Publié le 01/05/2026 05:55
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Pas encore fixé sur l’identité de son candidat pour 2027, le Rassemblement national organise son meeting du 1er-Mai dans la préfecture de Saône-et-Loire, où ses opposants ont décidé de contester sa venue tout au long de cette journée fériée.
Pour sa « Fête de la nation », le Rassemblement national change de latitude à un an de l’élection présidentielle. Après les raouts méridionaux de Perpignan (Pyrénées-Orientales) en 2024 et Narbonne (Aude) en 2025, le parti à la flamme a décidé d’organiser son rendez-vous du 1er-Mai à Mâcon (Saône-et-Loire). C’est la quatrième fois que ses dirigeants ne se rendent plus devant la statue de Jeanne d’Arc, à Paris, héritage de la présidence de Jean-Marie Le Pen, pour privilégier des villes en région avant 2027.
A un an du scrutin qu’elle espère plus que jamais remporter, sans certitude sur l’identité du candidat, la formation d’extrême droite tient un meeting à partir de 14 heures, vendredi 1er mai, sur les bords de la Saône. Marine Le Pen doit s’exprimer à 14h25, tandis que Jordan Bardella lui succèdera une demi-heure plus tard sur la scène du Spot, la salle de concerts locale. Environ 5 000 personnes sont attendues sur place pour écouter les deux dirigeants du RN, précédés des députés Aurélien Dutremble, délégué départemental, et Julien Odoul, patron du parti en Bourgogne-Franche-Comté. « Le 1er-Mai, c’est depuis quelques années un rendez-vous important pour notre mouvement. Cette année, ce sera l’occasion de faire le bilan des municipales, de se projeter sur notre entrée au Sénat, de parler de la crise internationale et donc du pouvoir d’achat, et de lancer la présidentielle », résume un député RN à franceinfo. « Ce sera un événement de nature et de niveau présidentiels. On partagera une vision sur le social, l’économique, dans la perspective de 2027 », abonde un cadre.
La tenue de cet événement agite le chef-lieu du département depuis plusieurs mois. En janvier, au moment de l’officialisation du meeting, la gauche avait demandé au maire de la ville de s’opposer à l’organisation de ce rendez-vous. « Le RN n’est pas le bienvenu à Mâcon. (…) Il est urgent de rétablir un cordon sanitaire contre l’extrême droite », avait appelé Eve Comtet-Sorabella, candidate aux municipales pour LFI, Les Ecologistes et le Parti communiste. « Pourquoi une salle municipale accueille-t-elle le congrès du RN ? Je demande solennellement à monsieur le maire d’intervenir », s’était également ému Emile Blondet, adversaire socialiste du maire sortant aux élections de mars.
« Nous sommes dans un Etat de droit. Le Rassemblement national est un parti autorisé par le ministère de l’Intérieur. Il compte de nombreux élus. Il a tout à fait le droit de louer des locaux pour se réunir », avait répliqué auprès de France 3 Jean-Patrick Courtois, le maire divers centre, quelques semaines avant d’être réélu. Il avait alors exclu de prendre un arrêté pour empêcher la tenue du meeting : « Je n’y peux rien ! Si je m’opposais en prenant un arrêté, il serait immédiatement annulé par le tribunal administratif. »
A l’approche du 1er-Mai, les formations de gauche ne se sont pas démobilisées face au RN, au contraire. Deux jours avant le 1er-Mai, Les Ecologistes locaux ont convié l’élue Raphaëlle Rémy-Leleu, conseillère de Paris, à « une discussion » pour « décrypter la stratégie du RN et nourrir la réflexion collective sur les manières de stopper la progression de ses idées en France, à moins d’un an de l’élection présidentielle 2027 », comme pour préparer le terrain. « Pour nous, c’est beaucoup plus qu’une première bataille pour la présidentielle », affirme Raphaëlle Rémy-Leleu. « La mobilisation est permanente (…) pour former et outiller face à la montée de l’extrême droite. »
« Il n’y a pas de moyen idéal pour lutter contre l’extrême droite, mais tous les moyens sont nécessaires. On fait feu de tout bois. »
Raphaëlle Rémy-Leleu, élue écologiste qui organise une conférence à Mâconà franceinfo
Pour vendredi, de La France insoumise à Place publique, les différents partis de gauche ont d’abord appelé à rejoindre les rangs du traditionnel défilé de l’intersyndicale, qui doit s’élancer à 10 heures de l’esplanade Lamartine, à trois kilomètres de la salle réservée par le RN. « Ce télescopage témoigne de la tentative persistante de l’extrême droite de détourner à son profit une journée née des combats ouvriers, alors même que ses choix politiques accompagnent trop souvent les reculs sociaux et les divisions du monde du travail », écrivent les représentants dans un communiqué diffusé le 21 avril. « C’est précisément pour cette raison que la mobilisation à Mâcon doit être forte, sereine et populaire. »
A la suite de cette manifestation qui va rassembler les syndicats et les partis de gauche, un « village des résistances solidaires » verra le jour, toujours sur l’esplanade Lamartine, de midi à 18 heures. Un événement soutenu par une quarantaine d’organisations diverses et pensé explicitement « contre le meeting du RN », avec des conférences, des concerts et des tables rondes, notamment au sujet de l’antifascisme. « La décision du RN de choisir pour sa ‘fête de la nation’ Mâcon, ville de 35 000 habitants dans un département rural, ne doit rien au hasard. Le RN fait ici un choix aussi politique qu’hypocrite : donner l’illusion que le parti s’intéresse à la ruralité, aux petites agglomérations, aux classes populaires, aux paysans de France », défendent les organisateurs dans un communiqué.
A priori, pas de confrontation prévue entre les sympathisants du Rassemblement national et les opposants au parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen. Mais la tension est bien là. « C’est une vraie inquiétude, la question sécuritaire de nos meetings nous préoccupe, confie le député du RN cité plus haut. Il y a une montée de la violence en politique, ce n’est pas nouveau. On voit la radicalité d’une certaine gauche. Et comment renforcer la sécurité lors de nos déplacements, tout en restant proches des Français ? » « C’est l’extrême droite qui a des méthodes violentes », réplique Raphaëlle Rémy-Leleu.
De leur côté, les services de l’Etat veulent éviter tout affrontement entre les deux camps. « Un dispositif adapté est en cours de finalisation, en lien étroit avec l’ensemble des forces de l’ordre et des partenaires institutionnels concernés », précise la préfecture, contactée mardi par franceinfo. « Toutes les dispositions nécessaires seront prises pour que la journée se déroule dans le calme et l’ordre républicain. » Plusieurs cars de CRS ont été déployés une semaine avant le rendez-vous, rapporte le Journal de Saône-et-Loire, en amont de ce 1er-Mai sous tension. La mairie de Mâcon dirigée par Jean-Patrick Courtois n’a, elle, pas souhaité répondre à franceinfo à propos de la gestion de cette journée particulière.
Source:
www.franceinfo.fr





