Le député de l’Eure et candidat à la primaire socialiste dénonce dans « La Matinale » de ce lundi 27 juillet l' »horreur absolue » que vivent les sinistrés du Sud-Ouest. « On a aujourd’hui un choc d’investissement à prévoir », assure-t-il, pointant le manque de moyens de la sécurité civile et des pompiers pour lutter contre les brasiers, du fait d’un « système complètement inadapté ».
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Alexandre Peyrout : Ce matin, l’actualité, ce sont ces incendies qui ravagent le Sud-Ouest, avec plus de 40 000 hectares ravagés, plus de 220 000 personnes évacuées. Est-ce qu’un jour vous pensiez vivre de tels incendies chez nous en France ?
Philippe Brun : C’est une horreur absolue, et je pense évidemment aux victimes, dont la vie est en train de se consommer sous leurs yeux, à toutes ces familles qui n’ont pas de logements au moment où nous nous parlons, toutes ces personnes qui ont perdu leurs souvenirs, leurs effets personnels, aux vies aussi qui sont aujourd’hui mises en danger.
Est-ce que comme beaucoup de Français, je pense aujourd’hui, vous avez peur, peur que ces épisodes soient répétitions dans les prochaines années, que finalement nous devions vivre avec cette menace longtemps ?
Je n’ai pas peur parce que c’est ce qui va se passer. L’été est chaud, c’est probablement l’été le moins chaud des 30 prochaines années. Il va falloir qu’on s’habitue à des canicules à répétition, à des incendies très importants, à devoir complètement changer notre manière de penser.
La question de la gestion de ces incendies est au cœur de l’actualité. Une cellule de crise interministérielle sera présidée par Emmanuel Macron à 10h ce matin, avant un Conseil des ministres qui sera largement consacré à la gestion de ces incendies. Est-ce que pour vous, aujourd’hui, le gouvernement est à la hauteur ?
Non, la vérité, c’est que nous sommes en train de vivre une étrange défaite, comme dans chaque crise. Lors de la crise sanitaire, on s’est rendu compte qu’on ne fabriquait plus de masques en France et qu’on avait détruit nos stocks de masques. On a maintenant la crise des incendies et on se rend compte que nos services départementaux d’incendie et de secours, les moyens nationaux de la sécurité civile, sont totalement insuffisants.
Vous faites partie de ceux qui disent qu’il n’y a pas assez de moyens pour lutter contre les incendies ?
C’est très simple. On fait un rapport chaque année à l’Assemblée nationale pour le dire. Il y a un rapport qui est fait par une députée qui s’appelle Sophie Pantel, qui est à la Commission des Finances comme moi, elle est socialiste, elle écrit chaque année que les moyens sont insuffisants. Il y a même eu une réunion, une grande commission organisée par le gouvernement qui s’appelle le Beauvau de la Sécurité, où il y a marqué que les moyens des pompiers sont aujourd’hui à bout de souffle et que le système de financement est anachronique et archaïque. Il faut vous rendre compte que durant les dix dernières années, le nombre d’interventions des pompiers en France a augmenté d’un tiers et les moyens n’ont pas du tout augmenté d’un tiers. Et donc, on a aujourd’hui un choc d’investissement à prévoir. Ça fait des années que sur chaque projet de loi de Finances, nous déposons avec Sophie Pantel des amendements pour demander davantage de moyens.
Laurent Nuñez, lui, dit que c’est une fausse polémique, qu’il n’y a pas de problème de moyens. C’est ce qu’il a dit au 20h hier soir.
Les moyens manquent absolument partout. La Gironde est un département qui est sous menace aujourd’hui de tutelle financière de l’État, tellement l’État a fait les poches des départements en France. C’est un département qui est pauvre. Le département de Gironde finance 55% du SDIS. Évidemment que les moyens manquent, parce que le système est complètement inadapté. Il y a un rapport qui a été fait à l’Assemblée qui propose une nouvelle manière de financer les SDIS en faisant une taxe sur les compagnies d’assurances. Moi, je crois qu’il faut urgemment le mettre en œuvre.
Ça rapporterait combien ?
Ça permettrait d’augmenter d’un tiers les moyens des SDIS. Moi, je demande aujourd’hui au gouvernement de réunir le Parlement et de faire ces modifications d’urgence. On a besoin de financer le service départemental d’incendie et de secours et de soutenir nos pompiers.
Laurent Nuñez, il dit que ce n’est pas l’heure de la polémique. Est-ce que quelque part il n’y a pas une forme de mauvais esprit de venir crier au loup une fois que le feu est arrivé, finalement ?
On crie au loup tous les ans. J’invite chacun à aller sur le site de l’Assemblée et à taper « Sophie Pantel rapport », vous allez trouver ce rapport qu’on fait chaque année à la Commission des Finances pour dire que les moyens manquent, qu’il faut que nos pompiers puissent investir, qu’il faut aussi permettre des recrutements humains… Cela, nous le disons depuis très longtemps. On est en train de vivre à nouveau une étrange défaite, un problème qu’on avait vu arriver depuis très longtemps, qui est signalé depuis très longtemps, et le gouvernement n’a rien fait. Je rappelle quand même que durant les trois dernières années, le gouvernement a fait des gels, a fait même des annulations de crédit. On est aujourd’hui au mois de juillet. Le 11 juin…
Vous évoquez la question des Canadair, notamment. Parce qu’on a un problème plus structurel, sur cette question. Tout à l’heure, on avait un pompier avec nous sur franceinfo pendant l’édition spéciale qui nous disait que oui, peut-être qu’il y avait eu des crédits gelés, mais en attendant, ces Canadair ne sont plus fabriqués…
Oui, d’accord, mais il n’y a pas que ça. Le 11 juin, le gouvernement décide de prendre un décret d’annulation. Qu’est-ce qu’il annule ? Il annule les moyens sur la prévention des risques climatiques, il annule pour 19 millions d’euros de moyens. Il annule pour 5 millions de moyens sur la mission sécurité. L’année dernière, on avait eu une baisse importante du budget de la sécurité civile en France. On ne prévoit rien, on n’anticipe rien, on a une gestion à la petite semaine et on fait des grandes réunions. Le Beauvau, qui dit c’est scandaleux, il faut tout revoir : on n’en fait rien. Des rapports parlementaires : on n’en fait rien non plus. Maintenant, il est temps de prendre en compte cette urgence, de réunir le Parlement et d’adopter les mesures que nous proposons.
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Source:
www.franceinfo.fr






