équipes internationales”
En quoi l’observation des éclipses nous aide-t-elle à en savoir plus ?
Les éclipses naturelles révèlent justement les toutes petites structures de la basse atmosphère solaire. Car on pense que l’énergie est injectée sous forme d’une multitude de microphénomènes : des ondes, des reconnexions magnétiques, des courants électriques… Le problème, c’est de déterminer quel mécanisme est prédominant.
Donc, le 12 août, le Soleil sera bien un objet d’étude pour les astronomes ?
Oui. Il y aura des observations tout au long de la bande de totalité, depuis le Groenland jusqu’à l’Espagne. L’idée est de coordonner des équipes internationales pour suivre l’évolution de la couronne pendant plusieurs heures, à mesure que l’ombre de la Lune parcourt la Terre. C’est important car la couronne solaire n’est pas figée : ses structures évoluent en permanence. Ces observations vont donc permettre, à la fois, de tester nos modèles et d’obtenir des images à très haute résolution d’une région du Soleil encore difficile à étudier autrement.
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Les éclipses sont aussi très utiles pour la modélisation. Avant l’événement, plusieurs équipes vont tenter de prédire l’aspect de la couronne : où apparaîtront certaines structures, certains jets de matière… Puis, après l’éclipse, nous comparerons ces prévisions avec ce qui aura réellement été observé. C’est une manière très efficace de vérifier ce que nos modèles comprennent bien… et ce qu’ils ne comprennent pas encore. Une éclipse reste donc l’un des rares moments où le Soleil accepte de dévoiler une partie de ses secrets.
Source:
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