« Pourquoi n’a-t-elle pas crié ou tenté de fuir ? », « Pourquoi ne se souvient-elle pas clairement ? », « Pourquoi n’a-t-elle pas immédiatement parlé ou porté plainte ? », « Pourquoi est-elle à ce point dénuée d’émotion en racontant ? », « Pourquoi son comportement semble-t-il contradictoire ? »…
Ces questions reviennent fréquemment lorsque des victimes de violences sexuelles prennent la parole. Et elles ne sont pas neutres. On les entend dans les commissariats, dans les tribunaux, parfois même dans les cabinets médicaux. Derrière ces interrogations se cache une attente implicite. La société a une idée très précise de ce que devrait être une « bonne » victime : elle devrait se débattre, être bouleversée lorsqu’elle raconte. Son récit devrait être linéaire, cohérent, stable dans le temps.
Ces jugements traduisent une méconnaissance profonde des mécanismes que l’organisme humain met en place pour se défendre d’une menace extrême. Car, face au danger, le cerveau déclenche des réponses de survie automatiques. Au moment de l’agression, certaines personnes se figent, incapables de bouger ou de parler : c’est la sidération, ou freezing.
D’autres décrivent un sentiment d’étrangeté, comme si elles étaient absentes de leur propre corps, anesthésiées ou spectatrices de la scène. Ces réactions de survie portent un nom : la dissociation. Si ces réactions sont adaptatives sur le moment, elles peuvent ensuite se prolonger et évoluer vers de véritables troubles dissociatifs. C’est ce passage d’un mécanisme de protection à un trouble durable qui reste encore largement méconnu.
Facteurs de discrédit
Les victimes peuvent alors présenter des souvenirs fragmentés, où des pans entiers de mémoire sont inaccessibles. Chez certaines personnes exposées à des traumatismes répétés, notamment dans l’enfance, l’expérience peut aller jusqu’à une forme de division intérieure : différentes parties de soi coexistent, avec des vécus ou des réactions différentes, parfois avec des voix contradictoires dans sa tête.
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Source:
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