De « Vous le regarderez comme un impur » d’Antoine Albertini à « Des garçons comme il faut » de Serena Gentilhomme, en passant par « La fin du voyage » d’Arnaldur Indridason ou encore « Et Athènes brûlait » de Nikos Nikolopoulos, voici notre dernière sélection du mois d’avril.
Publié le 01/05/2026 06:00
Temps de lecture : 4min
Thriller politique avec Et Athènes brûlait, historique avec Des garçons comme il faut et La fin d’un voyage, polar rural avec Vous le regarderez comme un impur, cette sélection se distingue par son éclectisme.
« Des garçons comme il faut » de Serena Gentilhomme : anatomie d’un massacre annoncé
L’affaire a révolté l’Italie en 1975. « Le massacre du Circeo » est le nom donné au rapt, aux tortures, aux viols et au meurtre infligés à deux jeunes femmes par trois jeunes bourgeois néofascistes dans la nuit du 29 au 30 septembre à San Felice Circeo. Mépris social, sentiment d’impunité, misogynie… Les trois fils de bonne famille séquestrent Donatella Colasanti et Rosaria Lopez dans des conditions effroyables. Quand elles sont découvertes dans le coffre d’une voiture à Rome, l’une est déjà morte depuis plusieurs heures. Elles ont subi pendant trente-six heures les pires sévices et humiliations. Serena Gentilhomme nous fait vivre l’épisode traumatique dès les premières rencontres. Donatella Colasanti et Rosaria Lopez, jeunes filles prolétaires, voulaient sortir de leurs quartiers et mettre fin à leurs misères sociales et affectives. Elles rêvaient d’une autre vie. Serena Gentilhomme, historienne du cinéma italien, ne tait ni la violence sociale, ni la dimension politique de cette affaire. Immersion dans une histoire qui dépasse le simple fait divers.
« Des garçons comme il faut », Serena Gentilhomme, La manufacture de livres 208 pages, 13,90 euros

« Vous le regarderez comme un impur » d’Antoine Albertini : une bête sauvage
La tendance est lourde : le roman noir rural fait son grand retour et est en pleine forme. Et le dernier roman d’Antoine Albertini atteste de cette vague de fond. Cette fois-ci, nous sommes vraisemblablement en Corse, loin du rivage. A Fumàcciula plus précisément, un village de montagne enclavé, dont le nom signifie à la fois « brume » et « orgueil ». Le hameau porte bien son nom. Au-delà de l’intrigue, Vous le regarderez comme un impur est un voyage à plusieurs titres. D’abord la langue, riche, délicieusement désuète. Les personnages, ensuite : Ercole Forcas et docteur Sanviti. Aussi attachants et attendrissants l’un que l’autre. Le premier, ancien avocat, atteint d’un mal incurable, occupe sa vieillesse en assumant la charge du juge de paix, le second est un médecin de campagne célibataire qui tire le diable par la queue. Quand le cadavre d’un vagabond, mutilé par une bête sauvage, est découvert à la sortie du village, les deux amis se lancent dans une enquête complexe. Antoine Albertini nous plonge dans un lieu éloigné de tout qui refuse de laisser le passé se décomposer. Vous le regarderez comme un impur, un accrolivre passionnant. La dernière page tournée, se pose une question : à quand le retour d’Ercole Forcas et du docteur Sanviti ?
« Vous le regarderez comme un impur », Antoine Albertini, éditions du Seuil, 240 pages, 19, 90 euros

« La fin du voyage » d’Arnaldur Indridason : Jonas et Keli, deux destins brisés
Arnaldur Indridason continue d’explorer le passé de l’Islande. Après Le Roi et l’horloge, il signe un roman enfiévré avec La fin du voyage. Il y a du Dostoïevski dans cette œuvre tourmentée. Dans l’Islande du XIXe siècle, la violence n’est jamais loin. Le dispositif narratif est d’une redoutable efficacité : deux récits en parallèle. Jonas Hallgrimsson, naturaliste et poète, chute dans un escalier à cause d’un moment d’inattention (et d’un excès d’alcool). Il se casse la jambe et se retrouve à l’hôpital avec une mauvaise blessure. Entouré de ses amis, il revit son passé encore et encore. Il se remémore Keli. Keli, un jeune berger qui rêvait de faire des études et de découvrir le monde. N’arrivant pas à le nourrir, ses parents l’ont placé dans une famille. Keli a disparu. A-t-il fugué ? Est-il mort ? Jonas et Keli viennent de deux mondes différents. Le premier commence à percer dans la poésie à Copenhague, le second loue ses (maigres) bras pour manger à sa faim avant de disparaître. Ecrit comme un polar, le dernier livre d’Arnaldur Indridason est haletant. Voyage dans un pays en devenir.
« La fin du voyage », Arnaldur Indridason, traduit par Eric Boury, éditions Métailié, 256 pages, 21,50 euros

« Et Athènes brûlait » de Nikos Nikolopoulos : le grand incendie
Nikos Nikolopoulos est un fin observateur. Son roman est un brûlot et un signal d’alarme sur la situation politique en Grèce, et par extension en Europe. Environnement, montée des extrêmes, corruption, aveuglement idéologique, réfugiés… L’écrivain suisse d’origine grecque dresse un tableau effrayant. L’intrigue s’ouvre par un incendie dans un camp de migrants. Le départ du feu est volontaire. Qui sont les coupables ? Les migrants eux-mêmes selon les rapports de police. Athènes, encerclée par la forêt en feu, suffoque. Aux deux extrêmes de l’échiquier politique, les radicalités se renforcent. Les autorités préfèrent détourner le regard. Les compromis deviennent compromissions et malheur aux réfractaires. Popi, agente du Renseignement, doit déjouer un attentat contre Starkos, ministre de l’Environnement, promoteur d’un projet d’extension du port du Pirée qui menace les fonds marins et donc les moyens de subsistance de milliers de pêcheurs. Dans ce thriller politique et écologique introspectif, Nikos Nikolopoulos enjoint ses lecteurs à se poser de nombreuses questions sur le monde dans lequel ils souhaitent vivre. Et Athènes brûlait, le monde aussi. Un brasier alimenté par des discours de haine. Indispensable.
» Et Athènes brûlait », Nikos Nikolopoulos, éditions de L’Aube, 352 pages, 20 euros

Source:
www.franceinfo.fr





