Au Liberia, plusieurs organisations de défense des droits humains agissent pour soutenir les victimes ou documenter les crimes commis pendant la guerre civile, en vue de la tenue de procès. Mais ces organisations sont sous pression, puisque de nombreux chefs de guerre sont en liberté à Monrovia et sont encore très influents. Dernièrement, Hassan Bility, le directeur de l’ONG Global Justice and Research Project, a fait l’objet de menaces de mort.
De notre envoyé spécial à Monrovia,
Hassan Bility est lui-même une victime de la guerre civile au Liberia, emprisonné et torturé sous la présidence de Charles Taylor. À l’époque journaliste, il s’est depuis reconverti en défenseur des droits humains et a fondé en 2012 le Global Justice and Research Project pour collecter des preuves sur les criminels de guerre. « J’ai créé cette organisation parce que le gouvernement libérien était incapable, ou plutôt il n’avait pas la volonté de faire passer la justice. On travaille en collaboration avec l’ONG suisse Civitas Maxima pour poursuivre les chefs de guerre qui se sont réfugiés en Europe. Et on a eu beaucoup de résultats. On était très heureux quand la justice française a condamné Kunti Kamara, un des chefs de l’Ulimo. Cela a envoyé un message très fort », raconte -t-il.
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Mais ces succès ne sont pas sans contrepartie. À cause de son travail, Hassan Bility subit des menaces depuis des années. Fin février, des hommes armés sont entrés par effraction, la nuit, à son bureau, pour voler du matériel et le menacer. Yusuf Twa, un des agents de sécurité, témoigne : « Vers 3 heures du matin, on a commencé à entendre un bruit au niveau du portail. Un collègue est allé voir et il y avait des hommes armés. Ils ont menacé de lui tirer dessus et lui ont demandé de s’asseoir par terre. Ils étaient trois au total. Ce qu’ils ont demandé ensuite, c’était : « Où habite votre patron ? » On a répondu qu’on ne savait pas, qu’on travaillait ici mais qu’on ne connaissait pas son adresse personnelle. Ils sont ensuite entrés dans le bureau en forçant l’entrée et ils ont pris des ordinateurs ».
Hassan Bility ne veut cependant pas se laisser intimider : « On a officiellement informé la police. Elle est venue ici trois ou quatre fois pour inspecter les lieux. Mais jusqu’à présent, on n’a obtenu aucune information concrète sur les responsables. Je ne veux pas interférer dans l’enquête, mais je ne doute pas qu’il s’agisse d’anciens chefs de guerre. Ils nous menacent et nous attaquent régulièrement. Je veux leur dire, ainsi qu’au peuple libérien : « On continuera à travailler avec les gouvernements étrangers et avec le gouvernement du Liberia pour obtenir la justice. Aucune menace ne nous fera arrêter ce travail ». »
Pour lui, l’un des grands enjeux des procès, quand ils auront lieu à Monrovia, sera la protection des juges, des avocats et surtout des témoins.
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Source:
www.rfi.fr





