Les climatologues aiment le football. Et plus encore, les footballeurs. Aussi, les membres du World Weather Attribution (WWA) les préviennent-ils amicalement. Les vedettes du ballon rond pourraient affronter des températures et des taux d’humidité élevés susceptibles d’affecter leur santé. Mais les spectateurs présents dans les stades non climatisés tout comme ceux assistant aux matchs dans les « fans zones » prévues par les villes hôtes devront également faire attention au coup de chaud. Les chercheurs du WWA ont construit une méthode scientifique permettant de déterminer si un événement météo a bien été affecté par la hausse de la température globale de la planète, provoquée par les émissions de gaz à effet de serre. Selon leurs conclusions, la chaleur attendue en juin et juillet sur l’Amérique du nord sera bien exacerbée par le changement climatique.
Les climatologues ont utilisé une borne temporelle bien pratique. Les Etats-Unis ont déjà organisé la Coupe du monde de football en 1994. Ils ont donc utilisé les mesures météos compilées en Amérique du Nord entre 1990 et 2020, aux heures annoncées des matchs. Ces données réelles permettent ainsi de prévoir ce qui attend joueurs et spectateurs entre le 11 juin et le 19 juillet 2026 dans les 16 villes hôtes des matchs. C’est la première fois, notent les chercheurs, qu’une Coupe du monde connaîtra des conditions météo aussi différentes du fait de la dispersion des matchs sur tout le continent. Les températures seront, en effet, bien plus clémentes au Canada et sur la côte Ouest qu’au Mexique et sur la côte Est des Etats-Unis.
A partir de 30°C (pour un taux d’humidité élevée), les matchs devront être reportés
A ces observations s’ajoute une analyse d’attribution qui compare la météo constatée avec celle qui aurait été éprouvée sans augmentation de gaz à effet de serre. Le seuil physique au-delà duquel la santé est considérée en danger est celle du « wet bulb globe temperature » (WBGT), qui combine à la fois le rayonnement solaire direct et la chaleur ressentie, le taux d’humidité et le vent.
Ce WBGT est reconnu par l’Organisation internationale du travail (OIT) pour les travailleurs en extérieur et par l’ensemble des fédérations sportives de plein air. Ainsi, l’organe représentatif des joueurs professionnels de football, FIFPRO, reconnaît un seuil WBGT de 26°C à partir duquel les « pauses fraîcheur », c’est-à-dire un arrêt du match pour se désaltérer, devient obligatoire. A 28°C, la rencontre doit être reportée car les conditions sont dangereuses pour les joueurs mais aussi le public. Ces 28°C WBGT correspondent à une température de 38°C par chaleur sèche et de 30°C pour un taux d’humidité élevé. Une forte humidité, notamment, réduit l’élimination de la chaleur corporelle par la sueur.
L’équipe de France ne devrait vivre qu’un seul match dans ces conditions risquées de chaleur et d’humidité
Le rapport du WWA affirme donc que, sur les 104 matchs programmés par les organisateurs, 26 devraient atteindre les 26°C WBGT (contre 21 en 1994) ; dont 18 se dérouleront dans des stades en plein air non climatisés. Neuf matchs organisés dans des enceintes climatisées devraient atteindre malgré tout ce seuil, contre 6 en 1994. Les stades les plus à risques d’atteindre les 28°C WBGT sont Miami, Kansas City, New York/New Jersey. A Houston et Dallas (Texas), qui sont des stades climatisés, les spectateurs ont 1 chance sur 3 de subir un 28°C WBGT en dehors du stade dans les « fans zones » et les lieux extérieurs de célébration. Il y a une chance sur huit que la finale de la Coupe du monde, et le match pour la troisième place, la veille, dans le New Jersey (la banlieue de New York), se déroulent au-dessus des 28°C WBGT. Ce risque a augmenté de 50 % par rapport à 1994.
Selon les climatologues, il est quasiment certain que les seuils seront dépassés à Miami pour deux quarts de finale. L’équipe de France ne devrait vivre qu’un seul match à haut risque, celui contre le Sénégal, le 16 juin à New York, un match de poule programmé à 15 heures. Mais il est également possible que les coéquipiers de Kylian Mbappé veuillent tester les conditions éprouvantes du 19 juillet pour jouer la finale dans cette même ville. Ils sont prévenus : ce sera à leurs risques et périls !
Source:
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