Le paludisme tue encore chaque année plus de 600 000 personnes dans le monde.
Moi, je ne provoque pas cette terrible maladie-là. Je suis un virus. Le paludisme, c’est l’œuvre d’un parasite, un protozoaire. Notre point commun ? Il se sert d’un moustique pour s’infiltrer. Lui s’installe dans le foie et les globules rouges, parfois pour des années. Moi, je préfère les cellules immunitaires ou musculaires. Même vecteur, mais un cycle et une stratégie différents donc. Peu importe au fond : pour nous tous, les pathogènes, l’histoire commence de la même manière.
Par une piqûre.
Pour moi, c’est le début d’une mission d’infiltration périlleuse.
Jour 0 : l’ingestion
Au début, nous n’étions que quelques-uns. Autour de moi, ils sont désormais des millions, en suspension dans le sang d’un humain fiévreux. Dengue, chikungunya, Zika, virus du Nil occidental… peu importe mon nom : je suis un arbovirus, un virus à ARN. Ma grande force c’est que je peux muter rapidement.
Aujourd’hui, un moustique femelle a piqué mon humain. J’ai été aspiré avec son repas de sang et je me suis retrouvé propulsé dans un nouveau monde.
La fièvre Zika est due à un arbovirus, appartenant à la famille des Flaviviridae, comme les virus de la dengue ou encore de la fièvre jaune. Le moustique vecteur de la maladie est du genre Aedes, le plus souvent de l’espèce Aedes aegypti, reconnaissable notamment par la présence de rayures noires et blanches sur ses pattes. © PixieMe, Adobe Stock
Jour 1 : le mur intestinal
Première épreuve : survivre à l’intestin du moustique. C’est une véritable forteresse. Un environnement hostile truffé d’enzymes et de barrières cellulaires. Beaucoup de mes semblables disparaissent ici.
Moi, j’ai réussi à infecter une cellule de la paroi intestinale. J’y détourne la machinerie pour me répliquer. Encore et encore.

Le moustique tigre est devenu l’ennemi public numéro un de nos étés. Mais que se passe-t-il vraiment dans sa tête lorsqu’il nous traque ? Pour ce premier épisode de notre série de l’été consacrée aux secrets des moustiques, Futura vous propose une expérience inédite : glissez-vous dans la peau d’une femelle Aedes albopictus. Éveillez vos super-sens, déjouez les pièges et tentez de perpétuer votre espèce. Prêt à relever le défi ?… Lire la suite
Jour 3 : la grande évasion
Nous sommes désormais assez nombreux. Nous franchissons la barrière intestinale pour atteindre l’hémocèle, la « cavité générale » de l’insecte. L’équivalent du sang du moustique. C’est là que nous circulons.
Mais le temps presse : si le moustique meurt, tout s’arrête. Et parfois, notre présence l’affaiblit, réduit sa reproduction, sa survie.
Jour 5 : objectif salive
Nous colonisons différents tissus. Mais une seule cible compte vraiment : les glandes salivaires. C’est par là que nous pourrons repartir. Certains moustiques nous opposent une résistance. D’autres hébergent même une bactérie, Wolbachia, qui nous fait concurrence pour les ressources et limite notre expansion. Dans ces corps-là, notre mission échoue souvent.
Jour 8 : enfin prêt à l’emploi
Victoire. Nous avons atteint les glandes salivaires. Désormais, à chaque piqûre, une petite armée peut être injectée dans un nouvel hôte. Ce délai — 7 à 10 jours selon les espèces et les virus — d’« incubation intrinsèque » est crucial. Avant cela, le moustique n’est pas infectant.
Le saviez-vous ?
Le mode de transmission évoqué ici est le plus courant. Les scientifiques l’appellent « transmission horizontale ». Mais les pathogènes peuvent aussi se transmettre de la femelle moustique à sa descendance. On parle alors de « transmission verticale ». C’est rare.
Encore plus rare, la « transmission mécanique ». Lorsqu’un moustique pique une personne infectée, en phase de virémie — comprenez que sa charge virale est élevée — et pas plus de quelques minutes plus tard, une autre personne, cette dernière peut être infectée à son tour par des pathogènes encore vivants qui restaient sur la trompe, le proboscis du moustique. L’effet seringue contaminée, en d’autres mots.
Les « maladies du moustique » peuvent aussi être transmises par transfusion sanguine. Mais des mesures sont prises aujourd’hui pour l’éviter : mise à l’écart de sujets ayant fréquentés récemment une zone contaminée et analyses de sang.
Jour 12 : retour chez l’humain
Nouvelle piqûre. Nouvelle cible : un humain. J’entre par la peau et je vais devoir me multiplier suffisamment pour atteindre la phase virémique : circuler en quantité dans le sang pour espérer être repris par un autre moustique.

Pour la première fois, les chercheurs ont confirmé la présence du virus de la dengue chez des moustiques en France métropolitaine. La maladie peut désormais se transmettre localement, sans besoin d’importer le virus depuis l’étranger, ce qui augmente le risque de transmission aux humains et celui d’une épidémie. Les efforts pour lutter contre la dengue pourront être mieux ciblés, d’après les chercheurs…. Lire la suite
Car pour nous, la nature est implacable : nous devons réussir dans deux mondes différents. Nous multiplier chez l’humain pour être aspirés par un moustique puis survivre et migrer dans l’insecte pour être retransmis. Si une étape échoue, la chaîne est brisée.
Jour 15 : l’expansion
Selon mon identité, les symptômes varient. Le virus du chikungunya — « l’homme courbé » en makondé — provoque d’intenses douleurs articulaires. La dengue peut devenir sévère. Zika est souvent discret, mais dangereux pour le fœtus. Le virus du Nil occidental, lui, circule surtout entre oiseaux et moustiques, mais peut parfois infecter l’humain et les chevaux.
Dans son dernier bulletin trimestriel, Santé publique France s’alarme de la multiplication des cas de chikungunya en France métropolitaine. https://t.co/OBsGijwnVI
— Futura (@futurasciences) June 26, 2025
Parfois, je ne déclenche aucun symptôme. Mais ce n’est pas le signe pour moi que tout s’arrête. Je garde une chance d’être aspiré par un nouveau moustique et de continuer mon chemin.
Jour 18 : trouver l’équilibre
Tuer trop vite mon hôte serait une erreur. Je disparaîtrais avec lui. Me faire trop discret m’empêcherait de circuler.

L’été 2025 marque une recrudescence sans précédent du chikungunya en France et en Europe, conséquence directe du réchauffement climatique qui favorise la prolifération des moustiques vecteurs. Les autorités sanitaires françaises et européennes alertent sur la progression rapide de ces maladies, et appellent à renforcer la prévention, notamment via deux vaccins disponibles depuis 2025…. Lire la suite
Un bon virus n’est ni le plus violent ni le moins virulent, mais le plus transmissible. Mes mutations constantes me permettent d’explorer cet équilibre : me multiplier assez pour circuler, mais pas au point de bloquer ma propre propagation.
Fin de transmission ?
Pas encore. Même si face à moi, les humains s’organisent : élimination des eaux stagnantes, moustiquaires imprégnées, insecticides, larvicides, pièges, contrôle des animaux infectés, etc. Chaque action complique un peu plus mon voyage.
Et parfois, suffis à l’interrompre.
Source:
www.futura-sciences.com





